N° 237
du 15/10/2001

Gabon


Législatives de décembre
Le ministre de l'Intérieur sur la sellette

A moins de deux mois des législatives au Gabon, le ministre de l'Intérieur Antoine Mboumbou Miyakou est sur la sellette, des partis politiques lui reprochant de ne pas réunir les conditions de la transparence promise pour ces élections.
En prévision du scrutin, prévu les 2 et 16 décembre, le président Omar Bongo avait pourtant réuni le 20 août dernier les représentants des partis de la majorité et de l'opposition. "Nous avons fait ce qu'il fallait pour que les élections de décembre prochain se déroulent dans la transparence", s'était félicité le président Bongo à l'issue de cette réunion.
Parmi les initiatives prises à cette occasion figurait en bonne place une révision exceptionnelle des listes électorales, du 1er au 31 septembre. Or, selon ses détracteurs, l'opération, placée sous la responsabilité du ministère de l'Intérieur, a pris du retard et n'est pas menée correctement.
Il est de notoriété publique qu'il y a du tirage entre le ministre d'Etat, cacique du régime du président Bongo, et le président de la Commission nationale électorale (CNE), M. Gilbert Ngoulakia, un magistrat qui a fait à plusieurs reprises un rappel public de la loi électorale.
D'autres personnalités politiques sont allées plus loin. Le vice-président du Parti Gabonais du Progrès (PGP), Benoît-Joseph Mouity Nzamba, a dénoncé ces derniers jours "les menaces que font planer sur la transparence électorale ces responsables qui s'emploient à contourner les règles établies d'un commun accord". Il a notamment cité le nom d'un préfet du sud du pays qui, selon le quotidien pro-gouvernemental "L'Union", "refuse systématiquement d'inscrire les noms de personnes en âge de voter si celles-ci ne montrent pas patte blanche, c'est à dire être des proches des candidats du ministre d'Etat Mboumbou Miyakou".

Quand un ministre ne peut s'inscrire sur les listes électorales þ

Parmi ces électeurs écartés des urnes figure même la ministre de la Famille et de la Promotion de la femme, Angélique Ngoma, pourtant députée sortante du parti du président, le PDG (Parti Démocratique Gabonais), dont le nom avait disparu des listes électorales. "Il s'agissait d'une erreur qui a été réparée", a assuré M. Mboumbou-Miyakou.
"Y a-t-il deux PDG désormais, celui du ministre de l'Intérieur, qui investit ses propres députés, et celui du chef de l'Etat Omar Bongo?", s'interroge "L'Union" avant de poser une seconde question: "l'électorat proche de l'opposition a-t-il aussi perdu le droit de vote?". Et d'ajouter: "la confusion est à son comble, l'ambiance délétère".
"On s'interroge de plus en plus au sein de la famille judiciaire et même dans certains états-majors politiques sur l'urgence d'une disqualification du ministère de l'Intérieur que dirige le ministre d'Etat Antoine Mboumbou Miyakou à poursuivre l'opération de révision des listes électorales", a encore écrit L'Union. Mauvais signe pour le ministre, quand on sait que l'Union sert à préparer les décisions prises en haut lieu, en l'occurrence par Omar Bongo lui-même. Le directeur de publication, Germain Ngoyo Moussavou, est candidat du PDG dans la province de la Nyanga, fief électoral du ministre de l'Administration territoriale.

Des partis empêchés d'être légalisés

Quatre petits partis politiques ont aussi porté plainte contre le ministre de l'Intérieur, qu'ils accusent d'entraver leur légalisation définitive, dans la perspective des législatives. Il s'agit de L'Union nationale des forgerons (Unaf), de la Cause commune pour le développement du Gabon (CCDG), du Mouvement africain pour le renouveau social (MARS) et du Parti pour le développement national (PND), inconnus sur la scène politique gabonaise mais considérés comme proches de la mouvance présidentielle.
Selon l'Union (encore !), ces formations ont déposé plainte contre le ministre de l'Intérieur, Antoine Mboumbou Miyakou, pour "violation de la loi relative aux partis politiques à travers des actes arbitraires ou illégaux". (avec AFP)


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