N° 263
du 29/01/2003

RD Congo


Jules Isama N’Gonza
Le diplomate congolais
aux 125 mois d’arriérés de salaires

Il se rend à pied ou en “taxi-course” aux cocktails officiels de Bangui dans son costume râpé. Chez lui, il s’éclaire à la lampe à pétrole et se lave à l’eau de puits. Sa profession: Chargé d’affaires de l’ambassade de République démocratique du Congo (RDC) en Centrafrique.
Jules Isama N’Gonza, capitaine oublié d’une ambassade sans ambassadeur depuis des années, n’est ni un avare ni un excentrique. Mais il revendique un record qui, en cas d’homologation, en ferait un postulant de premier plan au titre de Cendrillon de la diplomatie mondiale: celui de cumuler, en 17 ans de loyaux services, la bagatelle de 125 mois d’arriérés de salaires!
Un salaire virtuel qui oscille selon lui entre 70.000 et 90.000 francs CFA par mois.
Les fonctionnaires centrafricains, pourtant champions en la matière - les plus lésés cumulent 36 mois de salaires impayés - passent presque pour des enfants gâtés aux côtés de cet homme de 59 ans qui survit grâce à l’aide de ses deux filles.
Le “chargé d’affaires permanent”, comme l’ont surnommé ses collègues étrangers, en perd son langage diplomatique.
“L’ambassade fait figure de parent pauvre. Je suis fatigué, humilié, je vis dans cette maison depuis 1985, mais depuis un certain temps, je n’ai plus accès à l’eau courante, à l’électricité”, explique-t-il à l’AFP.
“Pourtant, je suis là pour préserver la présence politique de mon pays. Je ne quitterai pas Bangui sans avoir touché mes 125 mois, parce que j’ai des droits et des obligations ici en RCA”, prévient-il.
M. N’Gonza, qui pour se désaltérer, achète l’eau vendue en sachets par les petits vendeurs des rues de Bangui, n’a pourtant guère démérité dans ce pays où mutineries et tentatives de putsch se succèdent, comme ailleurs le rythme des saisons.


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