N° 270
du 20/05/2003

Centrafrique


Trop d’armes
Les craintes du ministre de l’Intérieur

L’insécurité en Centrafrique est en passe d’être jugulée, mais le pays est “assis sur une poudrière” en raison de la dissémination des armes, a estimé le nouveau ministre de l’Intérieur et de la Sécurité nationale, le colonel Michel-Paulin Bondeboli.
“Nous sommes vraiment assis sur une poudrière” en raison de la quantité d’armes détenues illégalement tant à Bangui que dans l’arrière-pays”, a-t-il ajouté.
“Il est difficile de savoir qui détient des armes. L’ancien régime en a distribué à ses militants, un dépôt de munitions comprenant des armes de guerre a été pillé lors des mutineries (1996-1997) et tout est loin d’avoir été récupéré; dans les zones de combats, des armes ont été abandonnées, en particulier par les gens de Bemba”, chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), a-t-il précisé.
Ce n’est donc sans doute pas pour rien que le nouveau gouvernement comprend un secrétaire d’Etat chargé du désarmement.
Multitude d’armes disséminées dans la nature, anciens militaires désœuvrés ou ex-rebelles désarmés sans ressources, pauvreté généralisée, constituent un cocktail qui peut se révéler explosif.
A Bangui, le couvre-feu a été une nouvelle fois réduit et n’est plus en vigueur que de minuit à cinq heures de matin. Mais les tirs intempestifs, qui avaient cessé, ont repris et les braquages à main armée sont fréquents, y compris dans les quartiers populaires pour des butins de misère.
Cette recrudescence d’actes de violence coïncide avec le rapatriement de la majorité des 500 Tchadiens, déployés à Bangui alors que la ville était en proie aux pillages après le coup d’Etat. Le vide causé par leur départ n’a pour l’instant pas été comblé. La force de paix de la Cemac (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale), qui devrait intégrer prochainement une centaine de Tchadiens dans la limite de 350 hommes, “a des moyens importants, mais ne fait pas de patrouille”, déplore un proche du nouveau pouvoir.
De leur côté, les 300 militaires français arrivés après le coup d’Etat du 15 mars ont pour seule mission d’assurer la sécurité de l’aéroport.
Quant à l’armée centrafricaine, après de multiples luttes fratricides et les humiliations infligées ces derniers mois par l’ancien régime dont la sécurité était assurée par des forces étrangères, elle nécessite, de l’avis général, une sérieuse reprise en main avant d’être à nouveau opérationnelle.
En province, dont des régions entières échappaient déjà au contrôle de l’ancien régime, la situation apparaît plus problématique. Des bandes armées incontrôlées -parfois des ex-rebelles démobilisés- sévissent principalement dans le nord et le nord-ouest du pays où était implantée la rébellion avant de fondre sur Bangui.
Réfugiés dans la brousse depuis des mois en raison des combats, des milliers de villageois ne sont toujours pas rentrés chez eux, selon la presse.
Dans d’autres régions, les axes routiers ne sont pas sûrs. Bien qu’ils ne soient pas une nouveauté en Centrafrique, des “zaraguinas” (“coupeurs de route”) sont signalés dans la région de Bambari (400 km au nord-est de Bangui), passage obligé pour gagner tout l’est du pays.
Même à l’ouest, la présence de zaraguinas a été signalée sur l’axe vital pour l’approvisionnement de la Centrafrique qui relie Bangui au port camerounais de Douala.

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