N° 239
du 20/11/2001

Centrafrique


La Commission d'enquête
sur le putsch du 28 mai est de plus en plus critiquée

La Commission d'enquête chargée de faire la lumière sur le putsch avorté du 28 mai à Bangui suscite des critiques croissantes, ses détracteurs lui reprochant d'avoir envenimé la situation en procédant à des "arrestations arbitraires".
Aux dires d'un élu centrafricain, "la Commission s'est lancée tête baissée dans l'exploitation de piles de fiches de dénonciations anonymes", qui note que la Commission a mis du temps "à comprendre que si elle devait y apporter systématiquement du crédit, c'est presque tout le pays qu'il faudrait arrêter".
La presse privée s'est d'abord faite l'écho de ces critiques, avant que l'opposition, presque muette depuis le 28 mai, ne réclame la dissolution de la Commission qu'elle juge illégale.
Instaurée le 8 juin dernier par arrêté du ministre de la Justice pour une durée initiale de trois mois, et prorogée pour trois mois supplémentaires le 13 septembre, la Commission a procédé à des dizaines d'arrestations depuis le putsch manqué attribué par Bangui à l'ancien président André Kolingba.
Son président, le procureur général Joseph Bindoumi, a remis le 9 octobre un premier rapport d'enquête préliminaire indiquant que 70 personnes toujours détenues seraient présentées à la justice et 628 autres jugées par contumace.
Selon l'opposition, la Commission n'est pas une juridiction mais une simple commission administrative dont le rôle devrait se borner à recueillir des éléments pour les remettre à la disposition de la justice.
La grogne, d'abord limitée à l'opposition, a gagné plus discrètement certains cercles du MLPC, le parti présidentiel, après les arrestations de deux de ses députés, Jean-Serge Wafio et Barthélémy Boua, sans levée préalable de leur immunité parlementaire.
"L'immunité, gadget politique ou véritable protection juridique des élus de la Nation?", a titré le quotidien privé Le Citoyen. Le 16 novembre, face à ce flot de critiques, le Procureur de Bangui a tenté de calmer le jeu en indiquant que l'affaire Bozize était entre les mains de la police judiciaire, sous la tutelle du parquet, et non de la Commission d'enquête.
Mais derrière les critiques contre la Commission et son président, réputé très écouté du chef de l'Etat Ange-Félix Patassé, c'est bien la gestion de la crise par le sommet de l'Etat qui est visée.


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