N° 239
du 20/11/2001

Centrafrique


Le parti présidentiel en pleine crise

La crise politico-militaire a exacerbé les tensions déjà anciennes au sein du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), le parti du président Ange-Félix Patassé.
Soudé dans la lutte contre le régime militaire d'André Kolingba (1981-93), le MLPC a vu son unité s'éroder au fil des années de pouvoir.
Signe de défiance, le président Patassé a dissous en octobre la coordination des cadres de son parti, qui militait pour la convocation d'un congrès du MLPC.
L'arrestation du député (MLPC) Serge Wafio, Premier vice-président de l'Assemblée nationale, a crevé un abcès qui mûrissait depuis la reconduction de l'ancien Premier ministre Anicet-Georges Dologuélé, après la réélection de M. Patassé en octobre 1999. Aujourd'hui soupçonné de collusion avec le général François Bozize, le député Wafio était un des animateurs de la contestation au sein du parti.
En 1999, toute une frange du MLPC avait ouvertement critiqué la reconduction à la Primature de M. Dologuélé, un économiste issu de la société civile. Son équipe gouvernementale ne faisait, selon ses détracteurs, pas la part assez belle aux compagnons de route historiques du président. Le député Wafio, originaire de l'Ouham (nord-ouest) et membre de l'influente ethnie Gbaya, comme le général Bozize, n'a jamais caché dès cette époque ses ambitions de Premier-ministrable.
Et, lorsque M. Dologuélé a été remercié fin mars 2001, après avoir essuyé une grève-marathon des fonctionnaires et la guerre d'usure de l'aile dure du parti, Serge Wafio, l'élu de Bossangoa, était encore sur les rangs pour le remplacer.
Mais le 1er avril, c'est sur Martin Ziguélé, l'actuel Premier ministre, que s'était porté le choix du président Patassé, tandis que la direction du MLPC manifestait sa préférence pour Eric Sorongopé, l'actuel ministre des Finances.
L'hostilité du député Wafio envers M. Dologuélé a aussi envenimé sa relation avec le président de l'Assemblée nationale, Luc Apollinaire Dondon-Konamabaye, parrain politique de l'ancien Premier ministre et "cacique" écouté du parti.
Parent du président Patassé, Dondon-Konamabaye avait averti à l'Assemblée que le MLPC pouvait receler en son sein des complices du coup d'Etat avorté du 28 mai, attribué à l'ancien président André Kolingba.
"L'affaire Bozize" et l'arrestation de Serge Wafio ont depuis nourri les soupçons sur une fronde des Gbayas de l'Ouham, région natale très peuplée de la défunte Lucienne Patassé, première épouse du président. Certains cadres Gbaya s'estimeraient sous-représentés dans les hautes sphères de l'Etat au regard de leur poids électoral lors des présidentielles de 1993 et 1999.
Serge Wafio a ainsi créé, en marge du parti, un Cercle de réflexion et d'action pour la démocratie (CRAD), une structure informelle réunissant en majorité des députés MLPC Gbaya de l'Ouham. La présidence voyait d'un mauvais oeil ce club à tonalité tribale, susceptible de se transformer un jour en force politique.
Des témoignages d'habitants affirmant avoir vu le député Wafio distribuer des armes aux partisans du général Bozize dans son quartier de Boy-Rabé, ont précipité la chute du député insoumis. Mais ce faisant, le président Patassé a pris le risque de voir se réduire encore davantage son assise natioale.


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