- "Je suis d'un milieu
modeste mais quand j'étais enfant, nous faisions
trois repas par jour. Aujourd'hui, dans beaucoup de
familles populaires, on ne mange plus qu'une seule fois":
ce commentaire d'un Gabonais de 35 ans résume bien
le fossé entre un Etat riche de par ses ressources
et une population pour une bonne part
précarisée.
- Les chiffres sont là pour le rappeler: 28% des
enfants gabonais de moins de cinq ans "souffrent de
malnutrition chronique", dont 7% "sous sa forme
sévère", selon une enquête
gouvernementale publiée en juin dernier.
- Le même rapport relève qu'"au Gabon, la
couverture vaccinale est très faible, puisque
seulement 17% des enfants de 12-23 mois ont reçu
toutes les doses des vaccins" devant leur être
administrés selon un programme défini il y
a plusieurs années par le ministère de la
Santé publique.
- Au-delà de l'abondance des 4X4 rutilantes qui
encombrent les rues souvent défoncées de
Libreville, les chiffres en matière de logement
traduisent également la précarité
des conditions de vie d'une bonne part de la population.
- "Seulement 36% des ménages ruraux utilisent,
pour boire, de l'eau (...) considérée comme
salubre" contre plus de 90% en milieu urbain, indique la
même enquête. "En ce qui concerne les
toilettes, en milieu urbain, 43% des ménages ne
disposent d'aucun équipement ou seulement de
fosses sommaires; en milieu rural, cette proportion
atteint 88%".
- Il suffit de s'aventurer à la saison des
pluies dans les "matitis" (bidonvilles), où vivent
la plupart des habitants de la capitale, pour être
convaincu, comme le relève l'enquête, que
ces mauvaises conditions sanitaires constituent "un
facteur de propagation des maladies telles que la
dysenterie, le choléra, etc".
- Pourtant, le mirage de "l'émirat africain",
une image qui colle au Gabon et lui vaut de drainer une
immigration venue de tout le continent, repose sur une
réalité certaine.
- A l'atout que constitue une stabilité
politique exceptionnelle sur le continent, s'ajoutent des
ressources naturelles, elles aussi exceptionnelles.
- En premier lieu le pétrole, dont la baisse
régulière en terme de production (13,6
millions de tonnes en 2000, contre 18,5 MT en 1997, 11,9
MT prévus en 2002) a été
compensée en 2000 par des cours
élevés. L'or noir a
représenté en 2000 77% des exportations et
43% du PIB du Gabon, dont il a constitué
près de 74% des recettes, un pourcentage
inhabituellement élevé.
- Seconde ressource du pays, le bois, principal
pourvoyeur d'emplois, a généré 13%
des exportations du pays en 2000.
- Troisième ressource du Gabon, dont il est le
troisième exportateur mondial, le manganèse
compte pour 4% des exportations du pays.
- Mais, comme l'exprime le Programme des Nations Unies
pour le Développement (PNUD), la croissance
économique que connaît le pays "n'a pas eu
d'incidence significative sur les conditions de vie de la
population".
- Voté à la mi-novembre, le budget 2002
s'élève à 1.334 mds de Francs CFA
(2,03 mds d'Euros) pour un peu plus d'un million
d'habitants. A titre de comparaison, le budget de l'Etat
centrafricain s'élève à 81,66 mds de
FCFA (124,49 M EUR), pour environ 3,5 millions
d'habitants.
- Mais l'Etat gabonais s'applique depuis bientôt
trois ans à rembourser rubis sur l'ongle une
lourde dette extérieure (encours de 2.000 Mds FCA,
soit 3,5 mds d'Euros) qui ponctionne près de 5O%
du budget et obère ses finances publiques. Le
respect de ses engagements lui a permis, fin 2000, de
signer un accord de confirmation avec le FMI et d'obtenir
un rééchelonnement de sa dette
auprès du Club de Paris. (afp)
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