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Il faut être un peu
sournois pour feindre l'étonnement, voire
l'indignation à propos de la tentative de
renversement du régime du président
Ange-Félix Patasse menée par une partie
de l'armée centrafricaine et appuyée par
l'ancien président, le général
André Kolingba.
Tous les indicateurs socio-politiques de la Centrafrique
étaient dans le rouge depuis des mois. Même le
conseil de sécurité des Nations Unies, dans
son dernier examen de la situation dans ce pays, s'alarmait
d'un risque de crise.
Certes, à l'issue du débat, le rapporteur
pouvait déclarer que les membres du Conseil avaient
accueilli "favorablement les nouveaux progrès
réalisés, notamment en matière de
désarmement et de restructuration des forces de
sécurité et de défense ainsi qu'en ce
qui concerne le respect des droits de l'homme par les forces
de l'ordre." Ca, c'était la formule diplomatique
d'introduction policée. Deux lignes plus bas, il
était écrit que "les membres du Conseil
marquent toutefois leur profonde préoccupation face
aux tensions politiques et sociales qui se sont
récemment avivées dans le pays et qui, selon
eux, menacent le processus de réconciliation
nationale engagé depuis quatre années avec le
soutien actif de la communauté internationale. " Et
d'enfoncer le clou en ces termes : "Les membres du Conseil
notent ainsi avec inquiétude l'absence de dialogue
entre le Gouvernement et l'opposition et les entraves
à la tenue de réunions pacifiques des partis
et des syndicats. Ils encouragent fortement le Gouvernement
centrafricain à faire tout ce qui est en son pouvoir
pour consolider les institutions démocratiques et
élargir le champ de la réconciliation
nationale. "
En clair, la Centrafrique était à cent lieus
d'une ébauche de réconciliation nationale, et
plus grave, le régime de M. Patassé
était pointé du doigt du fait qu'il
apparaissait clairement aux yeux du Conseil de
sécurité comme le principal responsable de cet
état de fait.
Pour mémoire, les deux dernières
élections qui ont eu lieu dans ce pays portaient en
elles les germes d'une contestation violente.
L'opposition dans son ensemble avait saisi l'occasion du
dernier sommet France-Afrique qui s'est tenu à
Yaoundé en janvier dernier, pour publier un
mémorandum à l'attention des chefs d'Etats
réunis dans la capitale camerounaise. Concernant ces
deux élections, les partis d'opposition
écrivaient : "En 1998, l'opposition avait
remporté les élections législatives. M.
Patassé a modifié ces résultats en sa
faveur, par la corruption, en "achetant" des
députés élus sous la bannière de
l'opposition pour se constituer une majorité
factice.
En 1999, M. Patassé a récidivé aux
élections présidentielles. Il s'est fait
proclamer élu dès le premier tour, grâce
à une Cour Constitutionnelle composée de
personnalités qui lui sont acquises, alors que
malgré les fraudes et manipulations auxquelles le
régime, ses partisans et le MLPC se sont
livrés, il n'avait pu dépasser les 46%. La
Cour Constitutionnelle, saisie des recours en annulation des
candidats de l'opposition, n'a toujours pas statué
à ce jour, soit 15 mois après, sur ces
requêtes, alors que la loi l'oblige à le faire
dans un délai de deux mois."
Blocage politique total, impossibilité de s'exprimer
réellement par la voie des urnes þ et l'on
s'étonne dans certaines capitales que d'aucuns
prennent les armes.
Si la bonne conscience internationale réprouve
toute arrivée au pouvoir par la force, n'a-t-elle
aucun avis sur une régime qui manipule l'expression
populaire issue des urnes, qui bafoue quotidiennement les
droits de l'homme, un pays où un commissaire de
police peut clamer fièrement, haut et fort, qu'il
exécute sans autre forme de procès des
présumés délinquants (1), un
régime où les fonctionnaires ne sont pas loin
de perdre tout simplement la notion même de ce qu'est
un salaire alors que le président se targue de
pouvoir sortir de sa cagnotte personnelle quelque dix
millions de dollars en un tour de main, un pays où la
justice n'est pas pressée du tout de faire la
lumière sur des assassinats dont le caractère
politique ne fait aucun doute (2), un pays enfin et
hélas, où, depuis celui du doux dingue et
souvent cruel Bokassa, tous les régimes qui se sont
succédé confinent à la bouffonnerie ?
Les quinze partis d'opposition signataires du
mémorandum de Yaoundé concluaient ainsi leur
avertissement à la communauté internationale :
"þ son maintien (du président Patasse au pouvoir)
pour toutes ces raisons comporterait de graves dangers pour
la paix, la sécurité et les
possibilités de développement en Afrique
centrale en général et en RCA en particulier.
Ils souhaitent que les pays amis ne prolongent pas la
souffrance du peuple centrafricain en apportant leur caution
aux exactions d'un régime corrompu et honni, et aux
mascarades d'une démocratie de façade." Alors,
toujours surprise la communauté internationale ? R-J
L.
(1) Il s'agit du commissaire divisionnaire Louis
Mazangue. Certaines victimes de sa justice expéditive
ont été montrées à la
télévision ou interrogées par la radio,
avant que le commissaire Mazangue ne livre ses "derniers
commentaires", c'est à dire ne les tue sans autre
forme de procès. (Cf. Afrique Express N°
212)
(2) Assassinats du Lieutenant Bida-Siombo, Officier du corps
des sapeurs pompiers, du Colonel Christophe
Grélombé, ancien ministre (sous le
régime Kolingba) et son fils Martin, du colonel
Alphonse Réhote, ancien ministre, ses fils et tous
ceux qui étaient avec lui à bord de son
véhicule, (.þ)de cinq personnes à
Kémbé dont le Lieutenant Antoine Bodo, le
Maréchal de Logis chef Appolinaire Hondet, commandant
de brigade adjoint de gendarmerie de la localité.
Tous cités dans le mémorandum de l'opposition.
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