Des étudiants de l’Université
Omar Bongo (UOB) de Libreville ont protesté le 29/01 contre
leurs conditions d’études en barrant une avenue devant le
campus dans le cadre d’une «grève intelligente»,
durant laquelle les cours ne sont pas suspendus. «C’est une
manière de contester en allant en cours», a déclaré
Raoul Ovono Abessolo, le président du syndicat
étudiant Force (Fraction organisée pour la restauration
de la conscience étudiante).
Les étudiants se sont contentés de mettre à profit
la pause déjeuner, entre 12H00 et 14H30 pour barrer l’avenue
passant devant l’entrée de l’UOB. Ils réclament
notamment la modernisation des méthodes d’enseignement, des
ordinateurs, des photocopieuses et la révision des conditions d’admission
dans l’année supérieure.
«Il n’y a par exemple pas de centre multimédia à
l’UOB. De nombreux étudiants ne savent pas utiliser internet
ou même envoyer un courrier électronique», a-t-il affirmé.
La grève, même «intelligente» n’avait pas
que des partisans et des militants d’un autre syndicat, l’Union
générale des étudiants du Gabon (UGEG),
ont tenté de s’opposer au blocage de la rue, provoquant quelques
échanges d’amabilités. «Nous ne voulons pas
d’une nouvelle année blanche à cause d’une grève»,
a déclaré le président de l’UGEG,
Télésphore Ndong Obiang.
Le plus grand lycée du pays fermé après quatre
jours de violences
Le gouvernement a fermé à compter du 23 janvier et jusqu’à
nouvel ordre le plus grand lycée du Gabon, le Lycée
technique national Omar Bongo (LTNOB), en vue de mettre fin à
quatre jours de violences entre les établissements scolaires qui
ont agité Libreville depuis le 19 janvier.
Cette décision a été prise à l’issue
d’une réunion ministérielle autour du Premier
ministre, Jean François Ntoutoume Emane.
«La réouverture dépendra de l’attitude des élèves
de cet établissement», qui en compte près de 6.000,
a déclaré le porte-parole du gouvernement,
René Ndemezo’ Obiang, avertissant qu’instruction
avait été «donnée aux forces de sécurité
(...) de faire régner l’ordre» et que tout attroupement
serait dispersé. Le calme est revenu dans les principaux établissements
secondaires de Libreville.
Les violences avaient commencé le 19 janvier avec une descente
musclée, ayant pour origine probable une rixe entre élèves
des deux établissements, de plus d’une centaine d’élèves
du LTNOB sur le collège évangélique de Melen (17
km à l’est de Libreville), au cours de laquelle ils avaient
agressé des collégiens et saccagé du matériel,
notamment des ordinateurs.
Les jours suivants, empêchés de retourner à Melen
par les forces de l’ordre, les lycéens avaient envahi la
voie express de Libreville et bloqué la circulation, avant de vandaliser
un autre établissement, l’Ecole professionnelle d’informatique
(EPI), située en bordure de route.
Plusieurs «marcheurs» étaient porteurs de gourdins
ou barres de fer, et certains d’entre eux ne portaient pas la chemise
bleu ciel, uniforme du lycée technique.
Le lendemain, les forces de l’ordre en s’interposant avaient
empêché de justesse une bataille rangée, les élèves
de l’EPI ayant tendu, en représailles, un guet-apens sur
la voie express à leurs homologues du LTNOB.
Au moins onze élèves ont été blessés
au cours de ces quatre jours. Outre de multiples échauffourées
entre élèves, des policiers ont été également
blessés, des passants agressés et sept bus de la Société
publique gabonaise de transports Sogatra ont été endommagés.
Le ministre de l’Education nationale, Daniel
Ona Ondo, doit entamer une série de réunions avec
les responsables du lycée technique et les chefs de classe (représentants
des élèves) pour «savoir comment la mesure est perçue,
l’expliquer, et évaluer selon l’état d’esprit
des élèves, la durée prévisible de la fermeture»,
a expliqué M. Ndemezo’Obiang.
Analyse
Après avoir visiblement réussi à stopper la vague
de violences qui ont opposé durant quatre jours plusieurs établissements
scolaires du secondaire de Libreville, le gouvernement va devoir s’interroger
sur les causes profondes du phénomène.
La décision de fermer le lycée technique national Omar Bongo
(LTNOB), dont les élèves ont été impliqués
dans les troubles, a semble-t-il calmé les esprits.
Ce qui a surtout frappé au cours de ces quatre jours, selon le
porte-parole du gouvernement, René Ndemezo’Obiang, c’est
«la disproportion entre des faits futiles, banals» et la réaction
qu’ils ont entraînée.
Aucune revendication précise n’a été émise.
Les élèves n’ont même pas réclamé
les bourses du premier trimestre qui n’ont toujours pas été
versées. La cause directe semble être une rixe qui a dégénéré.
Le premier responsable désigné a été le LTNOB.
Et la fin immédiate des troubles au lendemain de la fermeture du
lycée semble montrer que la cible était la bonne.
D’autres établissements ont été impliqués
dans les violences, mais seuls des lycéens du LTNOB y participaient
systématiquement. Et selon un responsable du ministère de
l’Education nationale, le problème n’est pas nouveau.
«Déjà dans les années 70, il existait des rivalités
avec le lycée Léon M’ba» d’enseignement
général de Libreville, souligne-t-il. «Cela s’exprimait
d’abord dans le cadre du sport», avant de dégénérer
souvent en bagarres.
«On a toujours tenté de régler ce problème,
mais on n’a jamais réussi», selon le responsable du
ministère, qui note que c’est la première fois qu’est
décidée la fermeture de l’établissement, et
qui souligne le nombre croissant d’élèves au lycée
technique, plus de 6.000 aujourd’hui, alors que le règlement
des lycées en prévoit 3.000 maximum.
«Les élèves travaillent dans des classes surchargées»,
dénonce-t-il en même temps que le non-respect des règles
de recrutement qui aboutissent à l’intégration de
«cas sociaux» et d’élèves n’ayant
pas le niveau requis.
Des élèves du lycée technique, qui n’ont pas
participé aux agitations, dénoncent «l’échec
scolaire, la frustration».
«Certains élèves ne devraient plus être là
non plus car ils ont été renvoyés depuis un an ou
deux», et pourraient être, par frustration, les meneurs des
violences, estime encore le responsable du ministère.
Les lycéens, interrogés par l’AFP, se plaignent de
la réputation du LTNOB, qui les transforme en cible d’autres
lycéens. «Des cailloux ont été jetés
récemment contre des bus transportant des élèves
du lycée technique (...) certains élèves d’autres
établissements veulent nous frapper», affirmaient-ils.
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