- Les élections en
Afrique ne lassent pas de surprendre. Le premier tour des
élections législatives qui ont eu lieu au
Gabon, le 9 décembre, teindra sans doute une bonne
place dans le livre d'or d'une époque à
oublier.
- Les résultats provisoires du premier tour
affichent en effet des scores extrêmes pour
certains candidats, oscillant du "zéro
pointé" au magistral 99,98% des suffrages
exprimés.
- Les candidats indépendants, Antoine
Mbadinga Mboumba et Eugénie Ndzeng
Minsa, ont réussi l'exploit de ne recueillir
aucune voix, à croire qu'ils n'ont même pas
voté pour eux-mêmes, ou que leurs noms ne
figuraient pas sur les listes électorales.
- Deux de leurs rivaux, qui ne recueillent qu'une seule
voix chacun sur les 499 et 3.113 suffrages
exprimés dans leurs circonscriptions
électorales, ne semblent pas avoir beaucoup
mobilisé leurs familles avec plus de
succès.
- A contrario, au sommet de l'échelle, le
ministre des Transports Idriss Ngari, du
Parti démocratique gabonais
(PDG, au pouvoir), a décroché la
palme du député le mieux élu avec
99,98% de suffrages exprimés, dans un
département de la province du Haut-Ogooué,
où il était seul en lice.
- Ces résultats provisoires de la CNE montrent
également de grandes disparités entre les
heureux élus du premier tour. Ainsi, le Premier
ministre Jean-François Ntoutoume Emane,
qui a gagné un des dix sièges à
pourvoir à Libreville avec 8.947 voix (89,64%),
pourra féliciter sa ministre de la Famille et
de la Promotion de la Femme, Angélique
Ngoma, victorieuse avec seulement 412 voix
(76,72%) dans une petite localité.
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- Globalement, le parti du président Omar
Bongo a confirmé sa suprématie
électorale en remportant 52 sièges de
députés sur 120, contre trois pour
l'opposition et autant pour des indépendants
proches de la majorité présidentielle,
dès le premier tour.
- Ces résultats devront être
confirmés par la Cour constitutionnelle,
présidée par Marie-Madeleine Mborantsuo
à qui l'on souhaite beaucoup de sang-froid
pour valider de tels scores.
- Avant même le second tour du 23
décembre, il ne manque que 9 sièges au
Parti démocratique gabonais (PDG)
pour reconquérir une majorité absolue au
sein de la future Assemblée nationale.
- Il devrait y parvenir sans problème, 29 de ses
candidats arrivant en tête du premier tour contre
des opposants ou des indépendants proches de la
majorité présidentielle, même si
certains scores étriqués promettent des
duels serrés.
- L'emprise du camp gouvernemental constitue tout sauf
une surprise. Parti riche, financièrement parlant,
le PDG est la seule formation à avoir
présenté des candidats dans l'ensemble des
circonscriptions électorales.
- Son groupe parlementaire issu des élections de
1996 comptait à lui seul 91 députés,
dont quelques apparentés.
- La quasi-totalité des membres du gouvernement
ont été largement élus, comme le
Premier ministre Jean-François Ntoutoume-Emane et
le ministre des Finances Emile Doumba. Le PDG
obtient par ailleurs 16 sièges sur 17 dans le
Haut-Ogooué, la région du président
Bongo, qui enregistre les plus forts taux de
participation.
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- L'opposition, divisée entre partisans du
boycottage et du jeu électoral, arrive très
loin derrière, avec seulement trois élus au
premier tour, pour un même nombre d'élus
indépendants, des membres du PDG non-investis par
leur parti.
- Parmi les poids lourds de l'opposition, le maire
de Libreville, Paul Mba Abessole est en
tête dans son siège du 2ème
arrondissement de Libreville avec 38,52%. Mais le
président du Rassemblement national des
bûcherons (RNB/RPG) est talonné
par un candidat PDG (32,54%).
- Son parti, qui comptait six députés
dans la législature sortante, n'obtient qu'un
élu au premier tour.
- A Port-Gentil (ouest), le maire de la capitale
économique et président du Parti gabonais
du Progrès (PGP), le député sortant
Pierre-Louis Agondjo Okawe, est en
ballottage favorable dans le troisième
arrondissement avec 41,80% des suffrages exprimés
contre 27,20% pour le candidat PDG. Deux autres candidats
du PGP, qui compte 8 députés dans
l'Assemblée sortante, arrivent en tête.
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- Le taux d'abstention a atteint 55,92%, avec un
étonnant record de 82,71% à Libreville. Le
vote n'a pas eu lieu dans dix circonscriptions et une
dizaine de partielles devront donc être
organisées dans les sièges où le
vote a été empêché:
matériel électoral volé ou
détruit, absence de membres des bureaux de vote.
C'est notamment le cas au sud du pays, dans des fiefs de
petits partis d'opposition dont les leaders avaient
appelé au boycottage du scrutin, pour
impréparation et fraude prévisible. Parmi
les principaux partis qui avaient appelé au
boycott, il y avait le Rassemblement national des
Bûcherons (RNB/démocrates, de
Pierre-André Kombila) et l'Union du peuple
gabonais (UPG, de Pierre Mamboundou).
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- La désorganisation qui a entouré le
scrutin, notamment dans la capitale Libreville où
vivent près de la moitié des habitants du
Gabon, et le désintérêt croissant des
populations urbaines pour les élections pourraient
expliquer ces faibles taux de participation.
- La loi électorale gabonaise ne prévoit
pas de quota minimum de votants pour la validation d'une
élection.
- La Commission nationale électorale
(CNE), après toilettage, avait fait passer
le nombre d'inscrits sur les listes électorales de
774.406 à 596.431, pour une population de
1.048.000 personnes.
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- Les réactions
L'opposant Pierre Louis Agondjo Okawe,
président du Parti gabonais du Progrès
(PGP) et maire de la capitale économique,
Port-Gentil, a dénoncé le "retour vers le
parti unique", au lendemain des résultats. "C'est
absolument inédit au Gabon depuis 1990 que le PDG
frise la majorité absolue dès le 1er tour",
a commenté Agondjo, s'inquiétant du
"risque d'une Assemblée où les gens
répéteront comme des perroquets ce que dit
le pouvoir".
- Il n'a toutefois pas demandé l'annulation du
scrutin : "Nous préférons mettre l'accent
sur la révision du code électoral pour
qu'il interdise notamment le transfert
d'électeurs".
- "Comment voulez-vous que des gens qui vivent dans un
village ne trouvent pas leurs noms sur les listes
électorales, et que ce soient des étrangers
qui votent à leur place parce qu'ils ont
été transportés par un candidat qui
en a les moyens", s'est-il indigné.
- Il a enfin expliqué le fort taux d'abstention
par la fait, selon lui que "les Gabonais ne croient plus
au changement par la voie électorale, qu'ils sont
déçus".
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- "Pour moi, ces élections sont à
annuler", a pour sa part déclaré Paul Mba
Abessole, pour qui le faible taux de participation
à Libreville serait lié au fait que "les
vrais électeurs n'étaient pas inscrits sur
les listes électorales".
- "On doit conclure que le changement au Gabon ne peut
plus venir par les urnes et qu'on doit chercher d'autres
voies si on veut faire en sorte qu'il y ait un Etat pour
tous", a-t-il estimé. Le maire de Libreville a par
ailleurs déclaré qu'"il ne faut pas
entretenir un peuple dans la frustration, parce qu'un
peuple, même s'il est mou, même s'il est
indolent, à un moment, il peut se rebeller et
ça peut donner des choses terribles que nous ne
souhaitons pas".
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- L'opposant Pierre Mamboundou, leader de l'Union du
peuple gabonais (UPG), a dénoncé un
"désordre indescriptible" et réclamé
que "le scrutin soit repris sur l'ensemble du territoire
national", à une date ultérieure.
- Partisan du boycottage pendant la campagne, il a par
ailleurs justifié la destruction des urnes dans sa
circonscription de Ndendé (sud), affirmant que "la
présence de 25 urnes bourrées de bulletins
du candidat du PDG a débouché sur la
destruction de celles-ci au nom de la transparence et de
la sincérité du scrutin".
- Le président Bongo l'avait menacé le
jour du vote de la faire arrêter s'il
s'avérait qu'il était impliqué dans
ces actions.
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- Des élections partielles seront
organisées là où le 1er tour n'a pas
pu se dérouler, a seulement indiqué le
président de la CNE, Gilbert
Ngoulakia, en excluant une annulation globale. "Le
vote à bien eu lieu sur toute l'étendue du
territoire" de manière "satisfaisante dans
l'ensemble", a-t-il estimé. C'est le principal þ
-
- Les observateurs ont observé
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- Démontrant une fois de plus qu'ils ne servent
strictement à rien, des organismes internationaux
avaient dépêché leur lot
d'observateurs, douze pour l'Organisation internationale
de la Francophonie et six pour l'Organisation de
l'Unité africaine.
- Comme à l'accoutumée, ils ont pondu un
communiqué très alambiqué constatant
"les insuffisances de l'organisation" du scrutin.
- Remède, pressions, colère ? Ce n'est
pas leur rôle, tout juste une recommandation sous
forme d'espoir intemporel : "Les observateurs
internationaux expriment l'espoir que la Commission
nationale électorale et les acteurs politiques
gabonais puissent, en temps opportun et de manière
consensuelle, remédier aux insuffisances
constatées". Les Gabonais sont donc priés
d'attendre le "temps opportun" pour savourer les vertus
du suffrage universel.
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- Un leader de l'opposition s'accapare
- les frais de campagne de son parti
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- Cinq candidats de l'opposition ont porté
plainte contre le président de leur formation,
soupçonné de s'être approprié
les frais de campagne destinés aux
législatives des 9 et 23 décembre, a
révélé la Commission nationale
électorale . Ils ont accusé le
président du RDR Samuel Mebame Obame,
lui-même candidat dans une province du nord-est du
Gabon, de s'être accaparé 25 millions de
francs CFA (250.000 FF) pour battre sa propre campagne.
Les cinq candidats, désemparés par
l'attitude peu démocratique de leur leader, ont
été orientés par la CNE vers les
"tribunaux compétents".
- Chaque parti, présentant plus de dix candidats
dans au moins cinq provinces du Gabon, a reçu le
+franc électoral+ pour préparer les
législatives, dont le montant s'élevait
à 25 millions de FCFA.
- Une quinzaine de partis ne répondant pas
à ces critères ont néanmoins
touché à titre gracieux jusqu'à
plusieurs millions de FCFA. (avec AFP)
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