N° 239
du 20/11/2001

Centrafrique


L'opposition tente de prendre la parole

Un communiqué conjoint des partis d'opposition réclamant le 14 novembre "le départ immédiat des troupes libyennes d'occupation" de la Centrafrique et "une amnistie en faveur du général Bozize et de ses hommes", a déclenché l'ire présidentielle. Dans cette déclaration "relative à l'affaire Bozize", quatorze partis d'opposition, représentant une trentaine de députés sur 109, ont dénoncé "la gestion chaotique de l'après-coup d'Etat manqué" par le régime et "l'ingérence intolérable de la Libye dans les affaires intérieures de la RCA".
Outre le départ du contingent libyen présent à Bangui depuis le putsch manqué et l'amnistie pour Bozize, les signataires demandaient notamment "la dissolution de la Commission mixte d'enquête judiciaire sur le putsch" manqué du 28 mai dernier et "la libération des personnes arbitrairement arrêtées par la Commission".
Une cinquantaine de députés de l'opposition et de la majorité ont par ailleurs adopté le 13 novembre une résolution pour interpeller le gouvernement sur les arrestations, une semaine plus tôt, de deux députés du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC, au pouvoir), sans levée préalable de leur immunité parlementaire. Le 1er vice-président de l'Assemblée nationale, Jean-Serge Wafio, membre du MLPC et député de Bossangoa 2 (nord-ouest), a été arrêté le 6 novembre par la Commission d'enquête sur le coup d'Etat du 28 mai.
Il est soupçonné par la Commission d'avoir distribué des armes dans son quartier de Boy-Rabé (nord de Bangui) à des habitants proches du général François Bozize.
Un autre député du MLPC, Barthélémy Boua, proche de M. Wafio, a également été arrêté, le 8 novembre, alors qu'il allait porter de la nourriture à ce dernier sur son lieu de détention.
 
La riposte de la présidence centrafricaine a fusé en deux temps par l'intermédiaire de son porte-parole, Prosper Ndouba qui a lu à la radio nationale un décret présidentiel annonçant que le général Bozize a été "cassé et remis simple soldat de 2ème classe", pour "atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat".
Le porte-parole de la présidence a ensuite lu un communiqué présidentiel cinglant, mettant "sévèrement en garde les partis politiques de l'opposition et tous ceux qui succombent aux tentations putschistes et terroristes qu'il n'y a pas de place en Centrafrique pour les putschistes et les terroristes".
La présidence a une nouvelle fois justifié la présence du contingent militaire libyen déployé à Bangui depuis la tentative de coup d'Etat pour assurer la protection du chef de l'Etat, et un contingent libyen qui a été renforcé lors de la "résistance" du général Bozize,
"La présence des troupes libyennes en Centrafrique, est non seulement conforme aux accords régissant l'appartenance de notre pays à l'espace SENSAD (NDLR: sigle arabe de la Communauté des Etats sahélo-sahariens: COMESSA), mais relève de la souveraineté du chef de l'Etat", selon le communiqué présidentiel.


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