N° 239
du 20/11/2001

Centrafrique


Accusé de complot, le général Bozize
s'est réfugié au Tchad qui lui offre l'asile politique
Malaise entre N'Djaména et Bangui

Limogé le 26 octobre, l'ancien chef d'état-major des armées centrafricaines, le général François Bozizé, a fui Bangui le 7 novembre, lorsque l'Unité de sécurité présidentielle (USP) et l'armée ont donné l'assaut à sa résidence, où il était retranché depuis le 2 novembre.
Après moins de trois jours de fuite éperdue à travers le nord de la Centrafrique, il s'est finalement réfugié au Tchad où il a déposé les armes, le 9 novembre.
Le général Bozize était sous le coup d'un mandat d'amener délivré le 2 novembre par la Commission nationale mixte d'enquête judiciaire centrafricaine, chargée de faire la lumière sur le putsch avorté du 28 mai dernier, imputé par le régime de Bangui à l'ancien président Kolingba.
Soutenu par quelques dizaines de soldats du Bataillon d'infanterie territoriale (BIT) membres, comme lui, de l'ethnie Gbaya, il a résisté par les armes aux soldats envoyés par la Commission d'enquête pour l'arrêter à Bangui.
Les jours suivants, le général Bozize était resté retranché dans sa résidence du nord de Bangui, attenante au BIT. Ses partisans bloquaient par des barrages la sortie nord de la capitale. Des tirs d'armes lourdes et automatiques semaient régulièrement la panique parmi les populations de deux quartiers nord de Bangui, Boy-Rabé et Fouh, des fiefs électoraux du président Patassé.
Alors que le représentant du secrétaire général de l'ONU en Centrafrique, le général sénégalais Lamine Cissé, tentait une médiation pour trouver une issue pacifique au cas de M. Bozize, la présidence l'a accusé de préparer un coup d'Etat et les forces loyalistes sont passées à l'assaut de sa résidence.
Il a trouvé refuge à Sarh, au sud du Tchad, à environ 120 km de la frontière centrafricaine. A Sarh, logé dans la villa des Hôtes réservée aux visiteurs de marque, il a rencontré le Premier ministre tchadien Nagoum Yamassoum, ainsi que le directeur de cabinet du chef d'Etat libyen Mouammar Kadhafi.
Après cette entrevue, le Tchad a fait savoir que le général Bozize ne serait pas extradé vers le Centrafrique car "l'extradition de réfugiés politiques est interdite" par la Constitution tchadienne.
La président Ange-Félix Patassé a durci violemment le ton le 14 novembre en "cassant" l'ancien chef d'état-major au rang de soldat de seconde classe et en avertissant l'opposition qu'"il n'y a pas de place en Centrafrique pour les putschistes et les terroristes".
La dégradation du général Bozize semble donc fermer la porte au règlement négocié prôné par le Tchad, tandis qu'un nombre indéterminé de partisans armés de Bozize se trouvent toujours à l'extrême nord de la Centrafrique, non loin de la frontière tchadienne.


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