N° 274
du 16/07/2003

Centrafrique


Le torchon brûle
entre le Premier ministre et ses anciens alliés

Une crise ouverte entre le Premier ministre Abel Goumba et ses anciens alliés de la concertation des partis politiques d’opposition (CPPO) a marqué le premier véritable accroc de la transition en cours depuis le coup d’Etat du 15 mars dernier mais l’ensemble des grandes formations politiques restent toutefois représentées au sein du «gouvernement national de transition», formé fin mars.
Parmi les reproches adressés à Abel Goumba, le fait que son parti, le Front patriotique pour le progrès (FPP), l’une des 12 composantes de la CPPO, se soit attribué cinq portefeuilles ministériels (sur 28) dans le gouvernement où ont également été nommés des proches de M. Goumba.
Choisissant la voie des négociations discrètes, la CPPO avait rencontré en avril le président de la République, François Bozizé, pour lui exprimer sa préoccupation face à la composition de l’équipe gouvernementale.
Cette dernière, avaient fait valoir les représentants de la CPPO, ne correspond pas à la philosophie d’une gestion consensuelle du pouvoir, revendiquée par le chef de l’Etat pendant la période de transition, depuis le coup d’Etat jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel promis pour début 2005.
Une vingtaine de nominations intervenues fin juin et début juillet à la tête de divers services rattachés à la Primature (cf. Afrique Express N° 273), qui ont fait une large place aux membres du FPP ainsi qu’aux personnes originaires de la Ouaka, région de M. Goumba, ont constitué la goutte qui a fait déborder le vase.
La crise a éclaté au grand jour le 3 juillet avec la publication d’une mise au point aux termes très durs, signée par l’ensemble des partis membres de la CPPO, à l’exception du FPP du Premier ministre.
«En appelant à la probité intellectuelle du chef du gouvernement et à son sens de l’intérêt national», ce texte a invité M. Goumba «soit à se remettre en cause dans les plus brefs délais en rétablissant le consensus véritable dans la gestion de la transition, ou à tirer rapidement les conclusions de ses graves manquements en reconsidérant sa présence à la tête du gouvernement de transition».
Le Professeur Goumba, dont le passé d’opposant exemplaire remontant à l’indépendance lui valait l’admiration de tous les Centrafricains qui l’ont surnommé «Mains Propres», se retrouve donc à 76 ans confronté au difficile exercice du pouvoir.
Il faut que la Centrafrique ait «un Premier ministre dynamique et expérimenté» pour faire «face aux défis à surmonter dans l’urgence, tels que la restauration de la sécurité sur toute l’étendue du territoire, le maintien de la paix sociale, la mise en œuvre des différentes mesures permettant un retour à l’ordre constitutionnel», ont encore estimé ses alliés d’hier.
Un «Premier ministre dynamique et expérimenté» ? Une formule qui conduit tout droit vers l’ancien Premier ministre et essayiste Jean-Paul Ngoupandé, dont le parti, le Parti de l’Unité Nationale (PUN), doit estimer ne pas détenir suffisamment de strapontins dans l’actuel gouvernement.

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