N° 215
du 19/10/2000

Gabon


Omar Bongo, intouchable,
devant dieu et devant les hommes
Une révision de la constitution
consacre l'immunité du chef de l'Etat après son mandat

Question "avancée démocratique", celle que vient de faire adopter par l'Assemblée gabonaise, le président Bongo est de taille. Désormais, tout chef d'Etat du Gabon sera intouchable juridiquement, pendant et après son mandat. Ah, si le défunt empereur centrafricain Bokassa avait eu cette idée-là !
Le Parlement gabonais en votant la révision de la Constitution a aussi réintroduit en son préambule la référence à Dieu.
Députés et sénateurs réunis en Congrès ont adopté les modifications d'une vingtaine d'articles de la Constitution par 153 voix contre 40, 2 abstentions et un vote nul, en dépit des consignes de vote négatives des groupes de l'opposition.
Le texte prévoit notamment dans un nouvel alinéa que "le président de la République qui a cessé d'exercer ses fonctions ne peut être mis en cause, poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé pour les faits définis par la loi organique prévue à l'article 81 de la Constitution".
L'article 81 stipule que "les règles de fonctionnement de la Haute cour de justice, la procédure applicable devant elle et la définition des crimes reprochés au président de la République sont fixées par une loi organique".
Toutefois cette loi organique, rédigée en 1996, n'a jamais été promulguée et n'est même pas publique.
La nature des crimes ou délits éventuellement imputables au chef de l'Etat n'est donc pas connue, en dehors des cas de violation du serment ou de Haute trahison déjà prévus par la Constitution.
La presse officielle a brièvement évoqué cette innovation sans fournir d'explications, concentrant son attention sur d'autres modifications de la loi fondamentale, notamment la réintroduction de la référence à Dieu.
La loi fondamentale gabonaise débute désormais ainsi: "Le peuple gabonais, conscient de sa responsabilité devant Dieu et devant l'histoire..."
Le Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, a expliqué que cette modification ne remet pas en cause le principe de la laïcité de l'Etat. (NDLR : ni l'égalité de tous devant la loi ?)
Les autres modifications prévoient encore l'allongement du délai du dépôt de la Loi de finances par le gouvernement, l'autonomie de gestion financière de la Cour des comptes et l'autorisation par le Parlement de la prorogation de l'état d'urgence ou de siège au delà de 15 jours.
Le 3 octobre, le procureur général de la République gabonaise, Pierrette Djouassa, avait exhorté le gouvernement à élaborer une loi anti-corruption précédée d'une amnistie générale "qui fasse table rase du passé et rassure tout le monde".

"Arnaque constitutionnelle", a titré en "une" l'hebdomadaire satyrique, La Griffe, pour qui cette amnistie "signe en fait l'aveu des indélicatesses commises par l'actuel locataire du Bord de mer (NDLR: le palais présidentiel). Lequel, par la même occasion, reconnaît implicitement avoir trempé sa «main blanche» dans de sales affaires". Sur un ton tout aussi virulent, le journal a déploré que "cette mesure pousse-au-crime exonère d'avance les successeurs du Grand Camarade de toutes responsabilités devant la justice". "Et dans ce cas, comment éviter que les bailleurs de fonds internationaux ne se détournent" du Gabon ?" poursuit le journal, estimant que "si par malheur cette loi est promulguée, elle marquerait pour notre pays le passage d'une République bannière de fait à une République bannière de droit".


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