|
||||
| La création d’une
Commission nationale de la Carte professionnelle de presse (CNCPP),
qui a clos sa première session en se donnant pour mission de faire
le tri entre «vrais» et «faux» journalistes, suscite
l’inquiétude de la presse privée gabonaise. La CNCPP va «séparer le bon grain de l’ivraie», a espéré son président, Joseph Loembé, tandis que le ministre de la Communication, Mehdi Teale, a dit en attendre «l’assainissement de la profession». Aux yeux de plusieurs observateurs, bien que non explicitement désignée, c’est bien la presse indépendante qui semble être dans la ligne de mire de la Commission. «C’est dans la presse privée que l’on constate le plus de problèmes. A L’Union (le quotidien gouvernemental), il n’y pas de problèmes», confessait d’ailleurs M. Loembé, peu après la cérémonie de clôture. Dans un communiqué, l’Association des professionnels de la presse écrite libre (APPEL) a qualifié la Commission de «mascarade» et dénoncé ses «objectifs inavoués». La CNCPP vise uniquement à «compliquer la vie de la presse privée», a affirmé Jean-Yves Ntoutoume, secrétaire général de l’APPEL, qui regroupe huit titres indépendants dont Le Temps, dont il est le directeur de publication. Selon M. Ntoutoume, cette carte pourrait servir de prétexte pour empêcher les journalistes de la presse privée de travailler, en fermant certains «accès aux sources» à ceux ne disposant pas du document ou en les empêchant de couvrir des manifestations officielles. De fait, si la loi n’empêche pas actuellement un journaliste non encarté de travailler, une série de recommandations aux pouvoir publics formulées par la CNCPP ont confirmé les craintes de M. Ntoutoume et de ses confrères. La Commission a demandé en effet «que la création d’un organe de presse soit désormais assujettie au recrutement d’au moins deux professionnels reconnus par la CNCPP» ainsi que l’instauration d’un «filtrage au cours des manifestations publiques et dans l’exercice quotidien de la profession par la présentation préalable de la carte professionnelle de presse». La presse indépendante a été frappée ces derniers mois par une série de mesures d’interdiction ou de suspension plus ou moins longues. Le bimensuel réputé Misamu et les titres satiriques Sub-Version et La Sagaie ont notamment été suspendus ces derniers mois pour une durée indéterminée. Dernier visé en date, l’Autre Journal, suspendu en décembre après la saisie de son deuxième numéro. Ce titre a été créé par Zacharie Myboto, ancien cacique du régime, fortement suspecté de vouloir présenter sa candidature à la présidentielle de 2005. |
||||
|