N° 222
du 31/01/2001

Cameroun


Reprise de la croissance
mais pas encore de retombées sociales

Le Cameroun affiche depuis peu un bilan économique en amélioration, après quinze années de crise. Depuis 1985, dernière année où le champagne coulait encore à flots à Yaoundé dans l'inconscience ambiante, le pays avait régressé sur tous les plans au point de devenir en octobre 2000 éligible à l'initiative de réduction de la dette pour les pays les plus pauvres et très endettés (PPTE), ce qui lui permettra de bénéficier d'un programme d'allégement de sa dette de l'ordre de 2 milliards de dollars.
Comme l'opposition camerounaise, on peut dès lors s'étonner par exemple du satisfecit délivré par Jacques Chirac au président Biya concernant sa façon de gérer le pays.

L'année 2000 aura été de loin la plus faste depuis longtemps pour ce pays de 14 millions d'habitants, qui dispose pourtant d'une importante façade maritime, d'une agriculture d'exportation et de richesses minières.
Des recettes en augmentation, une croissance du PIB national estimée à 4,8% pour 1999-2000, une inflation maîtrisée à 2,1%, la libéralisation des secteurs de l'énergie et des transports: les efforts d'assainissement entrepris depuis deux ans par le gouvernement du Premier ministre anglophone Peter Mafany Musonge commencent à payer.

Pour la première fois depuis une décennie, le Cameroun a réussi à achever un programme d'ajustement avec le FMI (juillet 97/juin 2000). Ce programme d'ajustement (FASR) visait à rétablir les grands équilibres économiques et financiers, en augmentant notamment les recettes fiscales, en menant une politique de réforme structurelle, le tout accompagné d'un programme de privatisations.
Autre dossier et non des moindres qui a paralysé pendant longtemps les relations entre Yaoundé et les institutions de Bretton Woods, celui du pétrole, ou du moins de la transparence des recettes pétrolières qui étaient toujours placées sur un compte hors budget. Sous la pression des bailleurs de fonds, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a dû se plier à une comptabilité un tant soit peu contrôlable, mais non sans réticence. Résultat de cette "transparence", les recettes pétrolières incorporées au budget de l'Etat sont passées de 134 milliards de FCFA pour l'exercice 98/99 à 325 milliards pour l'exercice 99/2000. Un mieux qu'il faut toutefois relativiser car cette augmentation des recettes pétrolières est aussi due en partie aux fluctuations du cours du dollars et du prix du baril de pétrole.
Globalement, les recettes budgétaires ont augmenté de 50 % en trois ans grâce à l'amélioration des procédures de recouvrement des impôts et à un élargissement de l'assiette fiscale. Les recettes douanières restent encore le maillon faible de la fiscalité camerounaise. Malgré le contrôle des importations opéré par la SGS, un système frauduleux de taxation avant le dédouanement perdure au grand dam des importateurs.

Reste que cette embellie ne s'est pas encore vraiment concrétisée pour l'homme de la rue. Les fonctionnaires camerounais avaient été particulièrement frappés, une première fois avec la dévaluation du FCFA en 1994, puis par une diminution de leur salaire de l'ordre de 75 %. Il leur faudra sans doute attendre encore longtemps avant de retrouver leur niveau de vie d'il y a dix ans. Mais malgré tout, le gouvernement s'est permis une petite revalorisation des salaires l'an dernier, et le FMI a donné son feu vert pour une augmentation globale de 10 % de la masse salariale des fonctionnaires dans le budget 2000/20001.
Une petite marge de man¦uvre donc pour Paul Biya avant les futures échéances électorales, d'autant que l'on ne compte plus que 112 940 fonctionnaires aujourd'hui contre plus de 180 000 il y a quelques années. Là aussi, le nettoyage semble être arrivé à terme. Les dernières opérations de réduction de personnel ou de régularisation ne concerneraient qu'environ 5 000 personnes.

Tout n'est toutefois pas encore parfait. Le Cameroun pèche encore par une étonnante incapacité à exécuter correctement les budgets d'investissements publics par exemple. Pour mener à bien le moindre projet, on en reste encore au stade du parcours du combattant, avec une multitude de visas et autres procédures complexes qu'il faut bien souvent monnayer pour "faire avancer son dossier". A titre d'exemple, le budget d'investissement public de l'exercice 98/99 n'a pu être exécuté qu'à hauteur de 40 % Un mieux en 99/2000, ce budget ayant été exécuté à près de 60 %. Reste aussi à régler la question de la transparence dans la passation des marchés publics. Toujours sous la pression des bailleurs, Yaoundé a accepté la présence d'observateurs indépendants dans la commission d'attribution des marchés publics. Ces observateurs seront très certainement recrutés dans des cabinets d'audit étrangers.

Autant d'améliorations progressives qui se sont concrétisées dans les chiffres du budget 2000/2001 qui s'est élevé en recettes à 1 476 milliards de FCFA dont 271 milliards de recettes pétrolières. Le budget d'investissement public a lui aussi été revu à la hausse, passant de 260 milliards de FCFA en 99/2000 à 339 milliards de FCFA pour l'exercice en cours, l'année fiscale camerounaise courant de juillet à juin.
A l'avenir, les bailleurs de fonds jugeront le Cameroun sur sa capacité à réduire la pauvreté, dans le cadre de l'initiative PPTE. Pour ce faire, Yaoundé doit mettre au point un Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, qui servira de tableau de bord au FMI et à la Banque mondiale. En fonction des progrès réalisés dans ce domaine, ces derniers donneront leur feu vert ou non pour de nouvelles réductions de la dette qui devraient dégager, si tout se passe bien, quelque 213 milliards de FCFA, à charge pour le Cameroun de consacrer cette somme à la réduction de la pauvreté.
Ce ne sera pas un luxe, car les derniers rapports du PNUD estiment que 50 % des Camerounais ont atteint le seuil de pauvreté. Ce qui veut dire en clair, qu'ils vivent avec environ un dollar US par jourþ
Avec une croissance démographique estimée à 2,9% et une économie qui tourne autour de 5 % de croissance par an, le Cameroun, s'il le veut, a malgré tout une certaine marge de man¦uvre pour réduire ce taux de pauvreté.

Yaoundé, R-J.L.


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