N° 223
du 21/02/2001

RD Congo


L'histoire très mouvementée
de la République démocratique du Congo depuis 1960
(1996-2001)

Année 1996

Nuit du 1er au 2 janvier : les membres de la Commission nationale des élections (CNE) prêtent serment devant le Haut Conseil de la République/Parlement de transition (HCR/PT). Ils ont été nommés paritairement par la Mouvance présidentielle et l'opposition. La CNE, qui sera chargée d'organiser les élections générales au plus tard pour juillet 1997, est constituée de 44 personnalités (qui désigneront par consensus leur président) choisies par moitié par les deux familles politiques.
Sur les 22 sièges revenant à l'opposition, l'opposition "modérée", qui participe au gouvernement de Kengo wa Dondo, en compte 13 et l'opposition "radicale" d'Etienne Tshisekedi en compte 9.
Début janvier : quand les faits divers prennent une tournure politique
Une terrible série d'accidents meurtriers a fait plus de 400 morts depuis le début de l'année, le plus dramatique étant celui survenu quand un avion cargo "Antonov 32" s'est écrasé sur un marché de Kinshasa causant 300 morts.
Un camion chargé de marchandises et de passagers, communément appelé fula-fula s'est renversé à une centaine de km de la capitale causant 35 morts et de nombreux blessés. Le 1er janvier, un autre fula-fula, également surchargé, a versé dans le fossé d'une petite rivière de Kinshasa, causant la mort par écrasement ou noyade de 72 passagers.
L'année 1995 s'était également mal terminée pour le Zaïre, un avion appartenant à une compagnie privée zaïroise s'étant écrasé le 18 décembre en Angola, causant la mort de plus de 140 personnes. Mobutu Sese Seko, qui n'était pas venu dans la capitale depuis huit mois, a fait une rapide visite pour s'incliner devant les victimes de l'accident causé par l'avion qui s'est écrasé sur un marché. Les évêques zaïrois ont ajouté une touche au concert de critiques en exprimant leur "indignation" : Cet accident "résume à lui seul l'incurie et la nuisance du pouvoir dans notre pays", ont-ils écrit. Ces avions transportaient des marchandises destinées au mouvement rebelle angolais, l'UNITA, activement soutenu par Mobutu.
Fin janvier : Mgr Mossengwo démissionne officiellement de la présidence du Parlement de transition (HCR/PT). Ce Parlement est alors "dirigé" par son vice-Président, Anzuluni Bembe.
Avril : en visite privée à Paris, Mobutu est reçu par le président Chirac. Il reçoit la monnaie de sa pièce après le coup de pouce qu'il a donné à l'Opération Turquoise sur le Rwanda. La France annonce une reprise partielle de sa coopération avec le Zaïre. Dès le retour de Mobutu dans son pays, la Commission nationale des élections (CNE) annonce que des élections présidentielle et législatives auront lieu en mai 1997. Le maréchal Mobutu, au pouvoir depuis 30 ans, est d'ores et déjà candidat déclaré à sa propre succession.
Un référendum sur le projet de constitution de la future 3ème République est prévu pour le mois de décembre de cette année 1996. Le projet de la nouvelle Constitution retient le principe d'un Etat fédéral à "régime parlementaire semi-présidentiel".
Le Parlement transitoire se prononce dans une résolution pour le départ "immédiat et sans condition" des Rwandais hutus établis sur son territoire, évalués à environ un million.
29 avril : vaste purge au sein de l'opposition "radicale". Tshisekedi exclut près d'une soixantaine de personnalités de ses rangs, accusés "de comportement contraire à la charte de l'opposition".
Outre Kibassa Maliba, ancien bras droit de Tshisekedi et président national de son parti l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), l'on compte parmi les exclus M. Mende qui fut ministre de l'Information de M. Tshisekedi, maître Kinke Vi Kansi, un des brillants juristes de l'opposition, M. Kumbu Ki Lutepe, président de l'ANADER (parti d'opposition) et de nombreux parlementaires. Cette nouvelle purge intervient après des années de discorde au sein de l'opposition radicale.
Mai : les gouvernements du Burundi et du Rwanda s'inquiètent d'incursions du Zaïre dans leurs pays et craignent des tentatives de déstabilisation de Kinshasa.
A Kinshasa, un député zaïrois, auteur d'un rapport très critique sur la présence des réfugiés rwandais, n'a pas hésité à affirmer, dans une conférence de presse, que le Parlement serait "prêt à déclarer l'état de guerre avec le Rwanda" si la demande lui en était présentée.
3 mai : le Zaïre ferme sa frontière avec le Burundi "pour éviter un nouvel afflux de réfugiés" sur son territoire.
30 mai : un rescapé du Zaïre affirme sur Radio Rwanda qu'entre 150 et 200 personnes de souche rwandaise ont été tuées au monastère de Makoto, dans les marais et dans les bananeraies de la région zaïroise de Masisi.
280 Zaïrois parlant le kinyarwanda ont franchi la frontière pour gagner la ville rwandaise de Gisenyi. Ces réfugiés, essentiellement d'ethnie tutsie, arrivaient de Nyamutaba dans la région de Masisi, où les habitants de souche rwandaise, des tribus autochtones, des soldats zaïrois et des réfugiés rwandais hutus s'affrontent depuis plusieurs mois. Plus de 800 Tutsis qui s'étaient réfugiés au monastère de Makoto avaient été attaqués le 14 mai par des assaillants hutus. Une centaine d'entre eux ont été tués, mais les autres, ainsi que les moines, ont fui.
1er juin : des éléments des Forces armées zaïroises (FAZ) tirent à l'arme automatique dans Goma (capitale du Nord-Kivu), pour réclamer le rapatriement à Kinshasa des corps de trois de leurs camarades tués dans une embuscade. La province du Nord-Kivu est en proie à de graves tensions.
Nuit du 6 juin : plus d'une vingtaine de personnes sont massacrées par des inconnus dans le petit village de Bunagana, à l'extrême pointe est du Zaïre. Des anciens éléments des Forces armées rwandaises et des milices "Interahamwe" ont quitté les camps de réfugiés pour s'infiltrer dans le Masisi et ont également envahi le parc des Virunga, proche de Goma.
Une mission spéciale de l'ONU qui se devait se rendre dans la région de Goma pour étudier le problème des réfugiés rwandais hutus annule sa visite pour cause d'insécurité.
6 juin : Mobutu Sese Seko donne son accord pour un déploiement d'observateurs de l'ONU dans la partie est du Zaïre pour veiller au respect de l'embargo interdisant toute livraison d'armes aux extrémistes hutus réfugiés dans cette région.
30 juin : le Zaïre fête 36 ans d'indépendance, marqués par un bilan catastrophique, comme le souligne à cette occasion la presse de Kinshasa. L'ancien Congo Belge, devenu ensuite le Congo-Léopoldville, puis le Zaïre, qui était l'un des plus vastes et des plus riches pays d'Afrique noire, est, en 1996, au seuil de la misère et n'a toujours pas conclu "sa" transition démocratique entamée six ans plus tôt.
La classe politique, qui ne compte pas moins de 450 partis, continue à s'entre-déchirer, à se dénoncer et s'accuser mutuellement, alors que l'environnement économique et social ne cesse de se dégrader dans tout le pays.
A Kinshasa, la capitale, autrefois nommée "Kin-La Belle", et aujourd'hui "Kin-La Poubelle", les avenues et les boulevards sont transformés en bourbiers dès la saison des pluies.
L'historique Boulevard du 30 juin - date de l'indépendance - est ravagé de crevasses et de bouches d'égout béantes, dans lesquelles vont quelquefois s'engouffrer des véhicules. Les Zaïrois, pour la plupart au chômage ou impayés, cultivent de petits jardins potagers, au milieu des ordures répandues le long d'avenues autrefois prestigieuses. Les hôpitaux ne sont plus que des bâtiments en voie d'abandon, les écoles publiques sont désertées par des professeurs impayés, et des maladies qui avaient pratiquement disparu, telles que la trypanosomiase, le choléra, la tuberculose ou la peste, font des réapparitions mortelles dans différentes régions.
A l'intérieur du pays, la situation est encore pire, où certains gouverneurs, et leurs adjoints, petits chefs de commune et de zone, font régner leur loi sur des populations parfois totalement coupées du monde depuis des années, en raison de l'impossibilité d'accès et de communication avec leur contrée.
Des régions entières ne sont ainsi plus accessibles que par avion, et dans de nombreux villages reculés, des jeunes gens d'une quinzaine d'années n'ont jamais vu un Blanc de leur vie, son apparition provoquant panique et fuite.
La justice du pays va à vau-l'eau, les juges s'arrogeant des droits régaliens pour prononcer des condamnations iniques, alors que l'armée ne reconnaît que l'autorité de ses chefs, quand elle ne la conteste pas.
Dans le secteur économique - dépendant principalement de l'économie informelle- la situation n'est guère plus brillante. La puissante Gécamines (mines de cuivre du Katanga), qui produisait quelque 500.000 tonnes de minerai jusque au milieu des années 80, en a commercialisé moins de 50.000 en 1995, et encore s'agit-il de stockages et de scories.
La plupart des entreprises privées ne peuvent continuer à subsister que par le biais de prébendes, de concussion et de prévarication auprès de fonctionnaires impayés et avides d'argent.
Seule lueur d'espoir à cette date, la perspective, pour mai 1997, des premières élections générales (présidentielle et législatives) jamais organisées dans le pays. Le Parlement de transition a adopté - un budget de 400 millions de dollars de dépenses pour l'organisation de ces scrutins et du référendum. Il devrait être supporté à hauteur de 300 millions de USD par la communauté internationale.
Mais le Haut conseil de la République/Parlement de transition (HCR/PT) a terminé sa dernière session sans avoir commencé l'examen du projet de constitution de la IIIème République, qui doit être soumis à référendum en décembre, et sans se prononcer sur la loi électorale.
La Commission nationale des élections, elle, a bien du mal à se mettre en place.
Sur le plan politique, l'opposition est à cette date, tout aussi "divisée" que la mouvance présidentielle. L'opposition radicale avait déjà éclaté en 1994 entre les durs proches de M. Tshisekedi et les modérés qui soutiennent le Premier ministre Kengo Wa Dondo, réunis dans l'Union pour la République et la démocratie (URD).
Elle s'est de nouveau divisée moins de deux ans plus tard au sein même du parti de M. Tshisekedi. L'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) est désormais partagée entre "Tshisekedistes" et "Kibassistes", du nom de M. Kibassa Maliba, qui anime un courant "réformateur" opposé à son ancien chef de file.
Du côté de la Mouvance présidentielle, réunie dans les Forces politiques du conclave (FPC), la situation n'est guère plus brillante, alors que la "famille politique du chef de l'Etat" est elle même confrontée à une guerre des chefs entre son président, l'ancien Premier ministre Nguz Karl I Bond et M. Mandungu Bula Nyati, qui a assuré son intérim. M. Nguz Karl I Bond avait interrompu ses activités durant près de deux ans en raison de son état de santé.
De son côté le gouvernement, à qui revient la lourde responsabilité de mener à bien le processus démocratique aboutissant à la fin d'une "transition", se réfugie dans une prudente expectative face aux querelles byzantines des partis politiques.
A cette date enfin, le Haut commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a recensé 1,1 millions de réfugiés rwandais au Zaïre, dont 716 000 à Goma, 316 400 à Bukavu et 71800 à Uvira.
Ainsi va le Zaïre, quatre mois avant le déclenchement de la rébellion qui fera tomber Mobutu.
31 juillet : la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme et Human Rights Watch publient un rapport intitulé "Forcés de fuir - Violence contre les Tutsi au Zaïre". "Violences qui sont devenues particulièrement graves depuis fin 1995 et se sont intensifiées en 1996", notent ces deux organisations de défense des droits de l'homme dans ce rapport.
22 août : opéré d'un cancer de la prostate à Lausanne, Mobutu se remet plus difficilement que prévu et demande une prolongation de son visa de séjour en Suisse. Kinshasa s'excite déjà en spéculant sur "l'après-Mobutu".
Septembre : des combats éclatent dans le Kivu entre l'armée zaïroise et des Banyamulenges (Tutsis d'origine rwandaise installés au Zaïre).
4 septembre : Georges Nzongola Ntalaja, vice-président de la Commission nationale des élections, démissionne pour protester contre les obstacles créés par la classe politique en vue d'empêcher la tenue des élections dans les délais prévus. Deux jours plus tôt, on venait quand même d'installer officiellement les 4.446 membres des Commissions locales des élections. Ces agents électoraux devaient superviser et organiser le scrutin dans 11 régions, 16 villes, 145 territoires, 81 communes et 747 collectivités du pays. Excusez du peu.
L'UDPS subordonne la tenue des élections notamment à la réhabilitation de Tshisekedi aux fonctions de Premier ministre dont il a été démis en février 1993 par Mobutu et au transfert des forces de sécurité sous l'autorité du gouvernement.
La Cour suprême se déclare "incompétente" sur la requête en annulation des ordonnances de Mobutu nommant Kengo wa Dondo comme Premier ministre. Mécontents du verdict de la Cour, des dizaines de partisans de Tshisekedi lapident des automobilistes à Kinshasa.
6 septembre : Tshisekedi appelle à des prières pour le rétablissement de Mobutu, estimant qu"il est inhumain de spéculer négativement sur l'état de santé d'un adversaire politique".
10 septembre : l'armée réaffirme sa fidélité au maréchal Mobutu, à l'issue d'une réunion présidée par le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, l'amiral Mavua Mudima. Cette mise au point intervient à la suite de rumeurs de coup de force dans la capitale, amplifiées par les informations peu rassurantes sur la santé du président.
Début octobre : le Parlement provisoire adopte le projet de constitution qui est aussitôt rejeté par Tshisekedi. La future constitution dont le texte a été adopté "par consensus" par le HCR/PT prévoit notamment un Etat de type fédéral qui sera dénommé "République fédérale du Zaïre" et doté d'un régime parlementaire à deux chambres. Le mandat du président de la République, élu au suffrage universel à la majorité absolue, sera de cinq ans. Le pays comptera 26 provinces au lieu de 11 actuellement.
18-20 octobre : violents combats à Uvira (Sud-Kivu), point de départ de la rébellion. Plusieurs centaines de milliers de réfugiés sont jetés sur les routes. Le Rwanda tente ainsi de purger les camps de réfugiés hutus basés au Zaïre où étaient en train de se recomposer l'armée des génocidaires de 1994.
25 octobre : les rebelles annoncent la création de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL), dont le coordinateur est Laurent-Désiré Kabila. Ils affirment avoir été rejoints par des opposants zaïrois pour renverser Mobutu.
31 octobre : des violents combats dans le Nord-Kivu occasionnent la fuite de quelque 300.000 réfugiés qui quittent leurs camps.
4 novembre : Kinshasa reconnaît ne plus contrôler Goma et Bukavu.
Ce même jour, Mobutu quitte brusquement la Suisse pour sa "Villa Del Mare", à Roquebrune-Cap Martin en France.
15 novembre : le Conseil de sécurité de l'ONU autorise le déploiement d'une force multinationale, officiellement pour "protéger" les réfugiés rwandais ballottés au Zaïre. L'insistance de la France pour le déploiement de cette force est considérée comme une tentative désespérée de freiner l'avancée des rebelles. Mais le retour au Rwanda d'un demi-million de réfugiés sonne le glas de la force avant son lancement.
21 novembre : Tshisekedi annonce en France qu'il venait de s'entendre avec le président Mobutu pour une "conciliation nationale", et qu'il allait bientôt former un gouvernement d'union nationale avec l'assentiment du président Mobutu.
30 novembre : premières incursions de l'armée ougandaises dans le nord-est du Zaïre pour traquer les rebelles ougandais de du Front démocratiques alliés (ADF).
3 décembre : Paris réaffirme son attachement à "l'intégrité territoriale du Zaïre".
8 décembre : le général Mahele Lioko est nommé chef d'état-major de l'armée zaïroise et investi des pouvoirs sur la division spéciale présidentielle (DSP). Il sera assassiné par des membres de la DSP, fidèles de Mobutu, le jour de l'entrée des rebelles de Kabila dans la capitale, au motif qu'il avait négocié avec eux la reddition des FAZ afin d'éviter un bain de sang.
17 décembre : retour au pays et très médiatisé de Mobutu, mais qui n'a guère fait évoluer la situation, tant sur le plan politique que sur le plan militaire.

Année 1997

2 janvier : Kinshasa affirme annonce une contre-offensive "totale et foudroyante".
27 janvier : un Belge, Christian Taverniers, confirme diriger 280 mercenaires blancs afin de reprendre les territoires contrôlés par la rébellion.
3 février : le port de Kaliémie tombe aux mains des rebelles, qui prennent pied dans le Shaba.
5 février : Washington appelle les "pays voisins à se tenir à l'écart" du territoire zaïrois et désigne l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi.
7 février : Mobutu rentre au Zaïre, de retour du Maroc.
11 février : la rébellion, qui dispose d'environ 15.000 hommes, annonce la chute d'Isiro (nord-est).
18 février : le Conseil de sécurité de l'ONU approuve un plan de paix en cinq points demandant "la cessation des hostilités" et "le retrait de toutes les forces extérieures, mercenaires compris".
22 février : les rebelles s'emparent de la ville et du camp de réfugiés de Kalima dans le Sud-Kivu.
23 février : plusieurs raids aériens sont menés par l'armée contre des positions rebelles à une centaine de kilomètres de Kisangani: des dizaines de morts. Tant dans les propres rangs de l'armée que du côté des rebelles.
25 février : Kabila s'entretient en Afrique du Sud avec le secrétaire d'Etat adjoint américain pour les Affaires africaines, George Moose et l'envoyé spécial de l'ONU et l'OUA Mohamed Sahnoun. Il est reçu le 26 par le président sud-africain Nelson Mandela et estime que son mouvement est proche de "négociations directes" avec Kinshasa.
La Belgique annonce avoir reçu des informations selon lesquelles "un génocide est en cours" contre les réfugiés rwandais hutus, dans les territoires contrôlés par la rébellion. Plusieurs voix démentent totalement ces informations, et notamment le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies.
2 mars : Laurent-Désiré Kabila annonce la prise de la ville de Kindu et du camp de Tingi-Tingi (au sud-est de la ville), qui abritait quelque 150.000 réfugiés hutus rwandais. La prise de Kindu donne aux rebelles leur premier accès au fleuve, indispensable au transports des marchandises vers Kinshasa via Kisangani (450 km plus au nord), la capitale du Haut-Zaïre et base-arrière des FAZ.
C'est aussi de Kindu que part vers le sud la voie ferrée qui mène au Shaba, la région la plus riche du Zaïre.
15 mars : Kisangani, troisième ville du pays, tombe aux mains de la rébellion.
21 mars : Mobutu, en convalescence en Europe, regagne Kinshasa.
22 mars : Kabila annonce que les partis sont interdits dans les régions sous son contrôle.
26 mars : la rébellion rejette l'offre d'un partage du pouvoir formulée par le parti du chef de l'Etat.
Première rencontre entre représentants de Mobutu et de la rébellion, en marge d'un sommet au Togo de chefs d'Etat africains.
4 avril : Mbuji-Mayi, capitale du Kasaï oriental (centre), le coffre-fort rempli de diamants du Zaïre tombe sous la coupe des rebelles
8 avril : Mobutu décrète l'état d'urgence.
9 avril : le vice-président rwandais, Paul Kagame, reconnaît que les pays de la région des Grands Lacs se sont "entendus" pour soutenir les rebelles.
10 avril : chute de Lubumbashi, deuxième ville du pays et capitale du Shaba.
13 avril : les rebelles prennent Kananga, capitale du Kasaï occidental, et Kolwezi (Shaba).
19 avril : Kabila affirme qu'il compte mener la guerre jusqu'à la "libération de Kinshasa".
25 avril : le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) "constate" la disparition de 85.000 réfugiés rwandais hutus de leurs camps. Kabila qualifie le drame de ces réfugiés de "petit problème" et donne 60 jours au HCR pour les rapatrier.
29 avril : Washington estime que le président Mobutu a "fait son temps" et doit "regarder la réalité en face".
Des agences humanitaires de l'ONU dénoncent des tueries dans les zones rebelles. 30 avril : un peu plus de 200 réfugiés hutus rwandais sont rapatriés par le HCR de Kisangani à Kigali, début d'un pont aérien humanitaire.
4 mai : la rencontre sur un bateau sud-africain à Pointe-Noire au Congo entre Kabila et Mobutu est suivie d'une série de démentis sur les intentions des deux principaux protagonistes
Kabila annonce la poursuite de son offensive sur la capitale Kinshasa, et Mobutu fait savoir qu'il n'a pas l'intention de lui remettre le pouvoir
8 mai : à l'issue d'un sommet à Libreville sur la crise, les présidents du Gabon, du Tchad, de la Centrafrique et de le Guinée Équatoriale proposent que Mobutu remette son pouvoir au président du Conseil de la république/parlement de transition (HCR/PT). Seul problème, depuis la démission de ce poste de Mgr Laurent Monsengwo, le HCR/PT n'a plus de président þ
17 mai : Laurent-Désiré Kabila se proclame chef de l'« Etat congolais » au moment où ses troupes, parties huit mois plus tôt de l'est du pays, entrent dans Kinshasa. Le Zaïre est rebaptisé République démocratique du Congo, au lendemain du départ du maréchal Mobutu Sese Seko, au pouvoir depuis trente-deux ans.
La République démocratique du Congo de M. Kabila change aussi de devise, remplaçant celle de "Justice-Paix-Travail" de l'ancien Zaïre par "Démocratie-Justice-Unité".
L'ancien drapeau du Parti-Etat du Mouvement Populaire de la Révolution, frappé d'un bras brandissant un flambeau jaune et rouge sur fond vert et demeuré inchangé durant les sept années de transition multipartite, a été définitivement brûlé.
Le nouveau drapeau est désormais bleu frappé d'étoiles jaunes. Ces étoiles représentent les six premières provinces du Congo indépendant qui étaient Léopoldville, Equateur, Haut-Congo, Katanga, Kivu et Kasai.
Les nouvelles armes de la République portent l'emblème d'un lion rugissant, à la place de la tête de Léopard, croisée de deux lances et encadrée d'une palme et d'une défense d'éléphant du régime Mobutu
21 août : au Rwanda, des miliciens hutus "Interahamwe", aidés de paysans locaux, attaquent le camp de réfugiés tutsis congolais de Mudende, près de Gisenyi. 148 personnes sont tuées. De mai à juillet, entre 2.000 et 3.000 personnes ont été tuées lors d'attaques similaires, selon la Mission de l'ONU pour les droits de l'Homme et Amnesty International.
Octobre : la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme et Human Rights Watch publient un rapport intitulé "Ce que Kabila dissimule : massacres de civils et impunité au Congo", dans lequel sont recensés les exactions commises à la fois par les anciens génocidaires rwandais mais aussi par les nouveaux tenants du pouvoir à Kinshasa et les soldats de l'AFDL.
10 décembre : encore au Rwanda, une nouvelle attaque du camp de réfugiés congolais tutsis de Mudende (Gisenyi), attribuée aux miliciens hutus et soldats des ex-FAR, fait 357 morts et 331 blessés, selon Médecins sans frontières.

Année 1998

19 janvier: au Rwanda, entre 40 et 80 personnes sont tuées près de Gisenyi, suite à une embuscade contre un bus transportant les employés d'une brasserie.
Mi-juillet : Kabila limoge le chef d'État-major intérimaire des FAC, James Kabarebe, d'origine rwandaise, l'homme qui a véritablement conduit l'armée rebelle de Kabila jusqu'aux portes de Kinshasa, pour le remplacer par le commandant Célestin Kifwa. 27 juillet : un communiqué du ministère de la Défense nationale, annonce que "le commandant suprême des Forces armées nationales congolaises, le chef d'État de la République Démocratique du Congo et ministre de la Défense nationale (Kabila), informe le peuple congolais qu'il vient de mettre fin à dater de ce lundi 27 juillet 1998 à la présence de militaires rwandais qui nous ont assisté pendant la période de la libération de notre pays."
La chasse aux Rwandais et autres tutsis présents à Kinshasa commence. Abdoulaye Yerodia, le directeur de cabinet de Kabila, déclare que "Ces Rwandais, ces Tutsi sont juste des insectes, des microbes qui doivent être méthodiquement exterminés". (Il est poursuivi par la justice belge notamment pour ces propos.)
La présence militaire étrangère avait aussi été farouchement combattue par Tshisekedi qui avait fait du retour des troupes rwandaises dans leur pays, un préalable à sa collaboration avec le régime de Kabila. 30 juin : un rapport de l'ONU affirme que les forces de M. Kabila, appuyées par des unités de l'armée rwandaise, ont massacré des réfugiés rwandais à plusieurs reprises, de l'automne 1996 au printemps 1997. Ce rapport ne conclut toutefois pas avec certitude à la volonté des troupes de Kabila, appuyées par l'armée rwandaise, "d'éliminer" les hutus réfugiés dans l'ex-Zaïre.
Kinshasa qualifie ce rapport de "ramassis d'allégations sans fondement".
2 août : des ex-militaires des Forces armées zaïroises de la 10è Brigade basée à Goma et des combattants banyamulenge (Congolais tutsis d'origine rwandaise) soutenus par le Rwanda, déclenchent une nouvelle rébellion dans le Kivu (est) et à Kinshasa, d'où ils sont chassés par les forces loyalistes aidées des troupes angolaises.
6 août : les "nouveaux" rebelles contrôlent les trois principales villes du Kivu : Goma, Bukavu et Uvira. Kabila accuse le Rwanda d'avoir "agressé son pays".
8 août : un premier sommet réunit à Victoria Falls (Zimbabwe) sept chefs d'Etat d'Afrique australe et de l'est pour tenter d'enrayer ce nouveau conflit.
9 août : Kinshasa dénonce la violation de son territoire par l'Ouganda.
16 août : la rébellion annonce la création du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), présidé par un inconnu Ernest Wamba Dia Wamba. Les véritables dirigeants du RCD sont pour la plupart des tutsis congolais, très proches du Rwanda.
23 août : Kisangani tombe aux mains des nouveaux rebelles anti-Kabila.
25 août : les forces de Kabila reprennent le contrôle du sud-ouest du pays, grâce à l'intervention des troupes du Zimbabwe et d'Angola.
27 août : Windhoek annonce la présence de soldats namibiens aux côtés de Kabila.
28 septembre : le Tchad reconnaît son soutien aux forces de Kabila. Les soldats tchadiens quitteront la RDC en mai 1999.
12 octobre : la ville de Kindu, quartier général de campagne des forces gouvernementales, tombe aux mains des rebelles.
6 novembre : le Rwanda reconnaît avoir envoyé des troupes.
13 novembre : l'Ouganda admet que ses troupes combattent aux côtés des rebelles.

Année 1999

18 avril : Kabila et le président ougandais Yoweri Museveni signent à Syrte (Libye) un accord prévoyant un cessez-le-feu et le retrait des forces étrangères.
11 mai : première attaque aérienne des forces alliées de Kabila contre les places fortes rebelles de Goma et Uvira.
17 mai : première scission au sein du principal mouvement rebelle, le RCD, qui a désormais deux directions, l'une appuyée par le Rwanda et l'autre par l'Ouganda. Ce dernier soutient également un autre mouvement rebelle, le Mouvement de libération du Congo (MLC), dirigé par Jean-Pierre Bemba.
10 juillet : un accord de cessez-le feu est signé à Lusaka par Kinshasa et ses alliés, Zimbabwe, Angola et Namibie, ainsi que par l'Ouganda et le Rwanda qui appuient la rébellion. Il est ratifié en août par le MLC et les deux tendances du RCD. Depuis, Kinshasa et les rebelles s'accusent mutuellement de le violer.
14-17 août : des violents combats entre soldats rwandais et ougandais pour contrôler Kisangani font au moins 300 morts.
12 octobre : Kinshasa accuse l'armée burundaise d'être engagée aux côtés de la rébellion.
D'août à décembre : des massacres ethniques font environ 5 000 morts civils entre août et décembre dans la région de Bunia (Nord-Est), contrôlée par l'armée ougandaise qui soutient les rebelles. Kinshasa accuse l'Ouganda, qui dément.

Année 2000

24 février : l'ONU approuve l'envoi de 5.537 hommes pour aider au respect d'un cessez-le-feu.
22 mars : l'ONU met directement en cause la rébellion et le Rwanda après une offensive dans le Kasaï occidental (centre) et la prise de la ville d'Idumbe.
14 avril : un nouveau cessez-le-feu, signé à Kampala, entre en vigueur, mais les belligérants s'accusent d'agression.
24 mai : la Mission d'observation des Nations unies au Congo (MONUC) accuse directement le MLC, qui dément, de violer le cessez-le-feu. Depuis début mai, des combats se déroulent dans l'Equateur (nord).
3 juin : les présidents Kabila et Paul Kagamé du Rwanda se rencontrent pour la première fois depuis le début de la rébellion, au Kenya.
Du 5 au 10 juin : de nouveaux combats entre soldats rwandais et ougandais à Kisangani font plus de 600 morts, essentiellement des civils, et plus de 3.000 blessés.
16 juin : le Conseil de sécurité approuve une résolution ordonnant le retrait de toutes les forces étrangères, mais sans fixer d'ultimatum.
14 juillet : les forces de Kabila reprennent la ville d'Imesse dans l'Equateur.
26 juillet : l'ONU affirme réviser ses plans en raison des obstacles mis par le gouvernement au déploiement des casques bleus.

Année 2001

16 janvier : Laurent Désiré Kabila est assassiné à Kinshasa.
7 janvier : le général-major Joseph Kabila, fils de Laurent Désiré Kabila, se voit confier la direction de l'action gouvernementale et du haut commandement militaire.
26 janvier : Joseph Kabila annonce sa volonté de "relancer l'accord de Lusaka", et de normaliser les relations de Kinshasa avec les Etats-Unis, l'Union européenne et les Nations unies. Ce discours déclenche une réaction en chaîne d'initiatives diplomatiques.
30 janvier : Joseph Kabila reçoit à Kinshasa son homologue sud-africain Thabo Mbeki.
31 janvier : le nouveau "président" de la République démocratique du Congo, entame une tournée diplomatique en Europe et aux Etats-Unis.
1er février : Joseph Kabila se déclare favorable à un "démarrage rapide" des accords de Lusaka, à l'issue d'une entrevue avec le chef de la diplomatie américaine Colin Powell à Washington, où il rencontre également le président rwandais Paul Kagamé.
2 février : Joseph Kabila s'engage devant le Conseil de sécurité à relancer les accords de paix, à coopérer avec l'ONU et à entamer un dialogue avec les rebelles, mais réclame toujours le retrait des forces rwandaises et ougandaises.
7 février : l'ONU et surtout la France pressent le président Kagamé, qui participe à un débat public du Conseil de sécurité sur la guerre en RDC, de retirer ses forces.
8 février : une délégation du Mouvement populaire de la révolution (MPR, ex-parti unique de Mobutu) s'entretient avec un proche du président Kabila dans le cadre "des consultations initiées par le nouveau pouvoir".
12 février : l'ONU prévoit de réduire de 5.500 à 3.000 hommes, la force devant se déployer pour surveiller le désengagement des belligérants.
Le 13 février : Nelson Mandela, médiateur dans le conflit au Burundi, affirme à Kinshasa que Joseph Kabila peut jouer un "rôle majeur" dans le retour de la paix dans la région des Grands lacs.
Le 16 février : nouveau sommet des protagonistes de la crise congolaise à Lusaka, mais sans la présence des Dos Santos d'Angola, Museveni d'Ouganda et Paul Kagamé du Rwanda. Joseph Kabila, contrairement à son défunt père, fait toutefois avancer le processus de paix en reconnaissant l'ancien président du Botswana Ketumile Masire comme médiateur, et ce à la grande satisfaction des mouvements rebelles.
21 février : Les six pays qui se battent depuis deux ans et demi en RD Congo acceptent de commencer un premier retrait de leurs forces à partir du 15 mars, à l'issue de discussions à New York, en marge d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce retrait sera limité à un recul de 15 km de part et d'autre d'une longue ligne de front qui coupe le pays en deux. Le Rwanda a annoncé qu'il commencera à retirer le 28 février de 200 km ses troupes à partir de la ville de Pweto, dans le sud-est, qu'elles avaient prise le 4 décembre.
L'Ouganda annonce aussi son intention de retirer deux bataillons de RDCongo.


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