N° 242
du 02/01/2002

Centrafrique


Pari risqué
Tripoli illustre sa nouvelle politique africaine
en jouant les médiateurs en RCA et au Tchad

La Libye vient d'illustrer sa nouvelle politique africaine de bons offices en pesant simultanément de son influence sur le régime de Bangui et sur le principal mouvement rebelle tchadien pour calmer les tensions au Tchad et en République centrafricaine.
Le 24 décembre, les rebelles tchadiens du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) ont créé la surprise depuis Tripoli en se déclarant pour la première fois prêts à négocier avec le régime du président Idriss Deby.
Le lendemain, la justice de RCA, jusqu'alors inflexible envers son ex-chef d'état-major François Bozizé, réfugié au sud du Tchad depuis novembre, annonçait la fin des poursuites judiciaires devenues "inopportunes" contre cet officier devenu source de litige avec le Tchad.
Ce geste, auquel l'allié libyen de Bangui n'est pas étranger, a été salué par le colonel Kadhafi en personne comme devant "certainement contribuer au maintien de la stabilité dans ce pays".
 
Un rôle à double tranchant
 
A travers ces initiatives, Tripoli veut sans doute crédibiliser son projet d'Union africaine et rompre avec sa réputation passée d'Etat déstabilisateur.
Seul problème pour Kadhafi qui semble n'en avoir cure, son "image de leader progressiste" qui ne manquait pas d'exalter une certaine frange de la jeunesse en Afrique, risque de s'éroder rapidement , à trop soutenir des régimes brinquebalants, voire très éloignés des préceptes d'émancipation des peuples, comme aime à les évoquer souvent le colonel Kadhafi, lorsqu'il dénonce l'impérialisme américain.
L'opposition centrafricaine ne voit d'ailleurs pas du tout la présence de soldats libyens en Centrafrique comme une geste libérateur. Dans un énième communiqué publié le 19 décembre, dix des principaux partis d'opposition centrafricains ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme une "ingérence" dans les affaires intérieures de leur pays. Ils se sont aussi expressément déclarés contre un renforcement de la présence libyenne par l'intermédiaire d'une force de paix qui aurait été placée sous l'égide de la COMESSA, organisation sous-régionale qui regroupe 16 pays africains, dont le Tchad et la RCA, mais qui est financée et "dirigée" par Tripoli.
« Au début du mois de juin 2001, sans que le Président Patassé se conforme au conditions que lui impose l'article 28 de la constitution, il a décidé de faire appel aux troupes libyennes, alors que cela n'est pas de sa seule compétence. D'ailleurs, l'auteur déclaré du coup d'Etat avait déjà trouvé refuge hors de notre pays et c'est sur des populations innocentes que ces troupes libyennes, lourdement équipées, ont procédé à des pilonnages massifs, faisant de nombreuses victimes ainsi que d'importantes destructions de bien dans les 2ème, 3ème, 5ème, 6ème, 7ème Arrondissements de Bangui et les quartiers de Bimbo et jetant sur les routes de Mbaïki, Boali, Damara, dans les forêts environnantes et la ville congolaise frontalière de Zongo, plus de cent mille (100.000) réfugiés. », ont écrit les opposant centrafricains, et d'ajouter : « Si c'est de cette manière que la Libye entend " chercher à établir d'excellentes relations avec toutes les forces vives de la nation, reconnaître en plus du pouvoir, l'opposition, les députés, les syndicats et apprécier les activités politiques et démocratiques " dans notre pays, elle se trompe lourdement. »
 
Par ailleurs, Kadhafi a adressé un signal fort aux Tchadiens en parrainant en Libye le congrès du MDJT qui s'est conclu de manière inédite par l'offre de négociation du MDJT, sans exigence préalable claire d'une démission du président Idriss Deby. Selon un journal tchadien, les rebelles du MDJT entendent négocier avec N'Djaména la mise sur pied d'un "régime de transition de trois ans, prélude à l'organisation d'élections libres et transparentes" et l'envoi d'une "force d'interposition avec la participation de la Libye". La barre est placée haut.


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