N° 286
du 20/01/2004
Burundi

Entrée des ex-rebelles des FDD à l’état-major de l’armée
L’état-major «intégré» de la nouvelle armée du Burundi, comprenant 40% d’éléments des Forces pour la défense de la démocratie (FDD), ancien et principal mouvement rebelle, a été mis en place le 6 janvier soir par deux décrets présidentiels.
Les deux décrets, «création de l’état-major intégré» et «nomination» de ses 35 membres, dont 21 issus de l’armée et 14 des FDD, ont été signés par le président Domitien Ndayizeye et par le vice-président Alphonse Kadege.
M. Ndayizeye avait annoncé que l’état-major de la nouvelle armée nationale serait formé avant le 7 janvier, lors de ses vœux pour la nouvelle année.
Le nouvel état-major «est créé en prélude à la constitution des Forces de défense nationales» (FDN), la nouvelle armée burundaise.
Cet organe de commandement est placé «sous l’autorité conjointe du chef d’état-major général de l’armée, le général de brigade Germain Niyoyankana et de son adjoint, le général de brigade Adolphe Nshimirimana», récemment nommés. Le général Niyoyankana est issu de l’armée régulière, le général Nshimirimana des rangs des FDD.

Les FDD chiffrent leurs effectifs à 30.000 hommes environ mais les autorités jugent ce nombre exagéré. En décembre 2002, l’Union européenne les estimait à 14.000 environ.
Les FDD sont entrées le 23 novembre dernier au gouvernement burundais de transition, où elles ont quatre ministres, à commencer par leur chef, Pierre Nkurunziza, nommé ministre d’Etat chargé de la Bonne gouvernance et de l’Inspection générale de l’Etat et devenant ainsi le troisième personnage de l’exécutif.
Commentant l’intégration des FDD dans l‘état-major, le ministre de la Défense, le général Vincent Niyungeko (Tutsi) a estimé que c’était « un pas majeur dans l’intégration, qui corrige le déséquilibre qui existait dans l’armée».
C’est «un pas important vers l’intégration militaire», a renchéri le porte-parole des FDD, le colonel Gélase Daniel Ndabirabe.
Du coup, la rébellion hutue des Forces nationales de libération (FNL), se retrouve «isolée, car en réalité elle n’a plus de raison de se battre», a estimé Jean de Dieu Mutabazi, porte-parole du principal parti hutu du pays, le Frodebu. «La création d’une armée véritablement nationale était un des enjeux majeurs du conflit burundais, puisqu’elle avait été accaparée par une minorité», a-t-il ajouté. Jusqu’ici, l’armée du Burundi était dirigée par la minorité tutsie, l’ethnie qui représente environ 14% de la population du pays.
«La parité entre les deux ethnies va rassurer toutes les composantes du Burundi, c’est très important et ça ôte tout prétexte à continuer la guerre», a-t-il encore estimé.
Un avis partagé par Joseph Nzeyimana, président du petit parti tutsi Raddes (Rassemblement pour la démocratie et le développement social) : «ce qui s’est passé rassure les Hutus qui voient que l’armée a tenu sa promesse en les intégrant». «De notre côté, ça signifie que les FDD sont en train d’en finir définitivement avec la guerre, et ça nous rassure même si les FNL continuent», a-t-il ajouté.

Les exclus de cette intégration protestent

Les petits mouvements ex-rebelles signataires d’accords de cessez-le-feu avec le gouvernement ont protesté le 8/01 contre leur «exclusion» de l’état-major «intégré» de la nouvelle armée.
Parmi les protestataires, Déo Nyabenda , le numéro 2 du Parti de libération du peuple hutu (Palipehutu), qui est la branche originelle des Forces nationales de libération.
Cinq petits groupes rebelles, dont le Palipehutu, ont signé des accords de cessez-le-feu avec Bujumbura entre 2000 et 2002, et ils participent désormais aux institutions politiques de transition.
Pour l’heure, les FDD sont les seuls ex-rebelles à avoir intégré ce nouvel état-major.
«On nous appelle toujours petit mouvement. Mais aussi petit que l’on soit, on peut gâcher plein de choses si on s’y met», a menacé un des responsables d’un des petits groupes ex-rebelles. En 2003, l’administration a imputé plusieurs attaques à ces mouvements.
«Si vous êtes absent de l’état-major, vous l’êtes de l’armée tout court», a ajouté M. Nyabenda.
«Nous demandons au président Ndayizeye de remédier à cela très rapidement», a déclaré pour sa part le chef de l’aile minoritaire des FDD, Jean Bosco Ndayikengurukuye.
«Ces mouvements ex-rebelles qui protestent n’ont pas été exclus», a affirmé le ministre de la Défense, le général Vincent Niyungeko. «Le gouvernement leur a demandé de rassembler leurs hommes, ils ne l’ont pas encore fait», a-t-il ajouté.
«Les FDD sont dans l’état-major intégré car ils ont souscrit à cette exigence en rassemblant 80 à 90% de leurs combattants jusqu’ici», a précisé le général Niyungeko. «Il faut qu’ils (les petits mouvements) cantonnent leurs combattants d’abord. Mais je tiens à les rassurer: personne ne sera oublié au moment de la création» de la nouvelle armée, a-t-il affirmé.
Deux de cinq petits mouvements ex-rebelles ont cantonné quelque 230 hommes dans le nord-ouest depuis mars 2003, mais pour Jean Bosco Ndayikengurukuye «nos hommes vivent dans des conditions tellement lamentables que nous n’avons pas voulu poursuivre cette opération».

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