N° 241
du 17/12/2001

Centrafrique


Deux remèdes au choix Khadafi ou Bongo

La force ou le dialogue politique : deux sommets qui se sont tenu respectivement à Khartoum au Soudan et à Libreville au Gabon, ont mis en évidence en l'espace de trois jours les divergences de remèdes préconisés pour le malade centrafricain par ses deux influents parrains africains, la Libye et le Gabon.
Eprouvée par trois mutineries militaires en 1996-97, la Centrafrique a renoué avec ses poussées de fièvre chroniques lors du coup d'Etat manqué du 28 mai dernier, suivi, début novembre, par la dissidence armée de son ancien chef d'état-major François Bozizé, réfugié depuis au Tchad.
La réunion de Khartoum, placée sous l'égide de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (COMESSA), organisation créée par la Libye, a décidé du principe de l'envoi d'une "force de maintien de la paix" à Bangui.
Celle de Libreville, initiée sous les auspices de la Communauté économique et monétaire des Etats de l'Afrique centrale (CEMAC), dont le président Bongo est le doyen, a préconisé "dialogue", "apaisement" et "amnistie", éludant toute allusion directe à une force militaire.
Avant l'heure, nul n'ignorait, en RCA comme au Tchad, quelle musique sortirait de la trompette COMESSA et du hautbois CEMAC.
Le président Ange-Félix Patassé, reconnaissant de l'aide militaire décisive de Tripoli envoyée à son secours fin mai, penchait pour Khartoum.
Depuis le putsch manqué, commis par d'anciens officiers mutins qu'il avait jadis amnistiés sous la pression de la communauté internationale, M. Patassé estimait avoir assez pardonné. Désormais, la justice trancherait le cas des "putschistes, terroristes".
De son côté, Idriss Deby, embarrassé par la présence de l'invité-surprise Bozizé, que sa constitution interdit d'extrader, savait qu'il trouverait à Libreville une oreille attentive à son souhait de voir l'affaire se régler par le dialogue entre Centrafricains.
La Force de paix évoquée au Soudan permettrait au colonel Khadafi d'asseoir la crédibilité de son projet d'Union africaine, en jouant le rôle du "gendarme" de l'Afrique, autrefois dévolu à la France.
Un rôle de gendarme qui n'est pas forcément du goût de tout le monde. L'opposition centrafricaine a eu vite fait de dénoncer une manŠuvre libyenne destinée à "légitimer son occupation militaire" et à "maintenir artificiellement M. Patassé au pouvoir".
A Libreville, Omar Bongo a préféré faire jouer la partition du dialogue politique, seul remède "durable" à ses yeux.
Quant à Patasse, ne voulant fâcher aucun de ses prestigieux médecins, il s'est contenté de déclarer à l'issue de ces deux sommets : "Je suis satisfait. Les démarches de la CEMAC et de la COMESSA sont complémentaires". (avec AFP)


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