N° 241
du 17/12/2001

Gabon


Premier tour des législatives
Le PDG, parti présidentiel, confirme
sa suprématie au cours d'un scrutin bien étonnant

Les élections en Afrique ne lassent pas de surprendre. Le premier tour des élections législatives qui ont eu lieu au Gabon, le 9 décembre, teindra sans doute une bonne place dans le livre d'or d'une époque à oublier.
Les résultats provisoires du premier tour affichent en effet des scores extrêmes pour certains candidats, oscillant du "zéro pointé" au magistral 99,98% des suffrages exprimés.
Les candidats indépendants, Antoine Mbadinga Mboumba et Eugénie Ndzeng Minsa, ont réussi l'exploit de ne recueillir aucune voix, à croire qu'ils n'ont même pas voté pour eux-mêmes, ou que leurs noms ne figuraient pas sur les listes électorales.
Deux de leurs rivaux, qui ne recueillent qu'une seule voix chacun sur les 499 et 3.113 suffrages exprimés dans leurs circonscriptions électorales, ne semblent pas avoir beaucoup mobilisé leurs familles avec plus de succès.
A contrario, au sommet de l'échelle, le ministre des Transports Idriss Ngari, du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), a décroché la palme du député le mieux élu avec 99,98% de suffrages exprimés, dans un département de la province du Haut-Ogooué, où il était seul en lice.
Ces résultats provisoires de la CNE montrent également de grandes disparités entre les heureux élus du premier tour. Ainsi, le Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane, qui a gagné un des dix sièges à pourvoir à Libreville avec 8.947 voix (89,64%), pourra féliciter sa ministre de la Famille et de la Promotion de la Femme, Angélique Ngoma, victorieuse avec seulement 412 voix (76,72%) dans une petite localité.
 
Globalement, le parti du président Omar Bongo a confirmé sa suprématie électorale en remportant 52 sièges de députés sur 120, contre trois pour l'opposition et autant pour des indépendants proches de la majorité présidentielle, dès le premier tour.
Ces résultats devront être confirmés par la Cour constitutionnelle, présidée par Marie-Madeleine Mborantsuo à qui l'on souhaite beaucoup de sang-froid pour valider de tels scores.
Avant même le second tour du 23 décembre, il ne manque que 9 sièges au Parti démocratique gabonais (PDG) pour reconquérir une majorité absolue au sein de la future Assemblée nationale.
Il devrait y parvenir sans problème, 29 de ses candidats arrivant en tête du premier tour contre des opposants ou des indépendants proches de la majorité présidentielle, même si certains scores étriqués promettent des duels serrés.
L'emprise du camp gouvernemental constitue tout sauf une surprise. Parti riche, financièrement parlant, le PDG est la seule formation à avoir présenté des candidats dans l'ensemble des circonscriptions électorales.
Son groupe parlementaire issu des élections de 1996 comptait à lui seul 91 députés, dont quelques apparentés.
La quasi-totalité des membres du gouvernement ont été largement élus, comme le Premier ministre Jean-François Ntoutoume-Emane et le ministre des Finances Emile Doumba. Le PDG obtient par ailleurs 16 sièges sur 17 dans le Haut-Ogooué, la région du président Bongo, qui enregistre les plus forts taux de participation.
 
L'opposition, divisée entre partisans du boycottage et du jeu électoral, arrive très loin derrière, avec seulement trois élus au premier tour, pour un même nombre d'élus indépendants, des membres du PDG non-investis par leur parti.
Parmi les poids lourds de l'opposition, le maire de Libreville, Paul Mba Abessole est en tête dans son siège du 2ème arrondissement de Libreville avec 38,52%. Mais le président du Rassemblement national des bûcherons (RNB/RPG) est talonné par un candidat PDG (32,54%).
Son parti, qui comptait six députés dans la législature sortante, n'obtient qu'un élu au premier tour.
A Port-Gentil (ouest), le maire de la capitale économique et président du Parti gabonais du Progrès (PGP), le député sortant Pierre-Louis Agondjo Okawe, est en ballottage favorable dans le troisième arrondissement avec 41,80% des suffrages exprimés contre 27,20% pour le candidat PDG. Deux autres candidats du PGP, qui compte 8 députés dans l'Assemblée sortante, arrivent en tête.
 
Le taux d'abstention a atteint 55,92%, avec un étonnant record de 82,71% à Libreville. Le vote n'a pas eu lieu dans dix circonscriptions et une dizaine de partielles devront donc être organisées dans les sièges où le vote a été empêché: matériel électoral volé ou détruit, absence de membres des bureaux de vote. C'est notamment le cas au sud du pays, dans des fiefs de petits partis d'opposition dont les leaders avaient appelé au boycottage du scrutin, pour impréparation et fraude prévisible. Parmi les principaux partis qui avaient appelé au boycott, il y avait le Rassemblement national des Bûcherons (RNB/démocrates, de Pierre-André Kombila) et l'Union du peuple gabonais (UPG, de Pierre Mamboundou).
 
La désorganisation qui a entouré le scrutin, notamment dans la capitale Libreville où vivent près de la moitié des habitants du Gabon, et le désintérêt croissant des populations urbaines pour les élections pourraient expliquer ces faibles taux de participation.
La loi électorale gabonaise ne prévoit pas de quota minimum de votants pour la validation d'une élection.
La Commission nationale électorale (CNE), après toilettage, avait fait passer le nombre d'inscrits sur les listes électorales de 774.406 à 596.431, pour une population de 1.048.000 personnes.
 
Les réactions

L'opposant Pierre Louis Agondjo Okawe, président du Parti gabonais du Progrès (PGP) et maire de la capitale économique, Port-Gentil, a dénoncé le "retour vers le parti unique", au lendemain des résultats. "C'est absolument inédit au Gabon depuis 1990 que le PDG frise la majorité absolue dès le 1er tour", a commenté Agondjo, s'inquiétant du "risque d'une Assemblée où les gens répéteront comme des perroquets ce que dit le pouvoir".

Il n'a toutefois pas demandé l'annulation du scrutin : "Nous préférons mettre l'accent sur la révision du code électoral pour qu'il interdise notamment le transfert d'électeurs".
"Comment voulez-vous que des gens qui vivent dans un village ne trouvent pas leurs noms sur les listes électorales, et que ce soient des étrangers qui votent à leur place parce qu'ils ont été transportés par un candidat qui en a les moyens", s'est-il indigné.
Il a enfin expliqué le fort taux d'abstention par la fait, selon lui que "les Gabonais ne croient plus au changement par la voie électorale, qu'ils sont déçus".
 
"Pour moi, ces élections sont à annuler", a pour sa part déclaré Paul Mba Abessole, pour qui le faible taux de participation à Libreville serait lié au fait que "les vrais électeurs n'étaient pas inscrits sur les listes électorales".
"On doit conclure que le changement au Gabon ne peut plus venir par les urnes et qu'on doit chercher d'autres voies si on veut faire en sorte qu'il y ait un Etat pour tous", a-t-il estimé. Le maire de Libreville a par ailleurs déclaré qu'"il ne faut pas entretenir un peuple dans la frustration, parce qu'un peuple, même s'il est mou, même s'il est indolent, à un moment, il peut se rebeller et ça peut donner des choses terribles que nous ne souhaitons pas".
 
L'opposant Pierre Mamboundou, leader de l'Union du peuple gabonais (UPG), a dénoncé un "désordre indescriptible" et réclamé que "le scrutin soit repris sur l'ensemble du territoire national", à une date ultérieure.
Partisan du boycottage pendant la campagne, il a par ailleurs justifié la destruction des urnes dans sa circonscription de Ndendé (sud), affirmant que "la présence de 25 urnes bourrées de bulletins du candidat du PDG a débouché sur la destruction de celles-ci au nom de la transparence et de la sincérité du scrutin".
Le président Bongo l'avait menacé le jour du vote de la faire arrêter s'il s'avérait qu'il était impliqué dans ces actions.
 
Des élections partielles seront organisées là où le 1er tour n'a pas pu se dérouler, a seulement indiqué le président de la CNE, Gilbert Ngoulakia, en excluant une annulation globale. "Le vote à bien eu lieu sur toute l'étendue du territoire" de manière "satisfaisante dans l'ensemble", a-t-il estimé. C'est le principal þ
 
Les observateurs ont observé
 
Démontrant une fois de plus qu'ils ne servent strictement à rien, des organismes internationaux avaient dépêché leur lot d'observateurs, douze pour l'Organisation internationale de la Francophonie et six pour l'Organisation de l'Unité africaine.
Comme à l'accoutumée, ils ont pondu un communiqué très alambiqué constatant "les insuffisances de l'organisation" du scrutin.
Remède, pressions, colère ? Ce n'est pas leur rôle, tout juste une recommandation sous forme d'espoir intemporel : "Les observateurs internationaux expriment l'espoir que la Commission nationale électorale et les acteurs politiques gabonais puissent, en temps opportun et de manière consensuelle, remédier aux insuffisances constatées". Les Gabonais sont donc priés d'attendre le "temps opportun" pour savourer les vertus du suffrage universel.
 
Un leader de l'opposition s'accapare
les frais de campagne de son parti
 
Cinq candidats de l'opposition ont porté plainte contre le président de leur formation, soupçonné de s'être approprié les frais de campagne destinés aux législatives des 9 et 23 décembre, a révélé la Commission nationale électorale . Ils ont accusé le président du RDR Samuel Mebame Obame, lui-même candidat dans une province du nord-est du Gabon, de s'être accaparé 25 millions de francs CFA (250.000 FF) pour battre sa propre campagne. Les cinq candidats, désemparés par l'attitude peu démocratique de leur leader, ont été orientés par la CNE vers les "tribunaux compétents".
Chaque parti, présentant plus de dix candidats dans au moins cinq provinces du Gabon, a reçu le +franc électoral+ pour préparer les législatives, dont le montant s'élevait à 25 millions de FCFA.
Une quinzaine de partis ne répondant pas à ces critères ont néanmoins touché à titre gracieux jusqu'à plusieurs millions de FCFA. (avec AFP)


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