- L'ancien ministre de la
Défense, Jean-Jacques Démafouth,
et deux militaires de haut rang ont fortement mis en
doute, devant la Cour criminelle de Bangui, la
loyauté de l'ancien chef d'état-major
des armées, François
Bozizé, lors du putsch manqué du 28 mai
200.
- "J'ai constaté des actes qui m'ont
amené à douter de la
sincérité du chef d'état-major", a
déclaré M. Démafouth au
procès des auteurs présumés de cette
tentative, imputée par l'accusation à
l'ex-président André Kolingba, et
auquel il comparaît lui-même pour "atteinte
à la sûreté de l'Etat".
- Le chef de l'Unité de sécurité
présidentielle (USP), le général
Ferdinand Bombayaké, et le sous-chef
d'état-major des armées, le
général André Mazi, entendus
comme témoins, ont confirmé un certain
flottement dans la direction des forces loyalistes durant
les jours ayant suivi l'attaque, dans la nuit du 28 mai,
de la résidence du président
Ange-Félix Patassé.
- Jean-Jacques Démafouth, limogé et
arrêté le 26 août 2001 pour avoir
ourdi, selon l'accusation, un complot parallèle
contre le chef de l'Etat, a raconté avoir
confié au président Patassé ses
doutes sur l'attitude de M. Bozizé: "Je lui ai
dit: «le général (ndlr: Bozizé)
dirige, mais je sens qu'il va remettre nos
éléments à l'ennemi et que l'ennemi
va se retourner contre nous»".
- François Bozizé, limogé à
son tour fin octobre 2001, s'est réfugié
début novembre au Tchad, après avoir
résisté à Bangui par les armes
à une tentative d'arrestation des autorités
pour tentative de coup d'Etat.
- M. Démafouth a précisé qu'au
matin du 30 mai, il avait obtenu du matériel
supplémentaire pour le général
Bozizé et ses hommes, afin qu'ils reprennent aux
putschistes le camp Kassaï, au sud-est de Bangui,
mais que ces hommes et leur équipement avaient
été aperçus à l'opposé
de la ville, dans les quartiers sud-ouest tenus par les
mutins.
- Il a ajouté avoir ordonné à M.
Bozizé d'envoyer des éléments pour
sécuriser le terminal pétrolier de Bangui,
mais que le général n'y avait envoyé
que 12 hommes, rapidement encerclés par les
putschistes.
- L'ancien ministre a en outre réaffirmé
avoir, avant le 28 mai, débloqué au
général Bozizé et au chef de la
gendarmerie, le général François
N'Djadder, des primes destinées aux soldats
composant les patrouilles de nuit et les piquets d'alerte
mis en place préventivement au sein de
l'armée.
- Or ces sommes n'ont jamais été
versées aux soldats, rendant ces mesures d'alerte
inopérantes, s'est-il étonné.
- M. Démafouth a indiqué avoir
informé, dès janvier 2001, le
président Patassé, de la préparation
de trois complots: le premier par des proches de M.
Kolingba, le second par M. Bozizé, le
troisième par le général N'Djadder,
abattu la nuit du 28 mai dans des circonstances
mystérieuses.
- "A un moment, le commandement militaire a
flotté et l'autorité suprême (ndlr:
le chef de l'Etat) a été obligée de
le confier au ministre de la Défense", a pour sa
part révélé le général
Bombayake, chef de l'USP.
- M. Bombayake et l'ex-adjoint de M. Bozizé, le
général Mazi, ont également
témoigné du comportement, à leurs
yeux, ambigu du général Bozizé, et
du fait que les opérations s'étaient mieux
déroulées lorsqu'elles avaient
été prises en main par M. Démafouth,
à partir du 30 mai.
- Le ministre jouissait alors visiblement de la
confiance du chef de l'Etat. C'est à lui, a-t-il
affirmé, que le président avait
demandé de contacter le chef rebelle congolais,
Jean-Pierre Bemba, pour lui demander des renforts en
hommes contre les putschistes.
- Deux mois après, M. Démafouth
était arrêté sur la foi d'une
écoute téléphonique dont il conteste
l'authenticité, mais d'après laquelle il
réclamait en vain à M. Bemba un soutien en
hommes... pour renverser à son tour le
président Patassé.
- Cette partie du dossier Démafouth n'a pas
encore été abordée lors de ce
procès qui s'est ouvert le 15 février et au
cours duquel seront jugées 680 personnes, dans
leur immense majorité par contumace.
- Dès sa première comparution, M.
Démafouth, comparaît pour "atteinte à
la sûreté de l'Etat", avait
déclaré : "Je ne reconnais rien et je
plaide non coupable".
-
- Par ailleurs, ces premières audiences ont
révélé que les services de
sécurité centrafricains disposaient
d'informations sur un complot en préparation par
l'ex-président André Kolingba, mais n'ont
pu, faute de coordination, prévenir le putsch
avorté du 28 mai 2001.
- Bien avant le 28 mai 2001, "toutes les informations
reçues avaient trait à un coup d'Etat
préparé par l'ancien président
André Kolingba", a ainsi déclaré
à la barre le général Maurice
Regonessa, ministre de l'Intérieur de 1999
à avril 2001. Un témoignage confirmé
par celui du délégué
général au Désarmement, Michel
Dognéné, membre comme M. Kolingba de
l'ethnie yakoma, selon qui "le coup d'Etat d'André
Kolingba était préparé depuis 1993,
aussitôt après sa défaite à la
présidentielle".
- Le directeur général de la police, Joel
Moidamsé Sinféi, a quant à lui
affirmé que "plusieurs fiches faisant état
de réunions dans certains quartiers de Bangui,
regroupant des militaires et des personnalités
politiques ont été adressées
à la hiérarchie, en 2000 et 2001, relatives
à des projets de coup d'Etat".
- Ces dépositions viennent conforter
l'idée, déjà largement
évoquée au cours des
précédentes audiences, que les
autorités disposaient, bien avant l'attaque
nocturne de la résidence présidentielle le
28 mai, de nombreuses informations sur des
préparatifs de coup de force. Jean-Jacques
Démafouth a également confirmé la
tenue, une semaine avant les événements du
28 mai, d'une réunion de sécurité au
cours de laquelle M. Patassé aurait
révélé avoir connaissance d'une
tentative de renversement.
- Comment, avec cette masse d'informations, l'attaque
du 28 mai a-t-elle donc été possible? Selon
le général Régonessa, les
renseignements dont il disposait "étaient
directement envoyés au chef de l'Etat pour savoir
la conduite à tenir". Mais "parfois, ces
informations (nous) étaient renvoyées pour
plus de précisions".
- Le procès a été prorogé
jusqu'au 30 mars.
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