N° 235
du 17/09/2001

Centrafrique


Démafouth soupçonné
de complot avec M. Bemba

C'est une petite cassette qui est actuellement l'objet de toutes les spéculations en Centrafrique. Sur cette cassette, l'enregistrement d'une conversation téléphonique, réalisé le 26 juillet, au cours de laquelle l'ex-ministre centrafricain de la Défense, Jean-Jacques Démafouth, demande une aide militaire à une personne se présentant comme Jean-Pierre Bemba, chef du Mouvement pour la libération du Congo (MLC). La personne (Bemba ?) refuse d'accéder à cette demande, la jugeant trop risquée. La seule certitude que peuvent avoir les rares personnes à avoir auditionner cet enregistrement c'est qu'il s'agit à peu près sûrement de la voix des deux intéressés. Le reste ? Manipulation ou non de l'enregistrement, c'est une autre histoire.
Forte de cette "preuve", la justice centrafricaine accuse donc explicitement Jean-Jacques Démafouth d'avoir tenté de comploter avec le chef rebelle congolais Jean-Pierre Bemba pour prendre le pouvoir.
Alors que Jean-Pierre Bemba avait envoyé au mois de mai dernier ces hommes pour soutenir le président Patassé menacé par la tentative de putsch fomenté par l'ex-général André Kolingba, Jean-Pierre Bemba aurait-il changé son fusil d'épaule deux mois après ?
Une hypothèse tout à fait plausible si l'on considère les liens affairistes qui unissaient Démafouth et Bemba, ce dernier écoulant par Bangui diverses productions des territoires sous son contrôle. Autre facteur qui plaiderait pour une entente Bemba-Démafouth, le fait qu'une partie importante des troupes de Jean-Pierre Bemba soit composée de ressortissant Ngandi, c'est à dire les "Yakomas" qui se trouvent de l'autre côté du fleuve Oubangui en territoire congolais. Ces derniers auraient très mal apprécié le coup de pouce donné au président Patassé en mai dernier, qui a fait échoué la tentative de coup d'Etat du Yakoma André Kolingba.
On s'étonne aussi à Bangui du fait que l'épouse de Kolingba qui était "réfugiée" à l'ambassade de France à Bangui ait pu s'évader le 25 août en traversant le fleuve Oubangui, pour rejoindre la ville de Zongo sous contrôle des forces de Jean-Pierre Bemba. Il a bien fallu que tout un réseau se mette en place des deux côté du fleuve pour faciliter cette évasion rocambolesque. Jean-Pierre Bemba aurait même selon certaines sources faciliter le transport de Mireille Kolingba jusqu'en Ouganda en passant par son quartier général, à Gbadolite.
Quant à Démafouth, au premières heures du coup d'Etat raté de Kolingba, certains n'ont pas hésité à lui attribuer la paternité du meurtre du commandant de la gendarmerie nationale, le général François Ndjadder Bedaya, mort en défendant la résidence de M. Patassé, dont il était l'un des plus fidèles.
François Ndjadder vouait depuis un certain une solide inimitié à Démafouth et au général Bozize, actuel chef d'état-major des FACA, qu'ils soupçonnait (déjà) de comploter contre le président Patassé.
Depuis l'arrestation du ministre Démafouth, les militaires centrafricains ont été consignés préventivement dans les casernes, sur ordre du chef d'état major des armées, le général de division François Bozize.
Après les décès, lors des événements, du directeur général de la gendarmerie, le général François Ndjadder, et du chef d'état-major de l'armée de Terre, le colonel Abel Abrou, M. Bozize apparaît comme le seul et incontournable patron des Forces armées centrafricaines (FACA).
Dans ce contexte pesant de méfiance et de soupçon, le président Patassé, dont la protection rapprochée est assurée par des soldats libyens et la garde présidentielle, ne quitte que rarement sa résidence. Au point qu'à l'occasion du 32ème anniversaire de la révolution libyenne, le 30 août, il a préféré se faire représenter par son Premier ministre Martin Ziguélé auprès de son allié libyen.


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