N° 286
du 20/01/2004

 

Centrafrique

Grogne syndicale
Allons «pleurer sur les ruines de la République» …

Un syndicat d’enseignants a appelé l’ensemble des salariés du secteur public, à se rassembler à la Bourse du travail à Bangui, «pour pleurer sur les ruines de la République».
«Camarades enseignant(e)s, camarades travailleurs, tous à la bourse du travail le samedi 17 janvier à partir de 09H00 pour pleurer sur les ruines de la République», a écrit l’Interfédérale des Enseignants de Centrafrique (IFEC) dans un «Appel aux travailleurs de l’Etat centrafricain».
Début janvier «le ministre délégué aux Finances déclarait à qui veut l’entendre que l’Etat centrafricain est en cessation de paiement (...) (et) qu’il était désormais difficile sinon impossible pour le gouvernement, de faire face au paiement régulier des salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat», a rappelé l’IFEC.
«Le concept (développé par le président Bozizé, ndlr) « Kwa na Kwa» («le travail rien que le travail») est désormais vidé de tout son contenu. Chacun doit travailler à son rythme car qui paye commande», a encore écrit le syndicat.
Cet appel à «pleurer sur les ruines de la République» n’a suscité qu’une faible mobilisation. Quelque 300 fonctionnaires étaient présents devant la Bourse du Travail, pour une manifestation qui a pris la forme d’une assemblée générale.

Le 8 janvier 2004, Mohamed Mahadi-Marboua, le ministre délégué aux Finances, avait annoncé que le gouvernement n’était pas en mesure de payer les salaires des fonctionnaires à échéance, comme le régime de Bozizé s’y était engagé.
Les salaires avaient été régulièrement versés entre avril et août 2003, date à laquelle des retards de paiements ont commencé. Les salaires de novembre et décembre 2003 n’ont pas encore été payés.
Le problème du paiement des salaires des fonctionnaires est récurrent depuis les années 80 en Centrafrique. Les salariés de la fonction publique, tous secteurs confondus, y ont cumulé jusqu’à 36 mois d’arriérés sous les présidences d’André Kolingba (1981-93) et de Patassé (1993-mars 2003). Les salaires des fonctionnaires sont en outre bloqués depuis plus d’une décennie, les avancements, l’ancienneté, etc. n’étant pas pris en compte.

Les fonctionnaires ont finalement touché le 16 janvier leur paie d’octobre 2003, comme promis par le ministre Marboua.
Au moins 3.000 fonctionnaires, sur près de 20.000, sont payés par virement bancaire et attendaient de percevoir leur salaire d’octobre 2003, que leurs collègues payés aux guichets du Trésor avaient touché dès décembre 2003, grâce à une aide de la Chine.
L’ensemble de l’aide extérieure reçue - 7,7 milliards de francs CFA (11,7 millions d’euros) des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac), de la Chine et de la France - a été «entièrement consacré aux salaires», a assuré le ministre délégué aux Finances.
«Toute la trésorerie de l’Etat, soit 80% des recettes, est destinée aux salaires, mais le problème persiste, la difficulté reste entière», a-t-il déploré.


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