N° 271
du 03/06/2003

Centrafrique


Avocats en colère

Les avocats centrafricains ont interpellé le 17 mai le général Bozizé au sujet de l’insécurité et ont publié une déclaration commune dont voici la teneur :

Déclaration des avocats sur les violations des droits de l’Homme en Centrafrique après le 15 mars 2003

Le peuple centrafricain, longtemps opprimé et méprisé par le régime déchu de Monsieur Ange Félix Patassé, a accueilli avec beaucoup de soulagement et d’espoir l’arrivée au pouvoir du général de division François Bozizé, le 15 mars 2003.
Les pillages massifs et les exactions de toutes sortes qui ont accompagné cet événement pouvaient dans un premier temps être considérés comme des débordements que les autorités installées nouvellement ne pouvaient maîtriser.
Or depuis 2 mois, les citoyens centrafricains, à Bangui comme dans les provinces, continuent de subir tous les jours des exactions, des humiliations, des rackets et des pillages de la part de certains Tchadiens et Centrafricains incontrôlés.
Les avocats, dernier rempart des droits et libertés individuels, ne sont pas épargnés. Sans être exhaustifs et à titre d’exemples, nous pouvons citer les cas de :

Maître Emile Bizon, littéralement enlevé le 14 mai à 09 heures alors qu’il tentait d’intervenir pour un chauffeur de taxi frappé et humilié ; Maître Balemby, intimidé, pillé, menacé puis frappé et à qui on a demandé de se dessaisir d’un dossier ;

Maître Marie Edith Douzima Lawson dont l’un des clients a été enlevé aux commissariats des 3e et 5e arrondissements de Bangui, de même que dans certaines brigades de gendarmerie, ces éléments, notamment les « Zakawa «, se substituent aux autorités de police judiciaire pour régler à leur manière les litiges.
Au-delà de la situation des avocats, c’est le citoyen centrafricain qui est meurtri dans sa dignité et privé de sa liberté de circuler sans crainte.
Les avocats au barreau de la République Centrafricaine réunis en assemblée générale extraordinaire le 17 mai 2003 :
- Dénoncent l’insécurité créée par la présence de ces éléments tchadiens qui menacent d’entacher les bonnes relations entre le peuple centrafricain et le peuple tchadien.
- Condamnent ces violations massives et systématiques des droits de l’homme.
- Demandent à Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, de prendre des mesures énergiques et appropriées pour faire cesser dans les meilleurs délais ces exactions, humiliations et rackets.
- Demandent que les commissariats de police des 3e et 5e arrondissements de la ville de Bangui soient immédiatement libérés et remis à la disposition de la police.
- Demandent que le maintien de l’ordre et de la sécurité publique reviennent à la police et à l’armée centrafricaines.
- Demandent aux autorités politiques de garantir aux avocats le libre exercice de leur profession.
Fait à Bangui, le 17 mai 2003
Pour l’assemblée générale extraordinaire
Le bâtonnier

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