N° 287
du 03/02/2004
Congo

Affaire du Beach de Brazzaville
Les familles et rescapés ne lâchent pas prise
Des parents des 353 disparus du port fluvial de Brazzaville et des rescapés ont affiché le 22/01 leur détermination de voir les dirigeants congolais qu’ils accusent, traduits devant la justice française.
«Cela pourra prendre plusieurs années, mais tôt ou tard, un procès aura lieu» contre les dirigeants du Congo accusés par les parties civiles devant un tribunal de Meaux, en banlieue parisienne, a affirmé leur avocat Me Philippe Missamou.
«Le juge a déjà entendu neuf témoins sur 15 rescapés qui sont prêts à témoigner. Les témoignages établissent la culpabilité des autorités congolaises», a-t-il dit.
Plusieurs familles et rescapés ont porté plainte devant le tribunal de Meaux contre le président Denis Sassou Nguesso, le ministre de l’Intérieur, le général Pierre Oba, le commandant de la garde républicaine, le général Blaise Adoua et le général Norbert Dabira pour des faits de torture, crimes d’enlèvement et crimes contre l’humanité.
En mai 1999, selon les parties civiles, les forces de sécurité congolaises ont arrêté des centaines de Congolais qui rentraient de leur exil en RD Congo, où ils avaient fui les affrontements dans leur pays.
Selon ces accusations, 353 personnes ont été arrêtées à leur arrivée au Beach de Brazzaville par la gendarmerie et la garde présidentielle, puis portées disparues.
Auparavant, dans une conférence de presse conjointe avec des familles des disparus et Amnesty International, l’avocat avait confirmé que le tribunal de Meaux a lancé «un mandat d’arrêt international contre le général Dabira».
Le général Dabira, inspecteur général des armées et qui dispose d’une carte de résident en France, avait déjà été entendu en juillet 2003 comme témoin assisté par deux juges de Meaux. Convoqué une deuxième fois par les juges, le général Dabira ne s’était pas présenté sur ordre du gouvernement congolais.
L’avocat a aussi dénoncé «l’euphémisme lorsque l’on parle de «disparus». On sait qu’il y a eu massacres et qu’il s’agit d’une tragédie ignominieuse».
Me Missamou a enfin affirmé qu’il «n’existe aucun texte international ou coutumier qui stipule que les présidents bénéficient d’une immunité pénale. Le président Milosevic, ou le président Charles Taylor ont bien été inculpés de crimes contre l’humanité».
Le représentant d’Amnesty international, Patrick Helmlinger, a dénoncé le fait que les réfugiés, rentrant chez eux, n’ont pas été accompagnés jusqu’à leurs domiciles par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) «qui en avait la charge et leur avait fait traverser le fleuve» Congo séparant Kinshasa de Brazzaville.
Il a aussi estimé que le «gouvernement du Congo n’a manifestement pas le désir de faire la lumière sur cette affaire» et insisté sur «la nécessité d’une enquête internationale pour établir les responsabilités personnelles».
Le père d’un disparu, le colonel à la retraite Marcel Touanga, a affirmé que, sitôt arrivés au Beach, les réfugiés ont été séparés en deux files, femmes et hommes, par la gendarmerie et la garde présidentielle. Selon lui, les hommes, soupçonnés d’appartenir à la milice «Ninja», opposée à Sassou Nguesso, «ont été exécutés» dans les jours qui ont suivi leur arrivée. «Des cadavres ont été jetés dans le fleuve», a-t-il dit et les «19, 21 et 24 mai le pouvoir a organisé la destruction des corps par le feu».
Un rescapé, Blaise Diabankana, mécanicien de profession, a confirmé dans un français hésitant les arrestations au Beach. «Quand je vous en parle, ça me fait mal. Il y a eu beaucoup de morts». Il affirme «avoir compris à temps qu’il fallait fuir». Depuis, il est parti se réfugier en France. (avec AFP)

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