N° 264
du 17/02/2003

Centrafrique


Les rebelles de Bozize reprennent la localité de Bozoum
Miliciens congolais et rwandais
renforcent les troupes gouvernementales
Le président Patasse demande une aide militaire à la France

La ville de Bozoum, dans l’Ouham Pendé (nord-ouest) est à nouveau aux mains de la rébellion depuis le 17 janvier, a reconnu début février le ministre centrafricain de la Défense, Maurice Régonessa. Les rebelles ont également fait une incursion mais sans s’y attarder dans la localité de Bossemptélé, située au sud-est de Bouar, sur l’axe stratégique reliant Bangui au Cameroun.
Bozoum avait été brièvement occupée fin décembre par les rebelles de l’ancien chef d’état-major François Bozizé.
Ces derniers en avaient été chassés rapidement par les forces loyalistes emmenées par les rebelles du Mouvement de Libération du Congo (MLC), présents en RCA depuis que le président Ange-Félix Patassé leur a fait appel lors de la tentative de coup d’Etat du 25 octobre dernier.
Lors de la reprise de Bozoum par les loyalistes, l’ex-capitaine français de gendarmerie, Paul Barril, qui dirige des sociétés privées de sécurité dans plusieurs pays, dont l’une au service du pouvoir centrafricain, avait été légèrement blessé.
La reprise de Bozoum par les hommes de Bozizé représente une victoire significative pour les rebelles, en ce sens qu’il s’agit de la première ville sérieusement défendue dont ils parviennent à s’emparer.
De plus, Bozoum est considérée comme située dans le fief du président Ange-Félix Patassé. Avant de renoncer à son mandat de député, celui-ci était l’élu de la localité de Bocaranga (Ouham Pendé), non loin de la frontière camerounaise.

Bien que le ministre de la Défense ait affirmé qu’il est “faux que le président Patassé prépare l’option militaire” en sous-main alors qu’officiellement doit être lancé dans quelques semaines un dialogue national, de nouveaux contingents de miliciens congolais et rwandais sont arrivés les 3 et 4 février à l’aéroport de Bangui d’où ils ont immédiatement pris la direction du nord de la Centrafrique.
Des témoins ont estimé que lors de quatre rotations, des Antonov ont déposé au total entre 280 à 320 Congolais et Rwandais.
Ces combattants, hommes et femmes, dont l’âge variait de 14 à 18 ans, selon des témoins, “portaient des tenues deux fois trop grandes pour eux”. D’autres témoins ont affirmé avoir vu ensuite à Bossemptélé (nord) ces miliciens, appartenant essentiellement au MLC.
Face à la rébellion, la principale ligne de défense des forces loyalistes est actuellement la préservation de la circulation sur la route reliant Bangui au port camerounais de Douala, vital pour l’approvisionnement de la capitale.

Patassé aux abois ?

Dans le même temps, le président Ange-Félix Patassé a réclamé “l’envoi de soldats français” en Centrafrique pour permettre la préparation du dialogue national et garantir la paix, dans un entretien à Radio France Internationale.
“Nous souhaitons l’envoi de soldats (français) qui nous permettent de préparer le dialogue dans la sérénité”, a déclaré le président Patassé. Il avait proposé fin novembre la tenue de ce dialogue national, regroupant toutes les composantes politiques et militaires centrafricaines pour tenter de mettre fin aux crises militaires à répétition dans ce pays, qui pourrait se tenir en mars.
“La majorité demande de faire le dialogue national à Bangui. Le dialogue national se fera à Bangui”, a-t-il affirmé, alors que ses opposants en exil réclament qu’il se tienne en pays neutre.
“Il y a des soldats français en Côte d’Ivoire. Pourquoi pas en RCA? C’est une discrimination. Nous aussi (...), nous le demandons. Je demande à la France de nous envoyer des soldats”, a ajouté le président Patassé.
Le chef de l’Etat a souligné que “le peuple centrafricain agressé n’a pas les moyens de défendre tout son territoire. C’est normal qu’elle (la France) vienne au secours d’un pays agressé”, a-t-il estimé.
Selon M. Patassé, “un petit contingent français qui appuierait éventuellement la Cémac”, constituerait “une garantie pour que la paix soit sauvegardée dans cette partie” de l’Afrique
centrale.
Environ 350 militaires de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cémac) se sont déployés depuis décembre à Bangui, remplaçant un contingent militaire libyen qui assurait la sécurité du régime du président Patassé depuis une tentative de coup d’Etat de 2001.
L’armée française a quitté définitivement la Centrafrique en 1998, après les trois mutineries militaires de 1996-97, dans le cadre de la restructuration de ses forces en Afrique francophone, passant le relais à deux forces multinationales successives, la Misab et la Minurca.
Elle y était présente depuis 1979, date de l’”Opération barracuda” qui avait renversé l’ex-Empereur Jean-Bedel Bokassa.
Il faut “privilégier la sécurité à la frontière (tchado-centrafricaine: ndlr), condition sine qua non pour rétablir la circulation entre nos deux pays condamnes à vivre ensemble”, a par ailleurs indiqué M. Patassé qui a qualifié les rebelles de son ancien chef d’état-major François Bozizé de “marionnettes”, affirmant qu’il s’agit de “Tchadiens à 80 %”.
Concernant le départ de RCA de ses alliés du Mouvement de libération du Congo (MLC), annoncé à partir du 15 février par Jean-Pierre Bemba, M. Patassé à déclaré: “aujourd’hui, les conditions sont en train d’être revues car les Tchadiens sont en train d’attaquer nos villes. La population demande que les Congolais restent”.

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