N° 241
du 17/12/2001

Gabon


Le paradoxe économique du Gabon,
riche et pauvre à la fois

"Je suis d'un milieu modeste mais quand j'étais enfant, nous faisions trois repas par jour. Aujourd'hui, dans beaucoup de familles populaires, on ne mange plus qu'une seule fois": ce commentaire d'un Gabonais de 35 ans résume bien le fossé entre un Etat riche de par ses ressources et une population pour une bonne part précarisée.
Les chiffres sont là pour le rappeler: 28% des enfants gabonais de moins de cinq ans "souffrent de malnutrition chronique", dont 7% "sous sa forme sévère", selon une enquête gouvernementale publiée en juin dernier.
Le même rapport relève qu'"au Gabon, la couverture vaccinale est très faible, puisque seulement 17% des enfants de 12-23 mois ont reçu toutes les doses des vaccins" devant leur être administrés selon un programme défini il y a plusieurs années par le ministère de la Santé publique.
Au-delà de l'abondance des 4X4 rutilantes qui encombrent les rues souvent défoncées de Libreville, les chiffres en matière de logement traduisent également la précarité des conditions de vie d'une bonne part de la population.
"Seulement 36% des ménages ruraux utilisent, pour boire, de l'eau (...) considérée comme salubre" contre plus de 90% en milieu urbain, indique la même enquête. "En ce qui concerne les toilettes, en milieu urbain, 43% des ménages ne disposent d'aucun équipement ou seulement de fosses sommaires; en milieu rural, cette proportion atteint 88%".
Il suffit de s'aventurer à la saison des pluies dans les "matitis" (bidonvilles), où vivent la plupart des habitants de la capitale, pour être convaincu, comme le relève l'enquête, que ces mauvaises conditions sanitaires constituent "un facteur de propagation des maladies telles que la dysenterie, le choléra, etc".
Pourtant, le mirage de "l'émirat africain", une image qui colle au Gabon et lui vaut de drainer une immigration venue de tout le continent, repose sur une réalité certaine.
A l'atout que constitue une stabilité politique exceptionnelle sur le continent, s'ajoutent des ressources naturelles, elles aussi exceptionnelles.
En premier lieu le pétrole, dont la baisse régulière en terme de production (13,6 millions de tonnes en 2000, contre 18,5 MT en 1997, 11,9 MT prévus en 2002) a été compensée en 2000 par des cours élevés. L'or noir a représenté en 2000 77% des exportations et 43% du PIB du Gabon, dont il a constitué près de 74% des recettes, un pourcentage inhabituellement élevé.
Seconde ressource du pays, le bois, principal pourvoyeur d'emplois, a généré 13% des exportations du pays en 2000.
Troisième ressource du Gabon, dont il est le troisième exportateur mondial, le manganèse compte pour 4% des exportations du pays.
Mais, comme l'exprime le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la croissance économique que connaît le pays "n'a pas eu d'incidence significative sur les conditions de vie de la population".
Voté à la mi-novembre, le budget 2002 s'élève à 1.334 mds de Francs CFA (2,03 mds d'Euros) pour un peu plus d'un million d'habitants. A titre de comparaison, le budget de l'Etat centrafricain s'élève à 81,66 mds de FCFA (124,49 M EUR), pour environ 3,5 millions d'habitants.
Mais l'Etat gabonais s'applique depuis bientôt trois ans à rembourser rubis sur l'ongle une lourde dette extérieure (encours de 2.000 Mds FCA, soit 3,5 mds d'Euros) qui ponctionne près de 5O% du budget et obère ses finances publiques. Le respect de ses engagements lui a permis, fin 2000, de signer un accord de confirmation avec le FMI et d'obtenir un rééchelonnement de sa dette auprès du Club de Paris. (afp)


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