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Etienne Tshisekedi,
né le 14 décembre 1932 à Kananga,
(ex-Luluabourg) au Kasaï, a été le
premier Zaïrois docteur en droit de l'université
de Lovanium à Kinshasa.
Après avoir été comme
beaucoup membre du Mouvement national congolais
dirigé par Patrice Lumumba, (conseiller
politique entre 1958 et 1959), puis dans la tendance
dissidente du MNC, dirigée par Albert
Kalondji. Il participe donc tout naturellement aux
affaires en 1960, comme ministre de la justice de l'Etat
autonome du sud-Kasai en 1960.
Premier coup d'Etat de Mobutu en septembre 1960,
qui remplace le gouvernement issu de l'Assemblée
élue par le peuple par un Collège de
commissaires présidé par Justin-Marie
Bomboko Lokumba. Qu'à cela ne tienne, Tshisekedi
devient Commissaire général adjoint à
la justice de ce Collège. Il est ensuite "tshombiste"
lorsqu'il soutient le Premier ministre Moïse Tshombe
en 1964 et 1965), qui avait été
placé à la tête du gouvernement par le
président Kasavubu pour mater les rébellions
communiste et lumumbiste qui sévissaient dans le
pays.
Mobutu s'emparant définitivement au
pouvoir en 1965, Tshisekedi est donc ministre de
l'Intérieur et des affaires coutumières dans
le gouvernement issu du coup d'Etat de Mobutu, un des postes
clés du gouvernement dirigé par le colonel
Léonard Mulamba.
Il participe en tant que "juriste" du
régime à la rédaction de la
Constitution de 1967, qui institutionnalise un bipartisme
rapidement oublié au profit d'une option pour le
parti unique. Fort de cette constitution, Mobutu crée
son parti, le Mouvement populaire de la révolution
(MPR), et déclare : "j'ai créé mon
parti, j'attends le leurs". Tshisekedi est encore loin de
faire partie des "leurs" puisqu'il a participé aussi
à la rédaction du Manifeste de Nsele (domaine
présidentiel près de Kinshasa) qui a servi de
base à la création effective du MPR. On peut
donc le considérer comme une des fondateurs du
MPR.
Dans ce contexte, Tshisekedi occupe le poste
important de Secrétaire national, responsable de la
Commission "politique générale" du
MPR.
Il passe du ministère de
l'intérieur à la Justice en 1968, puis
ministre du Plan, de la recherche scientifique en
1969.
Mobutu l'écarte quelque peu des affaires
en le nommant ambassadeur au Maroc de 1969 à 1970.
Dès son retour en 1970, il est "brillamment"
élu député du Kasaï Oriental sous
la bannière du parti unique, le MPR. Les
députés du parti unique n'ayant sans doute pas
grand chose à faire, il est aussi nommé
président du conseil d'administration de la compagnie
nationale aérienne Air Zaïre. Il est ensuite
élu vice-président de l'assemblée
nationale installée en 1997.
Il faut attendre des massacres à Idiofa
(province de Bandundu) en 1978 et à
Katékélayi (province du Kasaï Oriental)
en 1979 commis par les Forces armées zaïroises
(FAZ), pour qu'il fasse montre de critiques à
l'égard du pouvoir en saisissant des organismes de
défense des droits de l'homme comme Amnesty
International pour faire pression sur le gouvernement de
Kinshasa.
Ce n'est qu'en 1980, qu'il participe à une
véritable première fronde contre Mobutu, en
tant que membre d'un groupe de 13 parlementaires qui
rédigent et signent un manifeste de 52 pages
adressé à Mobutu pour réclamer des
réformes. Accusés d'atteinte à la
sûreté de l'État, ces treize frondeurs
sont emprisonnés, déchus de leur
qualité de député et
relégués dans leur village d'origine. Premier
retour forcé à la campagne qu'il
connaîtra aussi sous le régime Kabila.
Ce n'est donc qu'à partir de 1981 à
partir de la déchéance de son mandat de
député que Tshisekedi a commencé
à devenir un véritable opposant à
Mobutu
Avec le concours d'une poignée de
députés contestataires, il crée l'Union
pour la démocratie et le progrès social (UDPS)
en 1982, parti qui se réclame de la
social-démocratie, qui prône un parlementarisme
bicaméral et un Etat fédéral.
En 1990, arrive le multipartisme et la
Conférence nationale souveraine. Le 19 mai 1991, tous
les partis conviennent que la conférence nationale
sera souveraine et ses décisions
exécutoires.
Le 22 juillet 1991, Tshisekedi est "nommé"
par la présidence, au poste de Premier ministre. Les
alliés de l'UDPS (PDSC et UFERI) protestent. Sous la
pression des combattant de l'UDPS, Tshisekedi refuse cette
nomination présidentielle.
Le 1er octobre 1991, Tshisekedi est de nouveau
nommé Premier ministre, mais il supprime la mention
"Mobutu, garant de la constitution" lors de la prestation de
serment. Il affirme ne pas être le Premier ministre du
Maréchal Mobutu. Après quelques jours de
tractations, Mobutu le révoque.
Le 22 novembre 1991, Abdou Diouf,
président du Sénégal et son ministre
d'Etat, Abdoulaye Wade, arrachent un accord entre la
mouvance présidentielle et l'opposition (les "accords
du Palais de Marbre"), qui entérine le fait que le
Premier ministre sera issu de l'opposition (Union
Sacrée).
Le 25 décembre 1991, Nguz a Karl i Bond
est nommé Premier ministre à sa
place.
Le 6 avril 1992, la CNS, suspendue par Karl i
Bond, reprend ses travaux et élit, le 14 août,
Tshisekedi comme Premier ministre de la transition, avec
70,8% des voix devant son adversaire, Thomas Kanza.
Il est à nouveau très vite en conflit avec
Mobutu qui "organise" sans doute volontairement le
désordre dans le pays, avec de nombreuses mutineries
qui ont coûté la vie notamment à
l'ambassadeur de France à Kinshasa, tué d'une
balle perdue dans son bureau.
En janvier 1993, il est démis par Mobutu,
qui le remplace par Faustin Birindwa, qui sera
lui-même remplacé le 14 juin 1994,
Léon Kengo wa Dondo (nommé par une
ordonnance de Mobutu), malgré les protestations de
l'USORAL, cette nomination allant à l'encontre des
décisions de la CNS.
Depuis lors, Tshisekedi n'aura de cesse de faire
état de sa "qualité" de Premier ministre, y
compris jusqu'à aujourd'hui, ce qui promet de beaux
débats lors du dialogue inter-congolais.
Ses détracteurs pourront lui rappeler
qu'un certain jour de novembre 1996, il s'était rendu
en France au chevet de Mobutu convalescent dans sa villa de
la Côte d'Azur, et qu'il en était ressorti
affirmant s'être mis d'accord avec le président
pour former et diriger un gouvernement d'unité
nationale, alors que les rebelles de Kabila s'approchaient
à grands pas des portes de Kinshasa þ Tshisekedi
était alors apparu comme celui qui voulait sauver les
vieux meubles ou prêt à toutes compromissions,
un peu comme Laurent Gbagbo aujourd'hui avec le
général Gueï, pour arriver au
pouvoir.
Avec l'arrivée de Kabila, il tergiverse,
posant comme condition de sa participation au pouvoir, le
départ du pays des troupes étrangères,
en l'occurrence Rwandaises.
Arrêté le 12 février 1998
à Kinshasa, il est relégué par le
gouvernement dans son village d'origine dans le Kasaï.
Libéré cinq mois plus tard, il
déclare dès son retour à Kinshasa :
"Nous devons et nous allons travailler ensemble avec l'AFDL
(l'Alliance des forces démocratiques pour la
libération du Congo, le mouvement de Kabila)",
préconisant la rédaction d'une nouvelle
constitution en compagnie de l'AFDL. Tout juste ajoute-t-il
:"Je lui ai bien fait comprendre (à Kabila)" qu'un an
de suspension des activités des partis politiques
"était complètement suffisant".
Depuis le 17 mai 1997, arrivée au pouvoir de
Kabila, Tshisekedi n'avait pu s'exprimer qu'une seule fois
en public, et toutes les réunions publiques de l'UDPS
avaient été dispersées par les forces
de l'ordre.
Sa libération coïncida en fait avec
le lancement de la réforme monétaire
lancée par Kabila qui venait de remplacer le "nouveau
zaïre (NZ)" par le franc congolais (FC). Kabila se
rappelait sans doute qu'en 1993, Tshisekedi, en lutte avec
Mobutu, avait fait échouer la
précédente réforme monétaire en
appelant au boycottage du NZ. Son appel au boycott avait
été massivement suivi dans le Kasaï,
précipitant les dévaluations en cascade de la
monnaie et la banqueroute du pays. Cette fois Tshisekedi
s'est abstenu de tout commentaire sur cette réforme
monétaire.
Au fil du temps, son parti a été
miné par de nombreux départs, dont celui de
Kibassa Maliba, son ancien bras droit, qui a crée une
UDPS-bis, qui fut "reconnue" par Kabila.
A l'heure actuelle, il faut donc bien lire qui
signe les communiqués de l'UDPS. Même s'il y
croit encore, Tshisekedi aura bien du mal à faire
accepter à l'ensemble de la classe politique
congolaise que le poste de Premier ministre lui revient de
droit. Depuis 1991, beaucoup de choses ont changé en
RD Congo, et ces quatre dernières années, la
"légitimité" s'est plutôt acquise au
bout du fusil.
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