N°258
du 04/11/2002

Centrafrique


Le général Bozizé revendique la paternité
d’un coup de force qui a échoué

L’ancien chef d’état-major centrafricain, le général Bozizé a revendiqué la paternité du soulèvement armé déclenché par ses partisans le 25 octobre. Le 30 octobre, cette énième tentative de coup de force contre le régime du président Ange-Félix Patassé, avait apparemment échoué, les hommes de Bozize s’étant repliés en dehors de la capitale Bangui. Une nouvelle fois, le régime a été sauvé par l’intervention conjointe de soldats libyens, présents en RCA depuis la tentative de putsch de mai 2001, auxquels sont venus prêtés main-forte des hommes du rebelles congolais, Jean-Pierre Bemba.
La nouveauté de ce coup résulte dans le fait que c’est la première fois qu’un homme du Nord de la Centrafrique (Bozize est d’ethnie Gbaya) s’attaque à un autre nordiste (Patasse est d’ethnie Sara, sous groupe Gbaya). Jusqu’à présent le régime de Patasse avait toujours “diabolisé” les Yakomas, l’ethnie de l’ancien président, le général André Kolingba, auteur de la tentative de coup de 2001, qui vit en exil en Ouganda.
C’est aussi pourquoi, cette fois, les combats se sont concentrés dans les quartiers nord de Bangui qui sont considérés comme des fiefs du président Patassé et de l’ancien chef d’état-major des forces armées, François Bozizé.

Ce denier vivait en exil au Tchad, depuis qu’il avait fui la RCA, en novembre 2001, après avoir résisté à une tentative d’arrestation.
Sa présence au Tchad avait considérablement envenimé les relations entre les deux pays.
A la suite d’un accord conclu le 2 octobre dernier par les chefs d’Etat des pays d’Afrique centrale pour désamorcer la tension tchado-centrafricaine, le général Bozizé avait été accueilli en France. Mais Bangui avait exprimé son inquiétude, considérant que l’ancien chef d’état-major y disposait de trop de “complicités”.
C’est semble-t-il du Tchad que ses hommes sont partis pour attaquer Bangui. Les “troupes” de Bozize seraient parties de la ville de Bogangolo, à 170 kilomètres au nord de Bangui, pour descendre sur la capitale.
Bozize, a fait la navette durant ces jours de tensions. Après avoir quitté le Tchad pour la France, il y est retourné pour une visite éclaire de 24 heures le dimanche 27, avant de repartir à nouveau sur la France le lundi 28.

Appel au dialogue

Deux jours après le déclenchement de cette tentative de coup de force, des opposants centrafricains, dont le député Charles Massi en exil en France, ont lancé le 27/10 un “appel pressant” pour un dialogue inter-centrafricain “sans exclusive”.
Cet appel adressé “aux chefs d’Etat de la CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale), au président de l’Union africaine, à la France et aux Etats-Unis”, a demandé également d’”imposer l’arrêt des bombardements sauvages des Centrafricains” par les Libyens et dénoncé “la coalition de forces étrangères à la solde du président Ange-Félix Patassé : la Légion islamique libyenne et soudanaise, les rebelles tchadiens d’Abdoulaye Miskine, le mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, les Hutus rwandais et les mercenaires européens”.
Des éléments soudanais sont effectivement présents à Bangui dans le cadre de la force de maintien de la paix de la COMESSA (Communauté des Etats sahélo-sahélienne, initiée par Tripoli). Par ailleurs, le Rwanda s’était inquiété, début juillet, de liens, démentis par Bangui, entre des extrémistes hutus et les autorités centrafricaines.
Quant aux “mercenaires européens”, il doit s’agir de l’ex-capitaine de la gendarmerie française, Paul Barril, jusqu’alors conseiller spécial à la présidence centrafricaine, et qui a été nommé début juin par le président Patassé, responsable de la lutte contre le terrorisme intérieur et extérieur. M. Barril est également présent en RCA dans le secteur du gardiennage privé.
Signé par M. Massi, le communiqué était adressé au nom du Front patriotique pour le progrès (FPP, opposition) et de la société civile centrafricaine. Le député Massi, président du Forum pour la démocratie et la modernité (FODEM, opposition, deux députés), est un militaire en disponibilité. Il a été condamné à mort par contumace par la cour criminelle de Bangui pour sa participation supposée à la tentative de coup d’Etat de mai 2001.

Bangui accuse le Tchad

Dans sa première communication officielle depuis le début des évènements, le gouvernement centrafricain a offert aux insurgés le choix entre “se rendre ou être réduit”, affirmant par ailleurs que, parmi les agresseurs tombés, “la plupart sont de nationalité tchadienne”.
Dans une intervention radiotélévisée, le ministre à la communication, Gabriel Jean Edouard Koyambounou, a notamment déclaré : “Une chose est vraie : les forces armées centrafricaines ont déjà encerclé les agresseurs qui sont condamnés à se rendre ou à être réduits”. Il a également mis en cause le Tchad, affirmant avoir découvert, parmi les morts ou les prisonniers, des “pièces à conviction”. Il a toutefois appelé les Centrafricains à la retenue envers nos frères tchadiens qui ont choisi librement notre pays comme leur seconde patrie”.
Enfin, le gouvernement a réaffirmé son attachement aux décisions prises lors du sommet de Libreville, le 2 octobre, en vue d’un règlement du contentieux entre le Tchad et la RCA.
Le gouvernement tchadien a rejeté, dans un communiqué, “les accusations mensongères et tendancieuses visant à faire croire à une implication quelconque du Tchad dans les événements tragiques que subissent les populations sœurs de Centrafrique”.
De son côté, la France, qui a accueilli le général Bozizé, a condamné la tentative de prise de pouvoir en cours et appelé “les soldats rebelles à déposer les armes”. Paris, qui a renouvelé son soutien aux autorités centrafricaines, a invité les “pays de la région à respecter la souveraineté et l’intégrité du territoire” centrafricain.
Le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a appelé les rebelles à déposer les armes. M. Annan “réitère sa condamnation de toute tentative de prendre le pouvoir par la force des armes et demande aux insurgés de déposer les armes”, a déclaré son porte-parole, Fred Eckhard.

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