N° 244
du 06/02/2002

Gabon


Paul Mba Abessole
De l'opposition radicale au gouvernement

Devinette. Qui donc déclarait en mars 1994 que "le bulletin de vote n'a aucune valeur au Gabon" ? Qui déclarait en avril 1995 qu'"à partir du moment où l'on est au gouvernement, l'on ne peut plus se dire de l'opposition". Et qui vient d'accepter de participer à un gouvernement d'ouverture, pour "rendre service" au pays "en danger" ?
Le père Paul Mba Abessole, leader du Rassemblement national des bûcherons (RNB/RPG), député-maire de Libreville, la capitale du Gabon.
Le poste dont il a hérité, ministre d'Etat, ministre des Droits de l'Homme, ne lui permettra sans doute pas de mettre en application la politique sociale qu'il n'a eu de cesse de réclamer depuis des années.
Né le 9 octobre 1939 à Ngnung-Ako (nord), d'allure replète, portant de petites lunettes rondes, Paul Mba Abessole, cite volontiers Jésus-Christ et assure lire la Bible tous les jours.
Ordonné prêtre le 30 juin 1968, après des études à la Congrégation du St Esprit, dans le nord-ouest de la France, il officie de 1968 à 1976 dans plusieurs paroisses du Gabon, et connaît dès 1973 ses premiers démêlés avec le régime Bongo.
A partir de 1976, il étudie en France, où il obtient trois doctorats: en théologie, en sciences religieuses et en linguistique, et où il rejoint les opposants gabonais de Paris, au sein de la structure clandestine du Morena (Mouvement pour le Redressement national).
Il se lie également d'amitié avec le journaliste français Pierre Péan, qui publiera en 1983 "Affaires africaines", ouvrage dénonçant les relations franco-africaines.
Refusant toute négociation avec le pouvoir sans conditions préalables, dont le multipartisme, il accepte finalement de rencontrer le président Bongo "à titre privé" en mai 1989, avant de rentrer définitivement au Gabon en novembre.
A la suite de la Conférence nationale de mars-avril 1990, le président Bongo lui propose le portefeuille de la Justice dans un gouvernement de transition. Il le refuse.
En 1990, Paul Mba Abessole créé le Morena-Bûcheron, qui deviendra en 1991 le Rassemblement national des bûcherons (RNB), tenant d'une opposition radicale, refusant de participer aux gouvernements successifs.
Candidat du RNB à la première présidentielle multipartite de 1993, le père Mba Abessole termine deuxième, avec 27,5% des voix, derrière le président Bongo, élu au premier tour (51,1%). Une victoire vivement critiquée par l'opposition qui appelle, RNB en tête, à la désobéissance civile et à la grève générale.
Sa maison librevilloise est rasée en février 1994 par la Garde présidentielle et la radio du parti, "Radio Liberté" détruite. Il rejoint à nouveau Paris.
Paul Mba Abessole refuse ensuite de participer aux négociations qui s'engagent alors entre pouvoir et opposition, et aboutissent fin 1994 aux Accords de Paris et à la formation d'un gouvernement de coalition, sans aucun "bûcheron" dans ses rangs.
Surnommé le "Père-Maire" depuis qu'il a conquis, fin 1996, la mairie de Libreville, où vit près de la moitié du million de Gabonais, il est de nouveau candidat à la présidentielle de 1998.
Le président Bongo est triomphalement réélu avec 66,88% des voix au premier tour. Paul Mba Abessole n'arrive que troisième (13,16%) et dénonce une "fraude d'Etat unique dans l'histoire électorale gabonaise".
Converti depuis 1999 au concept de "démocratie conviviale", il met de l'eau dans son vin - ou le contraire - et tente d'asseoir son image de rassembleur et d'alternative crédible au président Bongo. Mais, revers de la médaille, il brouille son image d'opposant sincère auprès de certains sympathisants.
Après avoir accepté ce poste de ministre, il assure n'avoir "à aucun moment pensé déposer les armes".
A chacun ses croyances


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