N° 242
du 02/01/2002

Congo


Pascal Lissouba
condamné à 30 ans de travaux forcés

L'ancien président congolais Pascal Lissouba a été condamné le 28 décembre par contumace à 30 ans de travaux forcés par la Haute cour de justice congolaise qui l'a reconnu "coupable de crime de haute trahison".
Les anciens Premiers ministres, Jacques Joachim Yhombi Opango et Claude Antoine Da Costat, les anciens ministres des Finances Guila Mougounga Nkombo et des hydrocarbures, Benoît Koukébéné reconnus coupables de "détournements de deniers publics et de forfaiture" ont été condamnés à 20 ans de travaux forcés.
La cour, présidée par Placide Lenga, a abandonné le chef d'accusation de "concussion" contre ces quatre personnalités.
M. Lissouba et ses anciens ministres étaient poursuivis par la Haute cour de justice pour avoir "bradé le pétrole Congolais" par un accord de prêt signé le 28 avril 1993 sur instruction de M. Lissouba avec la société pétrolière américaine Occidental petroleum corporation (OXY) aux termes duquel cette société avait versé au Congo 150 millions de dollars.
Pour avoir émis des réserves sur l'accord, M. Mouamba a bénéficié d'un non lieu.
Un avenant à l'accord signé le 19 février 1994 par M. Yhombi Opango et le ministre des Finances, Guila Mougounga Nkombo précisait que le prêt serait remboursé en échange de l'octroi à Oxy de 50 millions de barils issus de l'exploitation des gisements off-shore Nkossa du groupe Elf et Kitina d'Agip-recherche d'Italie.
Ces champs pétrolifères ont commencé à produire respectivement en 1996 et 1998.
Selon les termes du contrat, le baril était vendu à trois dollars contre 14 dollars le cours officiel à l'époque.
Une partie des fonds avait permis de payer trois mois d'arriérés de salaires aux fonctionnaires, à financer la campagne des partisans de M. Lissouba lors des élections législatives anticipées. L'autre a été "détournée ou dissipée" par M. Lissouba et ses ministres, selon le tribunal.
Claudine Munari, ancienne directrice de cabinet de Lissouba qui a soutenu ce contrat, a assuré à la barre que "le président Lissouba n'avait pas de choix. Elf avait refusé de lui prêter l'argent dont il avait besoin pour payer partiellement les arriérés de salaires des fonctionnaires et organiser les élections législatives anticipées".
L'ancien président a été condamné à une amende de 25 milliards de FCFA (100 FCFA sont l'équivalent d'un franc français), pour chacun de ses ministres cette amende a été fixée à 11 milliards de FCFA.
Le contrat a été ensuite racheté en 1996 à Oxy sous la pression de la Banque mondiale par Elf-Congo et Agip-recherches pour 210 millions USD.
Les cinq hommes doivent, en outre et collectivement, verser à la société HydroCongo 194,329 milliards de FCFA de dommages et intérêts et un FCFA "symbolique" à la société d'Etat chargée de gérer les intérêts publics avec les compagnies pétrolières.
La Haute cour de justice a ordonné la récupération par l'Etat congolais d'un hôtel privé de M. Lissouba acquis à Paris alors qu'il était chef de l'Etat avec des fonds publics et ordonné le blocage des comptes bancaires des condamnés au Congo et à l'étranger.
Enfin la Haute cour a délivré des mandats d'arrêt contre ces personnalités qui vivent en exil depuis que M. Lissouba a été chassé du pouvoir en 1997 par le président Denis Sassou Nguesso.
Lissouba vit la plupart du temps à Londres, et Guila Mougounga Nkombo à Paris.


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