RD Congo

Jean-Pierre Bemba, du business au maquis
Afrique-Express N° 223 du 21/02/2001

Jean-Pierre Bemba, le chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), mouvement qui a fusionné le 16 janvier avec le Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani (RCD/K), dirigé par Ernest Wamba dia Wamba pour créer le Front de Libération du Congo (FLC), est entré en rébellion contre le président de la République Démocratique du Congo (RDC) Laurent-Désiré Kabila, le 16 juillet 1999. Il a installé son quartier général à Gbadolite, dans la province de l'Equateur, l'ancien fief de Mobutu sese Seko.
Grand gaillard d'1m 90, père de quatre enfants et originaire de cette région, Jean-Pierre Bemba a dès le début bénéficié du soutien des troupes ougandaises.
Agé de près de quarante ans, il assurait à l'époque "avoir quitté les affaires par conviction politique" et "injecter ses propres fonds dans ce mouvement".
Très "moderne", à l'inverse de Wamba dia Wamba, le chef rebelle ne dédaigne pas diriger ses opérations militaires à l'aide de ses nombreux téléphones satellites.
Il a dû couper les ponts avec son père, Bemba Saolona, ancien président du patronat du Zaïre sous Mobutu, puis ministre de Kabila.
Bemba fils a fait une carrière d'homme d'affaires dans la téléphonie, le fret aérien et le commerce, ce qui lui a permis d'entrer en contact avec de nombreuses personnalités en Occident et en Afrique. "C'est le président ougandais Yoweri Museveni", selon un de ses proches "qui lui a proposé de faire quelque chose pour son pays en lui promettant son aide en septembre 1998".
"A un certain moment, comme j'avais les moyens d'agir, je me suis lancé", assure Jean-Pierre Bemba affirmant avoir reçu une formation militaire dans l'armée ougandaise et lancé son mouvement "avec seulement 154 types mal équipés". Un peu court comme explication, pour s'emparer en deux temps trois mouvements de Gbadolite, sa première conquête militaire.
Affichant un discours libéral et démocrate, il a réussi à capitaliser la sympathie des Congolais des territoires qu'il contrôle grâce à l'organisation d'élections locales, peu de tracasseries administratives ou policières et un argumentaire cohérent.
Entouré d'officiers ougandais, des "conseillers militaires", il aime faire remarquer la discipline des 20.000 soldats qu'il revendique.
Son dernier succès est davantage diplomatique que militaire, mais il relève de l'exploit. Il a réussi à faire signer un accord de paix entre les deux tribus Lendu et Hema qui se sont violemment affrontées en janvier dans la région de Bunia, sous contrôle du RCD-K de Wamba dia Wamba. Ce "traité de paix", signé le 16 février dernier, a été obtenu après plusieurs semaines de négociations, Jean-Pierre Bemba ayant rencontré les quelque 150 chefs locaux de la province d'Ituri. Le chef du FLC s'étant personnellement rendu de sa base de Gbadolite vers Bunia pour tenter de résoudre le conflit.
Les tribus Hema et Lendu, respectivement des éleveurs et des cultivateurs, se sont sporadiquement, mais violemment, affrontées depuis 1998, avec des terrains pour enjeu. L'accord prévoit notamment que le gouverneur d'Ituri ne devra appartenir à aucune des deux tribus.
Suite aux derniers combats, des milliers de personnes ont fui Bunia, 6.000 Hemas allant se réfugier dans l'ouest de l'Ouganda.
Les tensions avaient également été exacerbées par le conflit interne au mouvement rebelle d'Ernest Wamba dia Wamba, qui contrôlait la zone jusqu'en janvier dernier - qui avait abouti à un vide du pouvoir à Bunia, privée d'administration depuis août 2000.
Globalement, le mouvement de Bemba apparaît comme un des mieux structurés de la rébellion. Il dispose d'un site internet (www.mlc.org), qui diffuse des informations précises sur ses activités.

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