N° 240
du 30/11/2001

Burundi


Les deux groupes rebelles, FFD ET FNL,
se rapprochent et durcissent leur position

Le rapprochement entre les deux mouvements rebelles marque un net durcissement de leur position: ils n'acceptent plus, désormais, de négocier qu'avec l'armée, et en posant des conditions extrêmement difficiles à satisfaire. Jusqu'à présent, seules les Forces Nationales de Libération (FNL) refusaient catégoriquement de négocier avec le gouvernement, l'ancien ou celui de transition qui, installé le 1er novembre, répartit équitablement les portefeuilles entre Hutus et Tutsis.
Les FNL ne veulent discuter de cessez-le-feu qu'avec l'armée.
Les Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD) avaient entamé, il y a plus d'un an, des négociations directes avec le gouvernement, à Pretoria et Libreville. Elles assuraient, le 1er novembre, qu'elles continueraient de le faire avec le cabinet de transition.
Mais dans un communiqué commun publié le 26/11/2001, les deux mouvements posent désormais sept conditions préalables à des négociations avec l'armée, "seule détentrice de tout le pouvoir", soulignent-ils.
En s'alignant sur la position intransigeante des FNL, les FDD veulent concrétiser publiquement leur grande offensive sur le terrain lancée dès le lendemain de la transition. Depuis la signature de l'accord de paix d'Arusha par le pouvoir et l'opposition hutue et tutsie en août 2000, FNL et FDD font de la surenchère dans les combats. Depuis le 1er novembre, les FDD ont étendu leur champ d'action à tout le pays. Plus une seule province n'est épargnée.
Les deux mouvements étaient jusqu'alors concurrents, voire rivaux. Des combats très meurtriers les ont opposés en 1996 et 1997.
Les FDD sont estimées à environ 15.000 combattants.
Les FNL, elles, combattent essentiellement autour de Bujumbura et même jusque dans certains quartiers périphériques de la capitale. Leurs troupes sont estimées par l'armée à environ 5.000 hommes.
Leur accord inédit "montre clairement que les rebelles ne veulent pas négocier", a analysé Pie Ntakarutimana, président de la très indépendante Ligue Burundaise des Droits de l'Homme Iteka. "Ils viennent de donner un coup de frein aux négociations déjà amorcées", a-t-il accusé.
"Nous nous voyons souvent, nous avons un même ennemi", le pouvoir, a déclaré le porte-parole des FNL, Anicet Ntawuhiganayo, tout en démentant les rumeurs de fusion. "Ce sont nos frères d'armes et nous nous rencontrons souvent", a renchéri Pierre Nkurunziza, le leader des FDD.
La plupart des sept conditions posées par les rebelles sont difficilement réalisables. Ils exigent notamment "le retour des militaires dans les casernes". En clair, que l'armée quitte les collines, en attendant le partage de ses effectifs entre Hutus et Tutsis prévu par l'accord d'Arusha.
 
Une faction des FDD rejette ce rapprochement
 
Ce rapprochement a été rejeté par une de leurs factions, qui le qualifie d'"imposture". Dans un communiqué, un porte-parole des FDD, Jérôme Ndiho, a affirmé que cette déclaration était l'¦uvre d'un "groupuscule d'anarchistes" qui avaient "piraté le sigle" du mouvement.
Pour mémoire, les FDD se sont scindées en deux factions lorsqu'un groupe d'officiers a écarté en octobre le coordinateur général du mouvement, Jean-Bosco Ndayikengurukiye, dont Jérôme Ndiho est le porte-parole.
Jean-Bosco Ndayikengurukiye avait entamé, sans les FLN, des pourparlers avec le président Pierre Buyoya à Libreville en janvier et avril 2001 et veut "poursuivre ce processus de négociation", indique le communiqué.


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