N° 271
du 03/06/2003

Centrafrique


Le coton ramassé et égrené avec l’aide du Tchad et du Cameroun

Le ramassage et l’égrenage du coton centrafricain, reporté depuis plusieurs mois pour des problèmes logistiques, va être effectué cette année avec l’aide du Tchad et du Cameroun, a annoncé le ministre centrafricain de l’agriculture, Pierre Gbianza.
«Le coton du Nord va être ramassé par Coton Tchad et celui du Nord-Ouest par la société camerounaise Sodécoton», a précisé le ministre.
Ces deux sociétés procèderont également à l’égrenage du coton dans leurs usines respectives de Doba et Sahr (Tchad) ainsi que de Garoua (Cameroun).
La RCA a aussi demandé à Coton Tchad de lui vendre des semences pour cette saison. Le coton doit être semé entre le 10 et le 30 juin, au plus tard le 5 juillet en RCA, pour des raisons de pluviométrie.
Estimée, selon le ministre, entre 20.000 et 30.000 tonnes, la récolte 2002-2003 n’a toujours pas été ramassée malgré le début de la saison des pluies.
Les installations à Bossangoa (nord) de la Socadetex (Société centrafricaine de développement textile) ont été entièrement pillées (usine d’égrenage et véhicules notamment). Cette région était occupée d’octobre à mars par la rébellion du général Bozizé.
Les nouvelles autorités entendent relancer l’agriculture, en particulier le coton dont la production atteignait 50 à 60.000 tonnes dans les années 1970.
Pour cela, il faut d’abord remotiver les producteurs en apurant les comptes, souligne le ministre. «Seulement la moitié de la récolte 2001-2003 leur a été payée et ils attendent toujours le solde qui s’élève à 1,8 milliard FCFA (2.74 millions EUR)», a précisé M. Gbianza.
Le coton, l’une des deux principales cultures avec le café, est généralement associé à des cultures vivrières en RCA.

Les nouvelles autorités nourrissent l’ambition de faire de l’agriculture, abandonnée à elle-même depuis des années en dépit de ses énormes potentialités, le fer de lance de l’économie nationale.
Axée principalement sur les cultures de rente, l’agriculture centrafricaine, qui emploie 80% de la population active, dispose de potentialités exceptionnelles : un climat chaud et humide, des terres fertiles dont à peine un cinquième est cultivé et une excellente pluviométrie renforcée par une abondance de rivières. Mais les handicaps sont nombreux.
M. Gbianza, ministre de l’Agriculture et par ailleurs ingénieur agronome de formation, estime qu’il faut «commencer par relancer les productions et moderniser toutes les filières».
«Plusieurs contraintes freinent son développement, détaille le ministre : une certaine démotivation des producteurs, l’absence de structures de vulgarisation auprès du monde rural, pas d’institut de recherches - d’où problème de fourniture de semences améliorées -, absence d’un organisme de crédit rural ou d’un système de micro-finances pour les paysans».
La production de café, qui atteignait à une époque entre 14.000 et 18.000 tonnes de café cerises par an, «elle est maintenant quasiment inexistante. Nous voudrions dépasser les 20.000 tonnes d’ici 4 ou 5 ans», assure M. Gbianza. A l’exception du riz, le pays est autosuffisant pour les cultures vivrières (manioc, mil, sorgho, maïs, arachide).

Restent les cultures industrielles, canne à sucre et huile de palme, toutes deux en difficulté. Pour le sucre, le principal problème provient «d’importations frauduleuses très importantes» qui entraînent une «concurrence déloyale» pour la production locale, en mesure de fournir plus de la moitié des 22.000 tonnes consommées chaque année.
Une seule société, Centrapalm, produit l’huile de palme à partir d’une «plantation vieillissante» et «son prix de vente est inférieur au prix de revient». Elle doit faire face à des importations venues de RD Congo, non seulement frauduleuses, mais souvent dangereuses pour la santé (conditionnement dans des fûts ayant contenu des insecticides, par exemple).
Dans l’immédiat, la fin de l’insécurité dans les régions affectées par les combats apparaît comme un préalable à toute relance. De nombreux paysans n’ont toujours pas regagné leurs villages, ce qui entraîne une rareté des produits de base sur les marchés du nord et du nord-ouest du pays. De même faut-il remplacer les bœufs utilisés pour la culture attelée, volés durant les combats.

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