|
Les enfants de l’ex-empereur
Bokassa 1er ont demandé pardon pour les crimes de leur
père, tout en souhaitant sa réhabilitation à titre
posthume.
Les 56 enfants légitimes de l’ancien dictateur (1966-79)
ont en effet mandaté l’un des leurs, Jean-Serge Bokassa,
pour siéger comme délégué au Dialogue
national de réconciliation. S’ils reconnaissent
les dérives de leur père, en revanche, ils demandent sa
réhabilitation, au nom de l’héritage de «bâtisseur»
qu’il aurait légué au pays.
Bokassa avait été renversé en 1979 par les parachutistes
français, après une fin de règne sanglante marquée
par la répression de manifestations étudiantes.
«Nous sommes venus redemander pardon pour le mal qu’il a commis,
comme il l’avait lui-même fait en 1986, en acceptant de revenir
en Centrafrique pour y être jugé, au risque de perdre la
vie», a déclaré Jean-Serge Bokassa. «Il y a
eu beaucoup de dérives sous sa dictature. A l’époque
on ne parlait pas de démocratie en Afrique», a-t-il ajouté.
Nés de 17 épouses, les enfants de l’ex-empereur sont
aujourd’hui éparpillés entre la France, les Etats-Unis,
le Liban, la Suisse, le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Cameroun...
Jean-Serge est l’un des seuls à être restés
en Centrafrique. Il est employé dans un restaurant et a fondé
une association chrétienne qui tente de «sortir les jeunes
de la drogue par l’Evangile», conformément au parcours
qui a été le sien.
Il a ainsi «partagé les souffrances des Centrafricains»,
lors des mutineries militaires et tentatives de coup d’Etat sous
le régime du président Ange-Félix Patassé
(1993-mars 2003), qui fut ministre de son père pendant
une décennie.
M. Patassé a été renversé le 15 mars dernier
par une autre vieille connaissance, l’actuel président
François Bozizé, ancien aide de camp de Bokassa,
auquel il doit ses étoiles de général.
«J’espère que cette reconnaissance du mal commis par
notre père fera du bien aux victimes, qu’elle nous permettra
de nous élever ensemble au-dessus de tout cela, d’accepter
le passé», espère aujourd’hui Jean-Serge.
Les enfants du dictateur réfutent seulement les accusations de
cannibalisme lancées contre Bokassa, «un montage des services
secrets français pour le discréditer», qui ne fut
d’ailleurs pas retenu par la justice centrafricaine.
Après son retour volontaire d’exil, Bokassa avait été
condamné à mort en 1987, une peine commuée en travaux
forcés à perpétuité par le président
André Kolingba (1981-93), qui l’avait ensuite
gracié après sept ans de détention.
Bokassa est mort à Bangui avec pour seul revenu sa retraite de
l’armée française, privé de tous ses droits.
«Vingt ans après, les Centrafricains reconnaissent ses réalisations
dans bien des domaines. L’économie, l’armée,
fonctionnaient bien, la plupart des constructions datent de son époque»,
estime Jean-Serge Bokassa.
«Nous aimerions, ajoute-t-il, que ce qui se murmure dans la rue
soit enfin reconnu officiellement. Qu’il soit rétabli dans
l’honneur».
Un avis partagé semble-t-il par Bozize en personne qui a déclaré
à propos de Bokassa : «On l’a beaucoup critiqué,
mais lui au moins, il a construit le pays, alors que ceux qui lui ont
succédé, de bons intellectuels et de bons cadres, n’ont
rien foutu et se sont remplis les poches».
|