N° 264
du 17/02/2003

Centrafrique


Abel Goumba accuse Patassé d’avoir choisi “l’option militaire”

Dialogue ou reprise des combats à grande échelle, pour le professeur Abel Goumba, leader du Front patriotique pour le Progrès (FPP), mais également président de la Coordination des partis politiques de l’opposition (CPPO), la question ne se pose plus.
Le président “Patassé parle de dialogue, mais il a choisi l’option militaire”, a assuré, dans un entretien avec l’AFP, Abel Goumba, soulignant que le chef d’Etat fait tout pour retarder la tenue de ce dialogue national qu’il a pourtant lui-même promis fin novembre.
“Le chef de l’Etat multiplie les obstacles à ce dialogue. Il ne veut pas d’une amnistie préalable alors que ce dialogue, censé mettre un terme définitif aux crises qui minent le pays, n’a de sens, dit-il, qu’avec la participation des principaux acteurs dont certains sont condamnés à mort par contumace”.
Enfin, le président Patassé a déjà énoncé qu’il ferait le tri parmi les décisions de ce dialogue. “Or, s’insurge M. Goumba, si nous sommes aujourd’hui dans cette situation dramatique, c’est parce que les recommandations des précédents Accords ou Etats-généraux n’ont jamais été appliquées. S’il fait fi des décisions qui seront prises, ce dialogue bat déjà de l’aile avant d’avoir commencé”.
Les signes que le pouvoir “a choisi manifestement la voie de la force” s’accumulent, considère le président de la CPPO, qui regroupe une douzaine de partis d’opposition.
Il en veut pour preuve l’appel du président Patassé demandant à la France d’envoyer des militaires pour défendre la RCA contre “l’agression tchadienne”, ou ses déclarations laissant entendre que le calendrier initial de départ des miliciens congolais venus à son secours lors de la dernière tentative de coup d’Etat n’est plus d’actualité.
Au contraire, souligne M. Goumba, dont les propos sont confirmés de sources indépendantes, de nouveaux contingents de rebelles congolais, ainsi que des éléments rwandais, sont arrivés à Bangui ces derniers jours et ont été envoyés vers le front.
De même, l’ex-capitaine de gendarmerie français Paul Barril, reconverti dans la sécurité privée et ayant conclu depuis plusieurs années un contrat de sécurité avec la présidence centrafricaine, recrute depuis plusieurs jours des jeunes gens désœuvrés à Bangui.
“Je croyais que la France avait réglé le problème de Bob Denard et compagnie. Pourquoi pas celui de Barril?”, demande M. Goumba, s’étonnant de “voir un chef d’Etat qui ne s’entoure que de forces non-conventionnelles”.
Pour l'opposant historique, “Patassé n’a pas pris la mesure de la situation. Il continue de louvoyer, de pratiquer le double langage. Il ridiculise la rébellion, mais il a tort. Celle-ci est déjà en train de mettre en place des institutions, une nouvelle administration dans les zones qu’elle contrôle”. “Les rebelles sont déterminés. S’ils arrivent à Bangui, ce sera un bain de sang, comme l’a dit Mgr (Paulin) Pomodimo, coordonnateur du dialogue. C’est une question de temps. Et le temps ne joue pas en faveur de la paix”, a encore estimé Abel Goumba.

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