N° 223
du 21/02/2001

 

RD Congo

Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD)

Premier mouvement rebelle anti-Kabila créé début août 1998 à Goma dans la province du Nord Kivu, soutenu par le Rwanda, ce mouvement a signé le 31 août les Accords de Lusaka qui avaient été paraphés le 10 juillet par les chefs d'Etat concernés.
Refusant tout dialogue, hormis celui prévu par les accords de Lusaka sous l'égide de l'ex-président botswanais Masire, le RCD Goma a toutefois tenté un rapprochement notoire avec les chefs d'Etats francophones, notamment lors du sommet France-Afrique de Yaoundé au début de l'année, où il avait envoyé une délégation chargée de prendre langue avec divers chefs d'Etats présents aux côtés de Jacques Chirac. Si les portes de l'ensemble de la délégation française sont restées closes, le RCD a malgré tout pu exposer ses doléances au ministre gabonais des Affaires étrangères, Jean Ping, dont le président Omar Bongo va sans doute jouer un rôle important dans de futures négociations inter-congolaises.
Est-ce parce que le RCD Goma sentait poindre un "lâchage" de son parrain rwandais ou parce que ses dirigeants ne veulent pas rester sur la touche lors de la recomposition du paysage politique congolais ? Difficile de le savoir pour l'heure.
Ce mouvement, avec ou sans le Rwanda, entend bien de toute façon se faire entendre à la table des négociations, fort de son armée de 50 000 hommes qu'il revendique et des milliers de Km 2 qu'il occupe. Si à son lancement, ce mouvement a tenté d'initier un dialogue inter-ethnique dans le Kivu en proie à l'éternel conflit population "autochtone" contre "étrangers" ou perçus comme tels, que sont notamment les tutsis Banyamulenge, c'est aussi un de ses principaux échecs. Non seulement la situation sur ce plan ne s'est pas améliorée dans les territoires que contrôle le RCD Goma, mais elle a même empiré au vu des multiples attaques des combattants Mai Mai qui perdurent dans la région.
A la table de futures négociations, les actuels dirigeants du RCD Goma auront bien du mal à ne pas se faire traiter de "collaborateurs" de l'ennemi, en l'occurrence des Rwandais, avec tous les relents de xénophobie et de racisme qui sous-tendent de tels jugements, mais que l'on entend à foison en ce moment. Des mouvements comme le Conseil de Défense du Congo (CFD) promettent déjà de mauvais jours aux "collabos" sur des sites internet. (*)
Il reste que des responsables du RCD, banyamulengues à part entière, n'auront sans doute pas peur de revendiquer leur droit, ni de rappeler qu'ils ont pris les armes pour entre autre, se faire reconnaître aussi comme Congolais à part entière. Il ne faudrait surtout pas négliger cette composante banyamulenge du RCD, qui est sans doute la mieux formée et la plus "décidée" de la branche militaire de ce mouvement rebelle.
Ceux qui enterrent déjà ce mouvement en cas de départ du Rwanda du Congo vont un peu vite en besogne, d'autant que le RCD aura à faire face à un fort désir de représailles et de vengeance dans le Kivu.

Ce mouvement a subi de multiples érosions, nombreux de ses membres "fondateurs", en ayant démissionné ou en étant exclus, parmi lesquels Arthur Zahidi Ngoma (1)
Le premier président du RCD Goma fut Wamba dia Wamba, qui fut mis en minorité en 1999 et créa son propre mouvement le RCD-Kisangani , après s'être installé dans cet ville. (2)
Wamba dia Wamba fut remplacé à la tête du RCD Goma par le Dr Émile Ilunga Kalambo, qui "démissionna" à son tour, le 28 octobre 2000 et fut remplacé par le Dr Adolphe Onosumba Yemba, qui était responsable du département des Relations extérieures du RCD avant d'en prendre la tête. Adolphe Onosumba Yemba, 34 ans, avait rejoint Goma seulement en avril 1999.
Ce remaniement était dû, selon les propres explications du RCD Goma, "à la mauvaise gestion politique, à la gangrène de la division, et à l'impunité caractérisée", entre autres. Le mouvement s'est doté à l'occasion d'un secrétariat général.

En février 2001, la direction du RCD Goma se compose donc ainsi :

- président, chef des armées : Dr Adolphe Onosumba Yemba
- secrétaire général : Me Azarias Ruberwa Manywa

Suivent les "chefs de départements ("ministres") parmi lesquels on retrouve des fondateurs du RCD, comme le Dr Bizima Karaha (Administration du territoire et sécurité), Me Moïse Nyarugabo (Justice, droits de l'homme et règlement des conflits), Me Joseph Mudumbi (Relations extérieures et coopération), Emmanuel Kamanzi (travaux publics, aménagement du territoire), le Commandant Jean-Pierre Ondekane (Activités Militaires) ou Kinkey Mulumba (Communication, qui a rejoint le RCD sur le tard, et qui dirigeait le journal le Soft)

On trouve aussi d'anciens membres de l'UDPS comme Crispin Kabasele (adjoint aux relations extérieurs), qui fut pendant des années le représentant du parti de Tshisekedi en France.
Ce mouvement a aussi modifié sa direction militaire.
Le président du RCD préside dorénavant un Conseil supérieur de l'Armée, nouvel organe créé le 3 novembre. Cet organe suprême de l'armée rebelle remplace le Haut commandement militaire, poste occupé depuis 1998 par le commandant Jean-Pierre Ondekane.

Le nouvel état-major général de l'Armée nationale congolaise-Rcd (ANC-RCD) se compose comme suit :

- chef d'État major général : commandant Sylvain Buki
- chef d'état-major général adjoint, chargé des Opérations : commandant Malik Kijege
- chef d'état-major général adjoint chargé de la logistique : commandant Gabriel Amisi alias Tango Fort.

(1) Emprisonné par Kabila en novembre 1997 pour avoir bravé l'interdiction sur les activités politiques, alors qu'il était à la tête des Forces du futur, Arthur Zahidi Ngoma fut un des premiers membres fondateurs du RCD Goma. Mais après avoir quitté le RCD lors de sa première restructuration, il a critiqué ses anciens compagnons, avec la même virulence qu'il affectionnait lorsqu'il évoquait Kabila aux premières heures de la rébellion. Un temps "exilé à Paris, il a crée l'initiateur de l'UPC qui regroupait une dizaine de formations politiques opposées à Kabila et de toute obédience, puisqu'on y retrouvait aussi bien le Mouvement National Congolais/ Lumumba, que l'ancien parti unique de Mobutu, le MPR. Il est rentré à Kinshasa, mais n'ayant pu s'entendre avec Kabila sur une responsabilité ministérielle, il est retourné en Europe.
Il est aujourd'hui à la tête du Rassemblement de l'Opposition Congolaise (ROC) qui vise à une unité de l'opposition. Le ROC regroupe une vingtaine de partis d'opposition dont le MPR (dirigée par Catherine Nzuzi wa Mbombo, éternelle "mobutiste"), le Parti Social Démocrate, le FONUS de Joseph Olenghakoy, les Forces du Futur, ou encore l'Alliance Nationale des Démocrates pour la Reconstruction.

(2) Le Professeur Wamba dia Wamba a créé alors son propre mouvement le RCD-Mouvement de libération (RCD-ML), soutenu par l'Ouganda, mais a dû à nouveau fuire Kisangani à la suite de dissensions dans son groupe. Il s'est replié sur Bunia, et son mouvement a fusionné en janvier 2001 avec le MLC de Jean-Pierre Bemba pour former le Front de libération du Congo (FLC, soutenu par l'Ouganda). Wamba dia Wamba est considérablement affaibli aujourd'hui, n'ayant pas du tout su gérer le conflit inter-ethnique entre les tribus Hema et Lendu. C'est Bemba qui a dû venir en personne régler ce problème (Cf. sa biographie). L'armée ougandaise aurait formé 2 000 recrues du mouvement de Wamba dia Wamba, en prévision de son désengagement de la RD Congo.
Le groupe qui a chassé Wamba dia Wamba de Kisangani est dirigé par son ancien "Premier ministre", Mbusa Nyamwisa (un Nande) et son ancien "ministre des Finances" Mbogemu Atenyi Tibasima.

(*) Sur divers sites et notamment celui du CFD, on ne fait pas dans la dentelle. On y rappelle aussi que "lors des deux guerres mondiales, l'occupation de la plupart des pays de l'actuelle Union Européenne par les troupes d'agression nazie révéla la nécessité pour leurs peuples de combattre les agresseurs. Il n'était pas question de dialogue entre les agresseurs et les agressés, il n'était pas question de réconciliation entre les collabos et les résistants, il n'était pas non plus question d'organiser les élections pour ensuite mener la résistance contre l'occupant." Bon courage Monsieur Masire þ


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