N° 234
du 03/09/2001

Centrafrique


Valse des ministres
L'ancien ministre de la Défense, Jean-Jacques Demafouth,
suspecté de projet de coup d'Etat

Le ministre de la Défense, Jean-Jacques Demafouth, a été limogé le 26 août étant soupçonné d'avoir fomenté un coup d'Etat en marge de la tentative de putsch du 28 mai dernier. Placé à la disposition de la justice, il a été interrogé par la commission nationale mixte d'enquête judiciaire, chargée de faire la lumière sur la tentative de coup d'Etat. Il est défendu par deux avocats, Me Mireille Doly Gotiloguet et Me Nicolas Tiangaye.
Composée de magistrats, de gendarmes officiers de police judiciaire et de militaires, la commission mixte a été mise en place le 8 juin dernier. Elle dispose de trois mois pour mener son enquête et déférer éventuellement devant la justice les personnes entendues. Depuis le début de ses travaux, plus d'une centaine de personnes, civils et militaires, ont été placées en détention préventive. Le putsch manqué et les dix jours de combats qui ont suivi ont fait 59 morts, selon un bilan officiel, davantage en réalité.

Les soupçons dirigés contre M. Demafouth rendent encore plus opaque la lecture des circonstances du coup d'Etat avorté qui avait été revendiqué par André Kolingba. Demafouth aurait pu soit avoir été tenté de prendre le train en marche pour son propre compte, ou selon d'autres sources d'avoir lui-même préparé un coup mais il aurait été pris de cour par celui de Kolingba.
Alors que sa tentative de putsch semblait vouée à l'échec, M. Kolingba avait proposé de négocier avec les autorités, en proposant la personne de M. Demafouth comme interlocuteur. Même si ce choix du ministre de la Défense pouvait alors paraître logique dans un contexte d'affrontements armés, il apparaît aujourd'hui, aux yeux du régime, comme un indice de plus.
La mise en cause de M. Demafouth réduit encore un peu plus le cercle du pouvoir, compte tenu de ses liens anciens avec le chef de l'Etat, qu'il avait suivi en exil après la tentative de coup d'Etat de 1982 contre le président Kolingba, imputée à M. Patassé.
Né dans une famille modeste banda, une des deux ethnies majoritaires de RCA, diplômé de Droit, il avait regagné la RCA dans le sillage de M. Patassé pour devenir son conseiller juridique jusqu'en 1996-97. Il avait été appelé en 1999 au poste sensible de ministre de la Défense, pour restructurer une armée divisée depuis les trois mutineries de 1996-97.
Pierre Angoa
, jusqu'alors préfet de la Ouaka (est), succède à M. Demafouth.

Outre le limogeage de M. Demafouth, le président a remanié tous les postes sécuritaires.
M. Robert Zana
, ancien ministre délégué à la Sécurité publique, conserve son rang et se voit nommer directeur général adjoint de la Documentation générale de l'Etat (DGDE, renseignement), selon ce décret.
Robert Zana est remplacé par Cyrus Emmanuel Sandy, ancien ministre de la Jeunesse et membre du Mouvement pour la libération du peuple centrafricain (MLPC, au pouvoir).
Michel Doyéné
, ancien ministre délégué au Désarmement conserve également son rang et devient conseiller présidentiel au Désarmement. Il est remplacé par le général de brigade Xavier Sylvestre Yangongo, jusqu'à présent inspecteur des forces armées).
Le ministre de l'Intérieur, Théodore Bikoo, est limogé et remplacé par Joseph Mozoulé.
En dehors de ces changements, quatre postes de ministres délégués ont été créés. Marguerite Koffio a été nommée ministre déléguée à la Francophonie, Binga Bassoukpalo, ministre délégué à l'Equipement, André Ringui le Gaillard, ministre délégué à l'Education nationale et Jean-Michel Mandaba, ministre délégué à l'Environnement et au Tourisme.
Le Premier ministre Martin Ziguélé a été reconduit dans ses fonctions.
Enfin, le président Patassé a nommé un magistrat, Paul Morombaye, directeur général de la gendarmerie centrafricaine. Il succède au général François Ndjadder, tombé sous les balles des putschistes. Il sera épaulé par le colonel Mathieu Louganga, nommé directeur général adjoint de la gendarmerie. M. Louganga avait été chef de cabinet de Jean-Jacques Demafouth.
Ancien conseiller spécial à la présidence chargé de la sécurité civile, Jean-Claude Dobanza a été nommé à la tête de la Documentation générale de l'Etat (DGDE, renseignements), tandis que le préfet de la région de Bangui, Mme Lydie Florence Ndouba, devient secrétaire générale adjointe du ministre de l'Intérieur.


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