- La crise
politico-militaire a exacerbé les tensions
déjà anciennes au sein du Mouvement de
libération du peuple centrafricain
(MLPC), le parti du président
Ange-Félix Patassé.
- Soudé dans la lutte contre le régime
militaire d'André Kolingba (1981-93), le MLPC a vu
son unité s'éroder au fil des années
de pouvoir.
- Signe de défiance, le président
Patassé a dissous en octobre la coordination des
cadres de son parti, qui militait pour la convocation
d'un congrès du MLPC.
- L'arrestation du député (MLPC) Serge
Wafio, Premier vice-président de
l'Assemblée nationale, a crevé un
abcès qui mûrissait depuis la reconduction
de l'ancien Premier ministre Anicet-Georges
Dologuélé, après la
réélection de M. Patassé en octobre
1999. Aujourd'hui soupçonné de collusion
avec le général François
Bozize, le député Wafio était un
des animateurs de la contestation au sein du parti.
- En 1999, toute une frange du MLPC avait ouvertement
critiqué la reconduction à la Primature de
M. Dologuélé, un économiste issu de
la société civile. Son équipe
gouvernementale ne faisait, selon ses détracteurs,
pas la part assez belle aux compagnons de route
historiques du président. Le député
Wafio, originaire de l'Ouham (nord-ouest) et membre de
l'influente ethnie Gbaya, comme le général
Bozize, n'a jamais caché dès cette
époque ses ambitions de Premier-ministrable.
- Et, lorsque M. Dologuélé a
été remercié fin mars 2001,
après avoir essuyé une
grève-marathon des fonctionnaires et la guerre
d'usure de l'aile dure du parti, Serge Wafio,
l'élu de Bossangoa, était encore sur les
rangs pour le remplacer.
- Mais le 1er avril, c'est sur Martin
Ziguélé, l'actuel Premier ministre, que
s'était porté le choix du président
Patassé, tandis que la direction du MLPC
manifestait sa préférence pour Eric
Sorongopé, l'actuel ministre des Finances.
- L'hostilité du député Wafio
envers M. Dologuélé a aussi envenimé
sa relation avec le président de
l'Assemblée nationale, Luc Apollinaire
Dondon-Konamabaye, parrain politique de l'ancien
Premier ministre et "cacique" écouté du
parti.
- Parent du président Patassé,
Dondon-Konamabaye avait averti à
l'Assemblée que le MLPC pouvait receler en son
sein des complices du coup d'Etat avorté du 28
mai, attribué à l'ancien président
André Kolingba.
- "L'affaire Bozize" et l'arrestation de Serge Wafio
ont depuis nourri les soupçons sur une fronde des
Gbayas de l'Ouham, région natale
très peuplée de la défunte Lucienne
Patassé, première épouse du
président. Certains cadres Gbaya s'estimeraient
sous-représentés dans les hautes
sphères de l'Etat au regard de leur poids
électoral lors des présidentielles de 1993
et 1999.
- Serge Wafio a ainsi créé, en marge du
parti, un Cercle de réflexion et d'action pour
la démocratie (CRAD), une structure
informelle réunissant en majorité des
députés MLPC Gbaya de l'Ouham. La
présidence voyait d'un mauvais oeil ce club
à tonalité tribale, susceptible de se
transformer un jour en force politique.
- Des témoignages d'habitants affirmant avoir vu
le député Wafio distribuer des armes aux
partisans du général Bozize dans son
quartier de Boy-Rabé, ont précipité
la chute du député insoumis. Mais ce
faisant, le président Patassé a pris le
risque de voir se réduire encore davantage son
assise natioale.
|