N° 287
du 03/02/2004

Gabon

Le monde scolaire en effervescence
«Grève intelligente» et barricades à l’Université de Libreville

Des étudiants de l’Université Omar Bongo (UOB) de Libreville ont protesté le 29/01 contre leurs conditions d’études en barrant une avenue devant le campus dans le cadre d’une «grève intelligente», durant laquelle les cours ne sont pas suspendus. «C’est une manière de contester en allant en cours», a déclaré Raoul Ovono Abessolo, le président du syndicat étudiant Force (Fraction organisée pour la restauration de la conscience étudiante).
Les étudiants se sont contentés de mettre à profit la pause déjeuner, entre 12H00 et 14H30 pour barrer l’avenue passant devant l’entrée de l’UOB. Ils réclament notamment la modernisation des méthodes d’enseignement, des ordinateurs, des photocopieuses et la révision des conditions d’admission dans l’année supérieure.
«Il n’y a par exemple pas de centre multimédia à l’UOB. De nombreux étudiants ne savent pas utiliser internet ou même envoyer un courrier électronique», a-t-il affirmé.
La grève, même «intelligente» n’avait pas que des partisans et des militants d’un autre syndicat, l’Union générale des étudiants du Gabon (UGEG), ont tenté de s’opposer au blocage de la rue, provoquant quelques échanges d’amabilités. «Nous ne voulons pas d’une nouvelle année blanche à cause d’une grève», a déclaré le président de l’UGEG, Télésphore Ndong Obiang.

Le plus grand lycée du pays fermé après quatre jours de violences

Le gouvernement a fermé à compter du 23 janvier et jusqu’à nouvel ordre le plus grand lycée du Gabon, le Lycée technique national Omar Bongo (LTNOB), en vue de mettre fin à quatre jours de violences entre les établissements scolaires qui ont agité Libreville depuis le 19 janvier.
Cette décision a été prise à l’issue d’une réunion ministérielle autour du Premier ministre, Jean François Ntoutoume Emane.
«La réouverture dépendra de l’attitude des élèves de cet établissement», qui en compte près de 6.000, a déclaré le porte-parole du gouvernement, René Ndemezo’ Obiang, avertissant qu’instruction avait été «donnée aux forces de sécurité (...) de faire régner l’ordre» et que tout attroupement serait dispersé. Le calme est revenu dans les principaux établissements secondaires de Libreville.

Les violences avaient commencé le 19 janvier avec une descente musclée, ayant pour origine probable une rixe entre élèves des deux établissements, de plus d’une centaine d’élèves du LTNOB sur le collège évangélique de Melen (17 km à l’est de Libreville), au cours de laquelle ils avaient agressé des collégiens et saccagé du matériel, notamment des ordinateurs.
Les jours suivants, empêchés de retourner à Melen par les forces de l’ordre, les lycéens avaient envahi la voie express de Libreville et bloqué la circulation, avant de vandaliser un autre établissement, l’Ecole professionnelle d’informatique (EPI), située en bordure de route.
Plusieurs «marcheurs» étaient porteurs de gourdins ou barres de fer, et certains d’entre eux ne portaient pas la chemise bleu ciel, uniforme du lycée technique.
Le lendemain, les forces de l’ordre en s’interposant avaient empêché de justesse une bataille rangée, les élèves de l’EPI ayant tendu, en représailles, un guet-apens sur la voie express à leurs homologues du LTNOB.
Au moins onze élèves ont été blessés au cours de ces quatre jours. Outre de multiples échauffourées entre élèves, des policiers ont été également blessés, des passants agressés et sept bus de la Société publique gabonaise de transports Sogatra ont été endommagés.
Le ministre de l’Education nationale, Daniel Ona Ondo, doit entamer une série de réunions avec les responsables du lycée technique et les chefs de classe (représentants des élèves) pour «savoir comment la mesure est perçue, l’expliquer, et évaluer selon l’état d’esprit des élèves, la durée prévisible de la fermeture», a expliqué M. Ndemezo’Obiang.

Analyse
Après avoir visiblement réussi à stopper la vague de violences qui ont opposé durant quatre jours plusieurs établissements scolaires du secondaire de Libreville, le gouvernement va devoir s’interroger sur les causes profondes du phénomène.
La décision de fermer le lycée technique national Omar Bongo (LTNOB), dont les élèves ont été impliqués dans les troubles, a semble-t-il calmé les esprits.
Ce qui a surtout frappé au cours de ces quatre jours, selon le porte-parole du gouvernement, René Ndemezo’Obiang, c’est «la disproportion entre des faits futiles, banals» et la réaction qu’ils ont entraînée.
Aucune revendication précise n’a été émise. Les élèves n’ont même pas réclamé les bourses du premier trimestre qui n’ont toujours pas été versées. La cause directe semble être une rixe qui a dégénéré.
Le premier responsable désigné a été le LTNOB. Et la fin immédiate des troubles au lendemain de la fermeture du lycée semble montrer que la cible était la bonne.
D’autres établissements ont été impliqués dans les violences, mais seuls des lycéens du LTNOB y participaient systématiquement. Et selon un responsable du ministère de l’Education nationale, le problème n’est pas nouveau.
«Déjà dans les années 70, il existait des rivalités avec le lycée Léon M’ba» d’enseignement général de Libreville, souligne-t-il. «Cela s’exprimait d’abord dans le cadre du sport», avant de dégénérer souvent en bagarres.
«On a toujours tenté de régler ce problème, mais on n’a jamais réussi», selon le responsable du ministère, qui note que c’est la première fois qu’est décidée la fermeture de l’établissement, et qui souligne le nombre croissant d’élèves au lycée technique, plus de 6.000 aujourd’hui, alors que le règlement des lycées en prévoit 3.000 maximum.
«Les élèves travaillent dans des classes surchargées», dénonce-t-il en même temps que le non-respect des règles de recrutement qui aboutissent à l’intégration de «cas sociaux» et d’élèves n’ayant pas le niveau requis.
Des élèves du lycée technique, qui n’ont pas participé aux agitations, dénoncent «l’échec scolaire, la frustration».
«Certains élèves ne devraient plus être là non plus car ils ont été renvoyés depuis un an ou deux», et pourraient être, par frustration, les meneurs des violences, estime encore le responsable du ministère.
Les lycéens, interrogés par l’AFP, se plaignent de la réputation du LTNOB, qui les transforme en cible d’autres lycéens. «Des cailloux ont été jetés récemment contre des bus transportant des élèves du lycée technique (...) certains élèves d’autres établissements veulent nous frapper», affirmaient-ils.


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