N°257
du 17/10/2002

Congo


Les évêques s’inquiètent des agressions répétées
contre des hommes d’Eglise

Les évêques du Congo, choqués par la mort en détention, dans la région du Pool (sud-ouest), d’un religieux français, le Père Jean Guth, sont préoccupés par les agressions perpétrées par des groupes armés contre des hommes d’Eglise.
“Au nom des évêques du Congo, au nom du peuple du Nord au Sud du pays, je crie tout haut ma peine devant les agressions dont les serviteurs et servants de Dieu sont victimes de la part des hommes en armes de tous les bords”, a lancé l’archevêque de Brazzaville, Mgr Anatole Milandou, lors d’une messe à la mémoire du Père Guth.
Le prélat a accusé publiquement les “ninjas Nsiloulous” du pasteur Frédéric Bitsangou alias Ntumi, d’avoir “sans raison pris en otage le Père Guth”. “Ils ont entraîné le Père Guth dans les forêts, de Vindza à Kindamba. Il y a subi des violences de toutes sortes: sévices multiples et répétés, coupure du tendon, brisure de plusieurs dents”, s'est insurgé l’évêque.
“Les violences et agressions sont l’œuvre de tous les groupes armés: miliciens cocoyes, cobras, ninjas Nsiloulous et même les membres de la force publique”, a souligné Mgr Milandou.
Le qualificatif de “Nsiloulous” que revendiquent les ravisseurs du religieux français, signifie “jusqu’au-boutistes” en lari, la langue d’une des principales ethnies du Congo

Bien avant le père Guth, d’autres religieux ont été tués, victimes d’enlèvements ou d’attaques d’hommes en arme qui ont successivement sévi au Congo-Brazzaville: ninjas, miliciens cocoyes de l’ancien régime déchu de Pascal Lissouba, cobras du pouvoir actuel et forces gouvernementales.
Parmi leurs victimes, figure le cardinal Emile Biayenda assassiné en 1977 après qu’on l’eut soupçonné d’être impliqué dans la mort - la même année - de l’ex-président Marien Ngouabi, le père Jean Czuba curé de la paroisse de Loubomo (sud-ouest) tué en 1998, ainsi qu’une dizaine d’autres religieux exécutés à l’occasion d’une “mission de paix” à Mindouli (Pool).
Dans la plupart des cas, ces assassinats ont été accompagnés de pillages et de destructions. Mgr Milandou a exigé des sanctions contre les auteurs d’agressions contre les religieux.

Les relations entre l’Eglise et les pouvoirs politiques ont souvent été difficiles au Congo où les milieux officiels n’hésitent pas à l’accuser d’être proche de l’opposition. En dépit de ces soupçons, en raison de son importance sociale, l’Eglise a été sollicitée comme médiateur lors des guerres civiles qui ont déchiré le Congo entre 1993 et 2002. Estimée en 2001 à plus de 3 millions d’habitants, la population congolaise est chrétienne à 90%. Depuis le début, en mars, des affrontements dans le Pool entre ninjas et forces gouvernementales, l’Eglise du Congo a tenté - en vain - une médiation pour une solution négociée.


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