N° 225
du 15/03/2001

Gabon


A la recherche de nouveaux gisements
pour éviter le déclin

Le Gabon, victime depuis quelques années de l'épuisement progressif de ses ressources en pétrole, place aujourd'hui de grands espoirs dans la recherche par les compagnies pétrolières de nouveaux gisements, même mineurs, pour enrayer le déclin de sa production.
Depuis 1998, la quantité de brut extraite au Gabon est passée de 18,5 millions de tonnes (Mt) à 13,5 Mt en 2000, réduisant du même coup les recettes pétrolières, de loin le premier poste budgétaire de ce petit pays du golfe de Guinée.
L'année 2001 aurait, elle aussi, connu une baisse, de 11,3 Mt de pétrole selon les prévisions officielles de l'Etat, si la compagnie Elf-Gabon n'avait mis en production le 3 mars dernier un nouveau gisement de pétrole situé dans la province de l'Ogooué Maritime, une région côtière du sud du Gabon où est exploité l'essentiel du pétrole gabonais.
Baptisé Atora, ce gisement de taille moyenne devrait rapidement fournir près de 20.000 barils par jour (b/j) à son opérateur et à ses deux partenaires, l'anglo-néerlandais Shell-Gabon et l'américain Amerada Hess, pour une espérance de vie estimée à dix ans.
Au cours de la cérémonie de mise en service de la production d'Atora, le ministre gabonais du Pétrole, Paul Toungui, a estimé que ce gisement était non seulement "loin d'être négligeable", mais qu'il redonnait aussi l'espoir de retarder durablement le déclin pétrolier.
Découvert en 1997, Atora représente en effet le premier gisement de cette taille à avoir été trouvé au Gabon depuis la découverte par Shell-Gabon de l'énorme champ de "Rabi" en 1985 et de Coucal Avocette deux ans plus tard.
"Aujourd'hui, tous les gisements faciles ont été trouvés", rappelle le directeur pour l'exploration et la production du groupe TotalFina-Elf, Jean-Luc Vermeulen, modérant l'enthousiasme de ceux qui imaginent déjà le retour du Gabon à son ancien statut de "petit émirat africain".
La découverte de gisements rentables, notamment sur des champs déjà en exploitation, reste néanmoins encore possible grâce aux derniers procédés d'exploration sismique et de traitement des données mis en oeuvre dans le cas d'Atora, estiment les experts.
"Nous sommes déjà dans une phase d'optimisation sans précédent", note de son côté le Pdg de Shell-Gabon, Jean-Pierre Tallon, dont la compagnie travaille depuis plus d'un an à améliorer la production sur ses champs déjà en exploitation.
"Sur Rabi, il y a encore 1,1 milliard de barils sous terre, mais les transformer en réserves exploitables nécessite beaucoup d'ingéniosité", ajoute-t-il un brin optimiste. Si la découverte et la mise en production de gisements "marginaux", comme celui de "Baudroie Nord Marine 8" en avril 2000 par Elf-Gabon (6.000 b/j), constituent sans nul doute un moyen de freiner le déclin, le véritable espoir du Gabon réside surtout dans les forages off-shore en eaux profondes.
"Avec Atora, nous allons freiner le déclin pendant plusieurs années, mais une inversion de tendance ne serait possible que grâce à des découvertes en off-shore profond", à plus de 1.500 mètres sous la surface de la mer, confie un spécialiste de TotalFina-Elf.
Encouragées par les autorités gabonaises et le prix élevé du baril, les sociétés pétrolières du pays vont lancer en 2001 une campagne d'exploration exceptionnelle avec le forage d'au moins une dizaine de puits, dont plusieurs en off-shore profond. Dans les trois mois à venir, Elf-Gabon va notamment réaliser une première mondiale en forant deux puits à environ 2.500 mètres de profondeur sur le bloc Astrid-Marin, situé à l'extrême sud du Gabon.
Ces puits en off-shore "très profond", s'ils débouchaient sur la découverte de gisements de tailles similaires à ceux du Congo-Brazzaville et de l'Angola, ouvriraient alors, selon les mots de M. Vermeulen "une nouvelle page dans l'aventure déjà très riche du pétrole au Gabon".


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