N°259
du 29/11/2002

Congo


Tensions sociales en vue
Violences et deux morts à Pointe-Noire

Des échauffourées qui ont fait deux morts à Pointe-Noire (sud-ouest), principal centre économique du Congo, témoignent du profond malaise social provoqué par la montée du chômage chez les jeunes qui représentent les 2/3 de la population congolaise.
“Ces incidents montrent le besoin d’un dialogue social sur les préoccupations des jeunes: l’emploi et les meilleures conditions d’études”, a commenté Christian Mounzéo, secrétaire général de l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH), la principale ONG de défense des droits humains au Congo. Deux civils ont été tués par balle lors d’incidents séparés à Pointe-Noire, selon la police. Un civil a trouvé la mort lors d’échauffourées entre un groupe de jeunes vendeurs établis sur une avenue dans le quartier Tié-Tié au nord de Pointe-Noire et une brigade anti-criminalité.
Les incidents ont éclaté lorsque les policiers ont décidé, à la demande des autorités municipales, d’évacuer la chaussée envahie par des jeunes vendeurs qui ont refusé de bouger et ont riposté en lançant aux policiers des mangues et des pierres
L’un d’eux, que les policiers ont dit avoir identifié comme étant le “meneur” de la résistance a été abattu par un policier. Ce meurtre a provoqué une vive réaction des vendeurs ambulants qui se sont retournés contre les commerçants ouest-africains qui tiennent boutique à Tié-Tié.
Un autre civil a été tué par une balle perdue lors d’une fusillade entre un groupe de militaires chargés de convoyer les trains sur le Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) - entre Pointe-Noire et Brazzaville - et des policiers du commissariat central au centre-ville. Les 13 et 14 novembre, des heurts ont également opposé, dans deux lycées de Pointe-Noire, les élèves qui manifestaient pour réclamer de meilleures conditions d’études aux policiers de la brigade anti-émeutes. Il y a eu des blessés dans les deux camps.
Bien que réputée ville riche et “sécurisée” Pointe-Noire - qui compte 600.000 habitants - n’est pas à l’abri des revendications de jeunes en quête d’emplois. Faute d’emplois, nombreux sont les jeunes gens qui ont installé des échoppes dans les marchés publics.
Le chômage touche plus de la moitié de la population active du Congo, constituée essentiellement de jeunes de moins de 30 ans qui représentent les 2/3 de la population nationale estimée à plus de 3 millions d’habitants, selon une source officielle.
En 2001, le gouvernement et les principaux syndicats, la Confédération syndicale des travailleurs du Congo (CSTC) et la Confédération syndicale congolaise (CSC) ont conclu une trêve sociale de deux ans.
Mais début novembre, les principaux syndicats ont demandé au gouvernement de relancer les négociations sur les revendications salariales des agents de la fonction publique afin de parvenir à un accord susceptible d’éviter une “explosion sociale”.
“Il faut des négociations avec le gouvernement pour regarder la situation des travailleurs en face. Il faut un déclic, un geste fort en faveur des fonctionnaires qui souffrent. Il faut éviter une explosion sociale”, a lancé le secrétaire général de la Confédération syndicale congolaise (CSC), Daniel Mongo.
“Nous craignons un soulèvement des travailleurs si rien n’est fait pour réduire la pauvreté et rétablir leurs salaires réduits depuis 1995”, a estimé de son côté, le président de la Confédération syndicale des travailleurs du Congo (CSTC), Louis Gondou.

Les syndicats s’étaient engagés à s’abstenir de toute action susceptible de mettre en cause la paix sociale.
En contre-partie, les syndicats avaient demandé au gouvernement de rétablir les salaires des fonctionnaires réduits de 27,5% depuis sept ans pour des raisons d’austérité économique et financière et l’apurement de leurs arriérés de salaires. Ces arriérés accumulés depuis les années 90 sont estimés, selon les syndicats, à plus de 220 milliards de Fcfa.
Le gouvernement avait refusé de rétablir en totalité les salaires dans la fonction publique estimant que cela aurait eu pour conséquence d’augmenter la masse salariale dans la fonction publique et de remettre en cause le programme passé avec le Fonds monétaire international (FMI).
Il s’était engagé à apurer les arriérés des salaires après avoir réalisé début 2002 un audit de la dette sociale, mais cet audit n’a pas eu lieu.
Selon des données officielles publiées en mai 2002 par des experts gouvernementaux chargés d’élaborer la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, 70% de Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté.
La population congolaise était estimée en 2001 à plus de 3 millions d’habitants.


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