- La Commission mixte
d'enquête judiciaire sur la tentative de coup
d'Etat du 28 mai dernier a remis son rapport
d'enquête préliminaire au
président Ange-Félix Patassé le
9 octobre.
- "70 personnes seront présentées aux
magistrats", tandis que le tribunal statuera par
contumace sur les cas de 628 personnes en fuite, "parmi
lesquelles (l'ancien président) André
Kolingba et ses acolytes", a déclaré le
président de cette Commission, Joseph
Bindoumi.
- La Commission a pu retenir contre les personnes
présentes ou en fuite des indices concordants
susceptibles de motiver leur inculpation pour "atteinte
à la sûreté de l'Etat, assassinat et
complicité d'assassinat", a souligné M.
Bindoumi lors de la remise de ses conclusions devant les
corps constitués centrafricains.
- La Commission a également retenu les chefs de
"désertion en temps de crise, destruction de biens
publics et privés, vol et recel de vol,
évasion et complicité d'évasion,
coups et blessures volontaires, et recel de malfaiteurs
et ou d'objet provenant d'un crime ou délit".
- M. Bindoumi n'a en revanche pas précisé
si la commission préconisait à ce stade de
ses investigations l'inculpation de l'ancien ministre de
la Défense Jean-Jacques Démafouth,
limogé et arrêté le 26 août
dernier.
- M. Démafouth est soupçonné
d'avoir fomenté son propre complot contre le
régime de Bangui.
- Le rapport d'enquête préliminaire,
comprenant 772 pages et composé d'un procès
verbal de synthèse, de procès verbaux
d'audition, de planches photographiques et de croquis, a
été ensuite remis par le président
Patassé au ministre de la Justice Marcel
Metafara.
- Ce dernier doit réunir les plus hauts
magistrats du pays pour décider quelle juridiction
sera compétente pour juger les auteurs et
complices présumés du putsch avorté.
- Le procès pourrait avoir lieu fin octobre ou
début novembre.
- Instaurée début juin, la commission
doit encore conduire des investigations, notamment dans
les provinces centrafricaines suspectées d'avoir
favorisé le transport d'armes, et dans certains
pays voisins où des putschistes ont pris la fuite.
- Parmi les personnes susceptibles d'être
traduites devant la justice figurent des militaires
n'ayant pas regagné leurs unités lors du
coup d'Etat et soupçonnés pour certains d'y
avoir participé.
- La Commission a relevé que parmi les attaques
menées dans la nuit du 27 au 28 mai en plusieurs
points de la capitale, celle sur la résidence du
président Patassé "a été de
loin la plus violente car elle visait l'assassinat du
président et sa famille avant de prendre le
pouvoir par les armes".
- Selon son président, le putsch "avait
été minutieusement préparé
depuis de longs mois" à travers "plusieurs modes
de déstabilisation du pays par des grèves
répétées, des marches, des
journées ville-morte, pour amener le peuple
à l'insurrection". Ce qui revient à dire
que quand les fonctionnaires centrafricains qui
accumulent des dizaines de mois d'arriérés
de salaires manifestaient pour réclamer ce que
l'Etat ne leur payait pas, ils préparaient un
putsch. Qu'on se le dise dorénavant. En
Centrafrique, toute personne qui n'est pas payée
et qui ose manifester pour réclamer son dû
est un putschiste en puissance.
- Le putsch manqué du 28 mai et les dix jours de
combats qui ont suivi dans la capitale centrafricaine ont
fait 59 morts, selon un bilan officiel, beaucoup plus en
réalité si l'on ajoute les victimes de la
répression qui s'en est suivi (morts en
détention, liquidations extrajudiciares sans autre
forme de procès, etc.. )
- Il est attribué par le régime à
l'ancien président Kolingba, et à plusieurs
anciens officiers mutins, aujourd'hui tous en fuite.
La FIDH dénonce les méthodes de la
Commission d'enquête
- La Fédération Internationale des Droits
de l'Homme (FIDH) a dénoncé "les mesures
arbitraires" prises, selon elle, par la commission mixte
d'enquête judiciaire.
- "Cette commission, créée au lendemain
du putsch manqué, multiplie les mesures
arbitraires de restriction des libertés", a
écrit la FIDH dans une lettre ouverte au
président Patassé. "La substitution d'une
structure d'exception (NDLR: la commission mixte) aux
institutions républicaines, seules
habilitées à poursuivre et prendre des
mesures restrictives des libertés publiques, est
contraire aux obligations internationales de la
Centrafrique", écrit encore l'organisation de
défense des droits de l'homme.
- "LA FIDH demande l'arrêt immédiat des
mesures discriminatoires et la libération
immédiate des personnes arbitrairement
détenues", ajoute le texte. Parmi ces
dernières, la FIDH cite le cas de l'avocat
Zarambaud Assingambi, arrêté le 26
septembre. Le barreau de Bangui a observé une
grève des audiences pour protester contre cette
arrestation.
|