- La Libye vient
d'illustrer sa nouvelle politique africaine de bons
offices en pesant simultanément de son influence
sur le régime de Bangui et sur le principal
mouvement rebelle tchadien pour calmer les tensions au
Tchad et en République centrafricaine.
- Le 24 décembre, les rebelles tchadiens du
Mouvement pour la démocratie et la justice au
Tchad (MDJT) ont créé la
surprise depuis Tripoli en se déclarant pour la
première fois prêts à négocier
avec le régime du président Idriss
Deby.
- Le lendemain, la justice de RCA, jusqu'alors
inflexible envers son ex-chef d'état-major
François Bozizé, réfugié
au sud du Tchad depuis novembre, annonçait la fin
des poursuites judiciaires devenues "inopportunes" contre
cet officier devenu source de litige avec le Tchad.
- Ce geste, auquel l'allié libyen de Bangui
n'est pas étranger, a été
salué par le colonel Kadhafi en personne comme
devant "certainement contribuer au maintien de la
stabilité dans ce pays".
-
- Un rôle à double tranchant
-
- A travers ces initiatives, Tripoli veut sans doute
crédibiliser son projet d'Union africaine et
rompre avec sa réputation passée d'Etat
déstabilisateur.
- Seul problème pour Kadhafi qui semble n'en
avoir cure, son "image de leader progressiste" qui ne
manquait pas d'exalter une certaine frange de la jeunesse
en Afrique, risque de s'éroder rapidement ,
à trop soutenir des régimes brinquebalants,
voire très éloignés des
préceptes d'émancipation des peuples, comme
aime à les évoquer souvent le colonel
Kadhafi, lorsqu'il dénonce
l'impérialisme américain.
- L'opposition centrafricaine ne voit d'ailleurs pas du
tout la présence de soldats libyens en
Centrafrique comme une geste libérateur. Dans un
énième communiqué publié le
19 décembre, dix des principaux partis
d'opposition centrafricains ont dénoncé ce
qu'ils considèrent comme une "ingérence"
dans les affaires intérieures de leur pays. Ils
se sont aussi expressément déclarés
contre un renforcement de la présence libyenne par
l'intermédiaire d'une force de paix qui aurait
été placée sous l'égide de la
COMESSA, organisation sous-régionale qui
regroupe 16 pays africains, dont le Tchad et la RCA, mais
qui est financée et "dirigée" par Tripoli.
- « Au début du mois de juin 2001, sans que
le Président Patassé se conforme au
conditions que lui impose l'article 28 de la
constitution, il a décidé de faire appel
aux troupes libyennes, alors que cela n'est pas de sa
seule compétence. D'ailleurs, l'auteur
déclaré du coup d'Etat avait
déjà trouvé refuge hors de notre
pays et c'est sur des populations innocentes que ces
troupes libyennes, lourdement équipées, ont
procédé à des pilonnages massifs,
faisant de nombreuses victimes ainsi que d'importantes
destructions de bien dans les 2ème, 3ème,
5ème, 6ème, 7ème Arrondissements de
Bangui et les quartiers de Bimbo et jetant sur les routes
de Mbaïki, Boali, Damara, dans les forêts
environnantes et la ville congolaise frontalière
de Zongo, plus de cent mille (100.000)
réfugiés. », ont écrit les
opposant centrafricains, et d'ajouter : « Si c'est
de cette manière que la Libye entend " chercher
à établir d'excellentes relations avec
toutes les forces vives de la nation, reconnaître
en plus du pouvoir, l'opposition, les
députés, les syndicats et apprécier
les activités politiques et démocratiques "
dans notre pays, elle se trompe lourdement. »
-
- Par ailleurs, Kadhafi a adressé un signal fort
aux Tchadiens en parrainant en Libye le congrès du
MDJT qui s'est conclu de manière inédite
par l'offre de négociation du MDJT, sans exigence
préalable claire d'une démission du
président Idriss Deby. Selon un journal tchadien,
les rebelles du MDJT entendent négocier avec
N'Djaména la mise sur pied d'un "régime de
transition de trois ans, prélude à
l'organisation d'élections libres et
transparentes" et l'envoi d'une "force d'interposition
avec la participation de la Libye". La barre est
placée haut.
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