N° 227
du 18/04/2001

Congo


Coup gagnant pour Sassou Nguesso

Adoption d'un projet de constitution à l'issue
du dialogue intercongolais

L'ancien Premier ministre, Kolélas, n'a pas pu rentrer à Brazzaville

Les délégués au dialogue intercongolais, réunis en convention nationale à Brazzaville, ont approuvé le 12 avril par acclamation le projet de constitution élaboré par le gouvernement à l'issue de débats pendant lesquels l'opposition a adopté un profil bas.
Ce projet de Loi fondamentale, qui selon un calendrier officiel doit être soumis à référendum d'ici la fin 2001, prévoit un régime présidentiel avec un chef de l'Etat élu au suffrage universel direct pour sept ans. Le mandat est renouvelable une fois.
Selon le projet, le président est le seul détenteur du pouvoir exécutif: il est également chef du gouvernement et les ministres sont responsables devant lui.
Le pouvoir législatif est confié à un Parlement bicaméral (sénat et Assemblée). Le texte proscrit la motion de censure. Le président de la République ne peut dissoudre l'Assemblée nationale qui en retour ne peut le démettre.
Avant l'ouverture de la convention nationale - seconde phase du dialogue intercongolais - l'opposition avait sévèrement critique ce projet, estimant qu'il risquait d'introduire au Congo une "monarchie républicaine ou une dérive totalitaire".
Les délégués de l'opposition n'ont pourtant pas pris la parole à la tribune de la convention, lors des débats dirigés par Jean Ping, ministre gabonais des Affaires étrangères, représentant le président Omar Bongo médiateur dans le conflit congolais.
"On ne peut pas changer une seule ligne du projet de la nouvelle constitution. Tout était ficelé. Nous sommes venus pour prendre date avec l'histoire", a déclaré Martial De Paul Ikounga, ancien ministre de l'Education nationale sous le régime déchu de Pascal Lissouba. M. Ikounga appartient au principal mouvement de l'opposition en exil, le Front patriotique pour le dialogue et la réconciliation nationale, qui comme l'opposition intérieure avait boycotté la première phase du dialogue, consacrée à des débats sur le projet constitutionnel.
Le premier vice-président du Front, Jean-Michel Bokamba Yangouma, a d'ailleurs admis l'impuissance de son mouvement à modifier le projet de constitution pour n'avoir pas participé à ces débats.
Ce "dialogue" visait à sceller la réconciliation nationale après les trois guerres civiles qui ont ensanglanté le pays en 1993, 1997 et 1998-99 lors de combats opposants les milices des partis politiques.
Au nom du front des exilés, M. Bokamba Yangouma a présenté des "excuses" et demandé "pardon" au peuple congolais pour les violences et les exactions subies par la population.
La convention a été signée par les présidents Sassou Nguesso et Bongo, ainsi que par tous les participants au dialogue, par plusieurs délégations ministérielles africaines, le secrétaire général de l'organisation de la Francophonie, Boutros Boutros Ghali, et un représentant de l'organisation de l'unité africaine (OUA) ainsi que des chefs traditionnels congolais.

Bongo demande aux Congolais de tourner le dos à la haine

Le président gabonais Omar Bongo, médiateur dans le conflit congolais, a invité les Congolais à tourner le dos à la "haine et à la vengeance" et à "oublier le passé". "Libérez-vous de l'orgueil. Libérez-vous de la peur de négocier qui est le reflet de l'égoïsme. Le Congo a besoin de tous ses fils. Le temps de la haine et de la vengeance est révolu", a insisté M. Bongo qui a mené en 1993, 1997 et 1999 des médiations pour trouver une solution pacifique aux différentes guerres au Congo.
De son côté, le président congolais Denis Sassou Nguesso a lancé un appel à la communauté internationale pour aider son pays à relancer l'économie, dévastée par les trois guerres civiles successives, et le processus démocratique interrompu par les violences.
Ouvert le 17 mars par M. Bongo, le dialogue, dont l'objectif était de sceller la réconciliation nationale, s'est déroulé en deux phases. Une première du 22 au 26 mars a consisté en des débats décentralisés dans les régions et communes et une seconde du 11 au 14 avril sous forme d'une convention.
L'opposition intérieure et une partie de l'opposition en exil qui avaient boycotté la première phase du dialogue ont ensuite rejoint les débats.
Condamnés par contumace par la justice congolaise, l'ancien président Pascal Lissouba et son dernier Premier ministre Bernard Kolélas, deux des principaux protagonistes des conflits, n'avaient pas été invités au forum.
M. Kolélas, qui réside au Mali, a tenté sans succès de regagner Brazzaville, les autorités congolaises ayant indiqué qu'elles ne laisseraient pas l'avion qui devait le transporter se poser s'il était à bord. M. Kolélas a été depuis condamné à mort par contumace par le régime du président Denis Sassou Nguesso. Son retour à Brazzaville n'aurait sans doute pas manqué de perturber les débats et sans doute embarrasser Sassou Nguesso au moment où l'ont débattait de réconciliation nationale.

La clôture du dialogue a été suivie d'une cérémonie de "flamme de la paix" au cours de laquelle les autorités militaires ont brûlé près de 800 armes récupérées auprès d'ex-miliciens de tous les bords politiques: Cobras pour le pouvoir, Ninjas de Kolélas et Cocoyes de Lissouba.
"Le Congo émerge du chaos. Le Congo a soif tant de paix que de stabilité. Il a besoin du soutien de la communauté internationale par l'aide à la relance de l'économie et l'appui au processus démocratique renaissant et à la bonne gouvernance", a déclaré de son côté M. Sassou Nguesso.
Selon un calendrier officiel, un référendum sur le projet de nouvelle constitution aura lieu avant 2001, suivi d'élections générales en 2002.


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