N° 272
du 17/06/2003

Centrafrique


L’ex-président Patassé encore actif

De Lomé où il vit en exil, l’ancien chef de l’Etat a écrit au président de la Commission Européenne à Bruxelles, Romano Prodi avant l’ouverture des consultations que l’Union Européenne (UE) va avoir avec le nouveau gouvernement dirigé par Abel Goumba.
Ange-Félix Patassé a demandé à l’UE de ne pas donner de «prime aux coups d’Etat» en acceptant de négocier avec le nouveau pouvoir centrafricain. Des négociations entre la RCA et l’UE sur la stratégie de coopération pour les années à venir ont débuté le 12 juin à Bruxelles. Après le coup d’Etat du 15 mars dernier qui a porté au pouvoir le général François Bozizé, l’UE avait décidé de revoir sa coopération avec la RCA.

Par ailleurs, M. Patassé a annoncé son intention de se rendre au prochain sommet de l’Union Africaine (UA), en juillet à Maputo au Mozambique, pour y représenter son pays. Situation fort délicate pour l’UA qui n’a de cesse de clamer haut et fort qu’elle ne reconnaîtra plus les régimes issus de coup d’Etat ou instaurés par des voies non-orthodoxes, comme ce fut le cas à Madagascar. L’UA préfère sans doute une bonne élection «à la togolaise» qu’une volonté populaire non-conforme aux standards électoraux en vigueur sur le continent.
Reste que, comme pour Madagascar, il y a déjà une fêlure dans le respect des «principes» de l’Union africaine.
Le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad, les cinq pays qui avec la Centrafrique sont membres de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC), ont d’ores et déjà reconnu le nouveau régime de Bangui lors d’un sommet extraordinaire de l’organisation qui s’est tenu début juin à Libreville. Pour marquer son soutien aux efforts du nouveau régime centrafricain, la Cémac lui a même octroyé une aide ponctuelle de 5 milliards de francs CFA (7,6 millions d’euros). Elle a aussi décidé de maintenir et de renforcer sa force de paix déployée en RCA en décembre 2002, afin de «contribuer à la sécurisation de la RCA, à la restructuration des forces armées centrafricaines» et d’accompagner «le processus de transition pour la réconciliation nationale».
Dans la foulée, les chefs d’Etat de la Cémac ont lancé lors de leur sommet un appel à l’UA «pour la prise en compte de l’évolution favorable de la situation en RCA et sa réintégration rapide au sein de la communauté africaine».
L’UA a fermement condamné le 17 mars le coup de force du général Bozizé, en rappelant son rejet de tout changement anticonstitutionnel, contenu dans son acte constitutif et ses déclarations des sommets d’Alger et de Lomé.
Un envoyé spécial du président intérimaire de la Commission de l’UA à Bangui, Saddok Fayala, avait toutefois relevé le 18 avril «des signes encourageants à signaler en RCA» au terme de sa mission. Le représentant d’Amara Essy avait salué «la constitution du gouvernement de large coalition, où presque tous les partis politiques» sont représentés.
La France a reconnu de facto les nouvelles autorités de Bangui en recevant officiellement le Premier ministre Abel Goumba, début mai à Paris.

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