N° 223
du 21/02/2001

RD Congo


EtienneTshisekedi wa Mulumba
Lumumbiste, tshombiste, mobutiste, opposant,
et Premier ministre sans gouvernement

Etienne Tshisekedi, né le 14 décembre 1932 à Kananga, (ex-Luluabourg) au Kasaï, a été le premier Zaïrois docteur en droit de l'université de Lovanium à Kinshasa.
Après avoir été comme beaucoup membre du Mouvement national congolais dirigé par Patrice Lumumba, (conseiller politique entre 1958 et 1959), puis dans la tendance dissidente du MNC, dirigée par Albert Kalondji. Il participe donc tout naturellement aux affaires en 1960, comme ministre de la justice de l'Etat autonome du sud-Kasai en 1960.
Premier coup d'Etat de Mobutu en septembre 1960, qui remplace le gouvernement issu de l'Assemblée élue par le peuple par un Collège de commissaires présidé par Justin-Marie Bomboko Lokumba. Qu'à cela ne tienne, Tshisekedi devient Commissaire général adjoint à la justice de ce Collège. Il est ensuite "tshombiste" lorsqu'il soutient le Premier ministre Moïse Tshombe en 1964 et 1965), qui avait été placé à la tête du gouvernement par le président Kasavubu pour mater les rébellions communiste et lumumbiste qui sévissaient dans le pays.
Mobutu s'emparant définitivement au pouvoir en 1965, Tshisekedi est donc ministre de l'Intérieur et des affaires coutumières dans le gouvernement issu du coup d'Etat de Mobutu, un des postes clés du gouvernement dirigé par le colonel Léonard Mulamba.
Il participe en tant que "juriste" du régime à la rédaction de la Constitution de 1967, qui institutionnalise un bipartisme rapidement oublié au profit d'une option pour le parti unique. Fort de cette constitution, Mobutu crée son parti, le Mouvement populaire de la révolution (MPR), et déclare : "j'ai créé mon parti, j'attends le leurs". Tshisekedi est encore loin de faire partie des "leurs" puisqu'il a participé aussi à la rédaction du Manifeste de Nsele (domaine présidentiel près de Kinshasa) qui a servi de base à la création effective du MPR. On peut donc le considérer comme une des fondateurs du MPR.
Dans ce contexte, Tshisekedi occupe le poste important de Secrétaire national, responsable de la Commission "politique générale" du MPR.
Il passe du ministère de l'intérieur à la Justice en 1968, puis ministre du Plan, de la recherche scientifique en 1969.
Mobutu l'écarte quelque peu des affaires en le nommant ambassadeur au Maroc de 1969 à 1970. Dès son retour en 1970, il est "brillamment" élu député du Kasaï Oriental sous la bannière du parti unique, le MPR. Les députés du parti unique n'ayant sans doute pas grand chose à faire, il est aussi nommé président du conseil d'administration de la compagnie nationale aérienne Air Zaïre. Il est ensuite élu vice-président de l'assemblée nationale installée en 1997.
Il faut attendre des massacres à Idiofa (province de Bandundu) en 1978 et à Katékélayi (province du Kasaï Oriental) en 1979 commis par les Forces armées zaïroises (FAZ), pour qu'il fasse montre de critiques à l'égard du pouvoir en saisissant des organismes de défense des droits de l'homme comme Amnesty International pour faire pression sur le gouvernement de Kinshasa.
Ce n'est qu'en 1980, qu'il participe à une véritable première fronde contre Mobutu, en tant que membre d'un groupe de 13 parlementaires qui rédigent et signent un manifeste de 52 pages adressé à Mobutu pour réclamer des réformes. Accusés d'atteinte à la sûreté de l'État, ces treize frondeurs sont emprisonnés, déchus de leur qualité de député et relégués dans leur village d'origine. Premier retour forcé à la campagne qu'il connaîtra aussi sous le régime Kabila.
Ce n'est donc qu'à partir de 1981 à partir de la déchéance de son mandat de député que Tshisekedi a commencé à devenir un véritable opposant à Mobutu
Avec le concours d'une poignée de députés contestataires, il crée l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) en 1982, parti qui se réclame de la social-démocratie, qui prône un parlementarisme bicaméral et un Etat fédéral.
En 1990, arrive le multipartisme et la Conférence nationale souveraine. Le 19 mai 1991, tous les partis conviennent que la conférence nationale sera souveraine et ses décisions exécutoires.
Le 22 juillet 1991, Tshisekedi est "nommé" par la présidence, au poste de Premier ministre. Les alliés de l'UDPS (PDSC et UFERI) protestent. Sous la pression des combattant de l'UDPS, Tshisekedi refuse cette nomination présidentielle.
Le 1er octobre 1991, Tshisekedi est de nouveau nommé Premier ministre, mais il supprime la mention "Mobutu, garant de la constitution" lors de la prestation de serment. Il affirme ne pas être le Premier ministre du Maréchal Mobutu. Après quelques jours de tractations, Mobutu le révoque.
Le 22 novembre 1991, Abdou Diouf, président du Sénégal et son ministre d'Etat, Abdoulaye Wade, arrachent un accord entre la mouvance présidentielle et l'opposition (les "accords du Palais de Marbre"), qui entérine le fait que le Premier ministre sera issu de l'opposition (Union Sacrée).
Le 25 décembre 1991, Nguz a Karl i Bond est nommé Premier ministre à sa place.
Le 6 avril 1992, la CNS, suspendue par Karl i Bond, reprend ses travaux et élit, le 14 août, Tshisekedi comme Premier ministre de la transition, avec 70,8% des voix devant son adversaire, Thomas Kanza. Il est à nouveau très vite en conflit avec Mobutu qui "organise" sans doute volontairement le désordre dans le pays, avec de nombreuses mutineries qui ont coûté la vie notamment à l'ambassadeur de France à Kinshasa, tué d'une balle perdue dans son bureau.
En janvier 1993, il est démis par Mobutu, qui le remplace par Faustin Birindwa, qui sera lui-même remplacé le 14 juin 1994, Léon Kengo wa Dondo (nommé par une ordonnance de Mobutu), malgré les protestations de l'USORAL, cette nomination allant à l'encontre des décisions de la CNS.

Depuis lors, Tshisekedi n'aura de cesse de faire état de sa "qualité" de Premier ministre, y compris jusqu'à aujourd'hui, ce qui promet de beaux débats lors du dialogue inter-congolais.
Ses détracteurs pourront lui rappeler qu'un certain jour de novembre 1996, il s'était rendu en France au chevet de Mobutu convalescent dans sa villa de la Côte d'Azur, et qu'il en était ressorti affirmant s'être mis d'accord avec le président pour former et diriger un gouvernement d'unité nationale, alors que les rebelles de Kabila s'approchaient à grands pas des portes de Kinshasa þ Tshisekedi était alors apparu comme celui qui voulait sauver les vieux meubles ou prêt à toutes compromissions, un peu comme Laurent Gbagbo aujourd'hui avec le général Gueï, pour arriver au pouvoir.
Avec l'arrivée de Kabila, il tergiverse, posant comme condition de sa participation au pouvoir, le départ du pays des troupes étrangères, en l'occurrence Rwandaises.
Arrêté le 12 février 1998 à Kinshasa, il est relégué par le gouvernement dans son village d'origine dans le Kasaï.
Libéré cinq mois plus tard, il déclare dès son retour à Kinshasa : "Nous devons et nous allons travailler ensemble avec l'AFDL (l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, le mouvement de Kabila)", préconisant la rédaction d'une nouvelle constitution en compagnie de l'AFDL. Tout juste ajoute-t-il :"Je lui ai bien fait comprendre (à Kabila)" qu'un an de suspension des activités des partis politiques "était complètement suffisant".

Depuis le 17 mai 1997, arrivée au pouvoir de Kabila, Tshisekedi n'avait pu s'exprimer qu'une seule fois en public, et toutes les réunions publiques de l'UDPS avaient été dispersées par les forces de l'ordre.
Sa libération coïncida en fait avec le lancement de la réforme monétaire lancée par Kabila qui venait de remplacer le "nouveau zaïre (NZ)" par le franc congolais (FC). Kabila se rappelait sans doute qu'en 1993, Tshisekedi, en lutte avec Mobutu, avait fait échouer la précédente réforme monétaire en appelant au boycottage du NZ. Son appel au boycott avait été massivement suivi dans le Kasaï, précipitant les dévaluations en cascade de la monnaie et la banqueroute du pays. Cette fois Tshisekedi s'est abstenu de tout commentaire sur cette réforme monétaire.

Au fil du temps, son parti a été miné par de nombreux départs, dont celui de Kibassa Maliba, son ancien bras droit, qui a crée une UDPS-bis, qui fut "reconnue" par Kabila.
A l'heure actuelle, il faut donc bien lire qui signe les communiqués de l'UDPS. Même s'il y croit encore, Tshisekedi aura bien du mal à faire accepter à l'ensemble de la classe politique congolaise que le poste de Premier ministre lui revient de droit. Depuis 1991, beaucoup de choses ont changé en RD Congo, et ces quatre dernières années, la "légitimité" s'est plutôt acquise au bout du fusil.


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