|
Jean-Pierre
Bemba, le chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC),
mouvement qui a fusionné le 16 janvier avec le Rassemblement Congolais
pour la Démocratie/Kisangani (RCD/K), dirigé par Ernest
Wamba dia Wamba pour créer le Front de Libération du
Congo (FLC), est entré en rébellion contre le président
de la République Démocratique du Congo (RDC) Laurent-Désiré
Kabila, le 16 juillet 1999. Il a installé son quartier général
à Gbadolite, dans la province de l'Equateur, l'ancien fief de Mobutu
sese Seko.
Grand gaillard d'1m 90, père de quatre enfants et originaire de
cette région, Jean-Pierre Bemba a dès le début bénéficié
du soutien des troupes ougandaises.
Agé de près de quarante ans, il assurait à l'époque
"avoir quitté les affaires par conviction politique" et "injecter
ses propres fonds dans ce mouvement".
Très "moderne", à l'inverse de Wamba dia Wamba, le chef
rebelle ne dédaigne pas diriger ses opérations militaires
à l'aide de ses nombreux téléphones satellites.
Il a dû couper les ponts avec son père, Bemba Saolona,
ancien président du patronat du Zaïre sous Mobutu, puis ministre
de Kabila.
Bemba fils a fait une carrière d'homme d'affaires dans la téléphonie,
le fret aérien et le commerce, ce qui lui a permis d'entrer en
contact avec de nombreuses personnalités en Occident et en Afrique.
"C'est le président ougandais Yoweri Museveni", selon un
de ses proches "qui lui a proposé de faire quelque chose pour son
pays en lui promettant son aide en septembre 1998".
"A un certain moment, comme j'avais les moyens d'agir, je me suis lancé",
assure Jean-Pierre Bemba affirmant avoir reçu une formation militaire
dans l'armée ougandaise et lancé son mouvement "avec seulement
154 types mal équipés". Un peu court comme explication,
pour s'emparer en deux temps trois mouvements de Gbadolite, sa première
conquête militaire.
Affichant un discours libéral et démocrate, il a réussi
à capitaliser la sympathie des Congolais des territoires qu'il
contrôle grâce à l'organisation d'élections
locales, peu de tracasseries administratives ou policières et un
argumentaire cohérent.
Entouré d'officiers ougandais, des "conseillers militaires", il
aime faire remarquer la discipline des 20.000 soldats qu'il revendique.
Son dernier succès est davantage diplomatique que militaire, mais
il relève de l'exploit. Il a réussi à faire signer
un accord de paix entre les deux tribus Lendu et Hema qui se sont violemment
affrontées en janvier dans la région de Bunia, sous contrôle
du RCD-K de Wamba dia Wamba. Ce "traité de paix", signé
le 16 février dernier, a été obtenu après
plusieurs semaines de négociations, Jean-Pierre Bemba ayant rencontré
les quelque 150 chefs locaux de la province d'Ituri. Le chef du FLC s'étant
personnellement rendu de sa base de Gbadolite vers Bunia pour tenter de
résoudre le conflit.
Les tribus Hema et Lendu, respectivement des éleveurs et des cultivateurs,
se sont sporadiquement, mais violemment, affrontées depuis 1998,
avec des terrains pour enjeu. L'accord prévoit notamment que le
gouverneur d'Ituri ne devra appartenir à aucune des deux tribus.
Suite aux derniers combats, des milliers de personnes ont fui Bunia, 6.000
Hemas allant se réfugier dans l'ouest de l'Ouganda.
Les tensions avaient également été exacerbées
par le conflit interne au mouvement rebelle d'Ernest Wamba dia Wamba,
qui contrôlait la zone jusqu'en janvier dernier - qui avait abouti
à un vide du pouvoir à Bunia, privée d'administration
depuis août 2000.
Globalement, le mouvement de Bemba apparaît comme un des mieux structurés
de la rébellion. Il dispose d'un site internet (www.mlc.org), qui
diffuse des informations précises sur ses activités. |