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Année 1996
Nuit du 1er au 2 janvier : les membres de la
Commission nationale des élections (CNE)
prêtent serment devant le Haut Conseil de la
République/Parlement de transition (HCR/PT). Ils ont
été nommés paritairement par la
Mouvance présidentielle et l'opposition. La CNE, qui
sera chargée d'organiser les élections
générales au plus tard pour juillet 1997, est
constituée de 44 personnalités (qui
désigneront par consensus leur président)
choisies par moitié par les deux familles
politiques.
Sur les 22 sièges revenant à l'opposition,
l'opposition "modérée", qui participe au
gouvernement de Kengo wa Dondo, en compte 13 et l'opposition
"radicale" d'Etienne Tshisekedi en compte 9.
Début janvier : quand les faits divers
prennent une tournure politique
Une terrible série d'accidents meurtriers a fait plus
de 400 morts depuis le début de l'année, le
plus dramatique étant celui survenu quand un avion
cargo "Antonov 32" s'est écrasé sur un
marché de Kinshasa causant 300 morts.
Un camion chargé de marchandises et de passagers,
communément appelé fula-fula s'est
renversé à une centaine de km de la capitale
causant 35 morts et de nombreux blessés. Le 1er
janvier, un autre fula-fula, également
surchargé, a versé dans le fossé d'une
petite rivière de Kinshasa, causant la mort par
écrasement ou noyade de 72 passagers.
L'année 1995 s'était également mal
terminée pour le Zaïre, un avion appartenant
à une compagnie privée zaïroise
s'étant écrasé le 18 décembre en
Angola, causant la mort de plus de 140 personnes. Mobutu
Sese Seko, qui n'était pas venu dans la capitale
depuis huit mois, a fait une rapide visite pour s'incliner
devant les victimes de l'accident causé par l'avion
qui s'est écrasé sur un marché. Les
évêques zaïrois ont ajouté une
touche au concert de critiques en exprimant leur
"indignation" : Cet accident "résume à lui
seul l'incurie et la nuisance du pouvoir dans notre pays",
ont-ils écrit. Ces avions transportaient des
marchandises destinées au mouvement rebelle angolais,
l'UNITA, activement soutenu par Mobutu.
Fin janvier : Mgr Mossengwo démissionne
officiellement de la présidence du Parlement de
transition (HCR/PT). Ce Parlement est alors "dirigé"
par son vice-Président, Anzuluni Bembe.
Avril : en visite privée à Paris,
Mobutu est reçu par le président Chirac.
Il reçoit la monnaie de sa pièce après
le coup de pouce qu'il a donné à
l'Opération Turquoise sur le Rwanda. La France
annonce une reprise partielle de sa coopération avec
le Zaïre. Dès le retour de Mobutu dans son pays,
la Commission nationale des élections (CNE) annonce
que des élections présidentielle et
législatives auront lieu en mai 1997. Le
maréchal Mobutu, au pouvoir depuis 30 ans, est d'ores
et déjà candidat déclaré
à sa propre succession.
Un référendum sur le projet de constitution de
la future 3ème République est prévu
pour le mois de décembre de cette année 1996.
Le projet de la nouvelle Constitution retient le principe
d'un Etat fédéral à "régime
parlementaire semi-présidentiel".
Le Parlement transitoire se prononce dans une
résolution pour le départ "immédiat et
sans condition" des Rwandais hutus établis sur
son territoire, évalués à environ un
million.
29 avril : vaste purge au sein de l'opposition
"radicale". Tshisekedi exclut près d'une
soixantaine de personnalités de ses rangs,
accusés "de comportement contraire à la charte
de l'opposition".
Outre Kibassa Maliba, ancien bras droit de Tshisekedi
et président national de son parti l'Union pour la
démocratie et le progrès social (UDPS), l'on
compte parmi les exclus M. Mende qui fut ministre de
l'Information de M. Tshisekedi, maître Kinke Vi Kansi,
un des brillants juristes de l'opposition, M. Kumbu Ki
Lutepe, président de l'ANADER (parti d'opposition) et
de nombreux parlementaires. Cette nouvelle purge intervient
après des années de discorde au sein de
l'opposition radicale.
Mai : les gouvernements du Burundi et du Rwanda
s'inquiètent d'incursions du Zaïre dans
leurs pays et craignent des tentatives de
déstabilisation de Kinshasa.
A Kinshasa, un député zaïrois,
auteur d'un rapport très critique sur la
présence des réfugiés rwandais, n'a pas
hésité à affirmer, dans une
conférence de presse, que le Parlement serait
"prêt à déclarer l'état de guerre
avec le Rwanda" si la demande lui en était
présentée.
3 mai : le Zaïre ferme sa frontière
avec le Burundi "pour éviter un nouvel afflux de
réfugiés" sur son territoire.
30 mai : un rescapé du Zaïre affirme
sur Radio Rwanda qu'entre 150 et 200 personnes de souche
rwandaise ont été tuées au
monastère de Makoto, dans les marais et dans les
bananeraies de la région zaïroise de Masisi.
280 Zaïrois parlant le kinyarwanda ont franchi la
frontière pour gagner la ville rwandaise de Gisenyi.
Ces réfugiés, essentiellement d'ethnie tutsie,
arrivaient de Nyamutaba dans la région de Masisi,
où les habitants de souche rwandaise, des tribus
autochtones, des soldats zaïrois et des
réfugiés rwandais hutus s'affrontent depuis
plusieurs mois. Plus de 800 Tutsis qui s'étaient
réfugiés au monastère de Makoto avaient
été attaqués le 14 mai par des
assaillants hutus. Une centaine d'entre eux ont
été tués, mais les autres, ainsi que
les moines, ont fui.
1er juin : des éléments des Forces
armées zaïroises (FAZ) tirent à l'arme
automatique dans Goma (capitale du Nord-Kivu), pour
réclamer le rapatriement à Kinshasa des corps
de trois de leurs camarades tués dans une embuscade.
La province du Nord-Kivu est en proie à de graves
tensions.
Nuit du 6 juin : plus d'une vingtaine de personnes
sont massacrées par des inconnus dans le petit
village de Bunagana, à l'extrême pointe est du
Zaïre. Des anciens éléments des Forces
armées rwandaises et des milices "Interahamwe" ont
quitté les camps de réfugiés pour
s'infiltrer dans le Masisi et ont également envahi le
parc des Virunga, proche de Goma.
Une mission spéciale de l'ONU qui se devait se rendre
dans la région de Goma pour étudier le
problème des réfugiés rwandais hutus
annule sa visite pour cause d'insécurité.
6 juin : Mobutu Sese Seko donne son accord pour un
déploiement d'observateurs de l'ONU dans la
partie est du Zaïre pour veiller au respect de
l'embargo interdisant toute livraison d'armes aux
extrémistes hutus réfugiés dans cette
région.
30 juin : le Zaïre fête 36 ans
d'indépendance, marqués par un bilan
catastrophique, comme le souligne à cette occasion la
presse de Kinshasa. L'ancien Congo Belge, devenu ensuite le
Congo-Léopoldville, puis le Zaïre, qui
était l'un des plus vastes et des plus riches pays
d'Afrique noire, est, en 1996, au seuil de la misère
et n'a toujours pas conclu "sa" transition
démocratique entamée six ans plus
tôt.
La classe politique, qui ne compte pas moins de 450 partis,
continue à s'entre-déchirer, à se
dénoncer et s'accuser mutuellement, alors que
l'environnement économique et social ne cesse de se
dégrader dans tout le pays.
A Kinshasa, la capitale, autrefois nommée "Kin-La
Belle", et aujourd'hui "Kin-La Poubelle", les avenues et les
boulevards sont transformés en bourbiers dès
la saison des pluies.
L'historique Boulevard du 30 juin - date de
l'indépendance - est ravagé de crevasses et de
bouches d'égout béantes, dans lesquelles vont
quelquefois s'engouffrer des véhicules. Les
Zaïrois, pour la plupart au chômage ou
impayés, cultivent de petits jardins potagers, au
milieu des ordures répandues le long d'avenues
autrefois prestigieuses. Les hôpitaux ne sont plus que
des bâtiments en voie d'abandon, les écoles
publiques sont désertées par des professeurs
impayés, et des maladies qui avaient pratiquement
disparu, telles que la trypanosomiase, le choléra, la
tuberculose ou la peste, font des réapparitions
mortelles dans différentes régions.
A l'intérieur du pays, la situation est encore pire,
où certains gouverneurs, et leurs adjoints, petits
chefs de commune et de zone, font régner leur loi sur
des populations parfois totalement coupées du monde
depuis des années, en raison de
l'impossibilité d'accès et de communication
avec leur contrée.
Des régions entières ne sont ainsi plus
accessibles que par avion, et dans de nombreux villages
reculés, des jeunes gens d'une quinzaine
d'années n'ont jamais vu un Blanc de leur vie, son
apparition provoquant panique et fuite.
La justice du pays va à vau-l'eau, les juges
s'arrogeant des droits régaliens pour prononcer des
condamnations iniques, alors que l'armée ne
reconnaît que l'autorité de ses chefs, quand
elle ne la conteste pas.
Dans le secteur économique - dépendant
principalement de l'économie informelle- la situation
n'est guère plus brillante. La puissante
Gécamines (mines de cuivre du Katanga), qui
produisait quelque 500.000 tonnes de minerai jusque au
milieu des années 80, en a commercialisé moins
de 50.000 en 1995, et encore s'agit-il de stockages et de
scories.
La plupart des entreprises privées ne peuvent
continuer à subsister que par le biais de
prébendes, de concussion et de prévarication
auprès de fonctionnaires impayés et avides
d'argent.
Seule lueur d'espoir à cette date, la
perspective, pour mai 1997, des premières
élections générales
(présidentielle et législatives) jamais
organisées dans le pays. Le Parlement de transition a
adopté - un budget de 400 millions de dollars de
dépenses pour l'organisation de ces scrutins et du
référendum. Il devrait être
supporté à hauteur de 300 millions de USD par
la communauté internationale.
Mais le Haut conseil de la République/Parlement de
transition (HCR/PT) a terminé sa dernière
session sans avoir commencé l'examen du projet de
constitution de la IIIème République, qui doit
être soumis à référendum en
décembre, et sans se prononcer sur la loi
électorale.
La Commission nationale des élections, elle, a bien
du mal à se mettre en place.
Sur le plan politique, l'opposition est à
cette date, tout aussi "divisée" que la mouvance
présidentielle. L'opposition radicale avait
déjà éclaté en 1994 entre les
durs proches de M. Tshisekedi et les modérés
qui soutiennent le Premier ministre Kengo Wa Dondo,
réunis dans l'Union pour la République et la
démocratie (URD).
Elle s'est de nouveau divisée moins de deux ans plus
tard au sein même du parti de M. Tshisekedi. L'Union
pour la démocratie et le progrès social (UDPS)
est désormais partagée entre "Tshisekedistes"
et "Kibassistes", du nom de M. Kibassa Maliba, qui anime un
courant "réformateur" opposé à son
ancien chef de file.
Du côté de la Mouvance présidentielle,
réunie dans les Forces politiques du conclave (FPC),
la situation n'est guère plus brillante, alors que la
"famille politique du chef de l'Etat" est elle même
confrontée à une guerre des chefs entre son
président, l'ancien Premier ministre Nguz Karl I Bond
et M. Mandungu Bula Nyati, qui a assuré son
intérim. M. Nguz Karl I Bond avait interrompu ses
activités durant près de deux ans en raison de
son état de santé.
De son côté le gouvernement, à qui
revient la lourde responsabilité de mener à
bien le processus démocratique aboutissant à
la fin d'une "transition", se réfugie dans une
prudente expectative face aux querelles byzantines des
partis politiques.
A cette date enfin, le Haut commissariat des Nations Unies
pour les Réfugiés (HCR) a recensé
1,1 millions de réfugiés rwandais au
Zaïre, dont 716 000 à Goma, 316 400 à
Bukavu et 71800 à Uvira.
Ainsi va le Zaïre, quatre mois avant le
déclenchement de la rébellion qui fera tomber
Mobutu.
31 juillet : la Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme et Human
Rights Watch publient un rapport intitulé
"Forcés de fuir - Violence contre les Tutsi au
Zaïre". "Violences qui sont devenues
particulièrement graves depuis fin 1995 et se sont
intensifiées en 1996", notent ces deux organisations
de défense des droits de l'homme dans ce rapport.
22 août : opéré d'un cancer de
la prostate à Lausanne, Mobutu se remet plus
difficilement que prévu et demande une prolongation
de son visa de séjour en Suisse. Kinshasa s'excite
déjà en spéculant sur
"l'après-Mobutu".
Septembre : des combats éclatent dans le
Kivu entre l'armée zaïroise et des
Banyamulenges (Tutsis d'origine rwandaise installés
au Zaïre).
4 septembre : Georges Nzongola Ntalaja,
vice-président de la Commission nationale des
élections, démissionne pour protester
contre les obstacles créés par la classe
politique en vue d'empêcher la tenue des
élections dans les délais prévus. Deux
jours plus tôt, on venait quand même d'installer
officiellement les 4.446 membres des Commissions locales des
élections. Ces agents électoraux devaient
superviser et organiser le scrutin dans 11 régions,
16 villes, 145 territoires, 81 communes et 747
collectivités du pays. Excusez du peu.
L'UDPS subordonne la tenue des élections notamment
à la réhabilitation de Tshisekedi aux
fonctions de Premier ministre dont il a été
démis en février 1993 par Mobutu et au
transfert des forces de sécurité sous
l'autorité du gouvernement.
La Cour suprême se déclare
"incompétente" sur la requête en annulation des
ordonnances de Mobutu nommant Kengo wa Dondo comme Premier
ministre. Mécontents du verdict de la Cour, des
dizaines de partisans de Tshisekedi lapident des
automobilistes à Kinshasa.
6 septembre : Tshisekedi appelle à des
prières pour le rétablissement de Mobutu,
estimant qu"il est inhumain de spéculer
négativement sur l'état de santé d'un
adversaire politique".
10 septembre : l'armée réaffirme sa
fidélité au maréchal Mobutu,
à l'issue d'une réunion présidée
par le vice-Premier ministre et ministre de la
Défense nationale, l'amiral Mavua Mudima. Cette mise
au point intervient à la suite de rumeurs de coup de
force dans la capitale, amplifiées par les
informations peu rassurantes sur la santé du
président.
Début octobre : le Parlement provisoire
adopte le projet de constitution qui est aussitôt
rejeté par Tshisekedi. La future constitution
dont le texte a été adopté "par
consensus" par le HCR/PT prévoit notamment un Etat de
type fédéral qui sera dénommé
"République fédérale du Zaïre" et
doté d'un régime parlementaire à deux
chambres. Le mandat du président de la
République, élu au suffrage universel à
la majorité absolue, sera de cinq ans. Le pays
comptera 26 provinces au lieu de 11 actuellement.
18-20 octobre : violents combats à
Uvira (Sud-Kivu), point de départ de la
rébellion. Plusieurs centaines de milliers de
réfugiés sont jetés sur les routes. Le
Rwanda tente ainsi de purger les camps de
réfugiés hutus basés au Zaïre
où étaient en train de se recomposer
l'armée des génocidaires de 1994.
25 octobre : les rebelles annoncent la
création de l'Alliance des forces
démocratiques pour la libération du Zaïre
(AFDL), dont le coordinateur est
Laurent-Désiré Kabila. Ils affirment avoir
été rejoints par des opposants zaïrois
pour renverser Mobutu.
31 octobre : des violents combats dans le Nord-Kivu
occasionnent la fuite de quelque 300.000
réfugiés qui quittent leurs camps.
4 novembre : Kinshasa reconnaît ne plus
contrôler Goma et Bukavu.
Ce même jour, Mobutu quitte brusquement la Suisse pour
sa "Villa Del Mare", à Roquebrune-Cap Martin en
France.
15 novembre : le Conseil de sécurité
de l'ONU autorise le déploiement d'une force
multinationale, officiellement pour "protéger"
les réfugiés rwandais ballottés au
Zaïre. L'insistance de la France pour le
déploiement de cette force est
considérée comme une tentative
désespérée de freiner l'avancée
des rebelles. Mais le retour au Rwanda d'un demi-million de
réfugiés sonne le glas de la force avant son
lancement.
21 novembre : Tshisekedi annonce en France qu'il
venait de s'entendre avec le président Mobutu
pour une "conciliation nationale", et qu'il allait
bientôt former un gouvernement d'union nationale avec
l'assentiment du président Mobutu.
30 novembre : premières incursions de
l'armée ougandaises dans le nord-est du
Zaïre pour traquer les rebelles ougandais de du Front
démocratiques alliés (ADF).
3 décembre : Paris réaffirme son
attachement à "l'intégrité territoriale
du Zaïre".
8 décembre : le général
Mahele Lioko est nommé chef d'état-major
de l'armée zaïroise et investi des pouvoirs sur
la division spéciale présidentielle (DSP). Il
sera assassiné par des membres de la DSP,
fidèles de Mobutu, le jour de l'entrée des
rebelles de Kabila dans la capitale, au motif qu'il avait
négocié avec eux la reddition des FAZ afin
d'éviter un bain de sang.
17 décembre : retour au pays et très
médiatisé de Mobutu, mais qui n'a
guère fait évoluer la situation, tant sur le
plan politique que sur le plan militaire.
Année 1997
2 janvier : Kinshasa affirme annonce une
contre-offensive "totale et foudroyante".
27 janvier : un Belge, Christian Taverniers, confirme
diriger 280 mercenaires blancs afin de reprendre les
territoires contrôlés par la
rébellion.
3 février : le port de Kaliémie tombe
aux mains des rebelles, qui prennent pied dans le Shaba.
5 février : Washington appelle les "pays
voisins à se tenir à l'écart" du
territoire zaïrois et désigne l'Ouganda, le
Rwanda et le Burundi.
7 février : Mobutu rentre au Zaïre, de
retour du Maroc.
11 février : la rébellion, qui dispose
d'environ 15.000 hommes, annonce la chute d'Isiro
(nord-est).
18 février : le Conseil de
sécurité de l'ONU approuve un plan de paix en
cinq points demandant "la cessation des hostilités"
et "le retrait de toutes les forces extérieures,
mercenaires compris".
22 février : les rebelles s'emparent de la
ville et du camp de réfugiés de Kalima dans le
Sud-Kivu.
23 février : plusieurs raids aériens
sont menés par l'armée contre des positions
rebelles à une centaine de kilomètres de
Kisangani: des dizaines de morts. Tant dans les propres
rangs de l'armée que du côté des
rebelles.
25 février : Kabila s'entretient en Afrique
du Sud avec le secrétaire d'Etat adjoint
américain pour les Affaires africaines, George Moose
et l'envoyé spécial de l'ONU et l'OUA Mohamed
Sahnoun. Il est reçu le 26 par le
président sud-africain Nelson Mandela et estime que
son mouvement est proche de "négociations directes"
avec Kinshasa.
La Belgique annonce avoir reçu des informations selon
lesquelles "un génocide est en cours" contre les
réfugiés rwandais hutus, dans les territoires
contrôlés par la rébellion. Plusieurs
voix démentent totalement ces informations, et
notamment le Haut Commissariat pour les
réfugiés des Nations-Unies.
2 mars : Laurent-Désiré Kabila annonce
la prise de la ville de Kindu et du camp de Tingi-Tingi (au
sud-est de la ville), qui abritait quelque 150.000
réfugiés hutus rwandais. La prise de Kindu
donne aux rebelles leur premier accès au fleuve,
indispensable au transports des marchandises vers Kinshasa
via Kisangani (450 km plus au nord), la capitale du
Haut-Zaïre et base-arrière des FAZ.
C'est aussi de Kindu que part vers le sud la voie
ferrée qui mène au Shaba, la région la
plus riche du Zaïre.
15 mars : Kisangani, troisième ville du pays,
tombe aux mains de la rébellion.
21 mars : Mobutu, en convalescence en Europe, regagne
Kinshasa.
22 mars : Kabila annonce que les partis sont
interdits dans les régions sous son
contrôle.
26 mars : la rébellion rejette l'offre d'un
partage du pouvoir formulée par le parti du chef de
l'Etat.
Première rencontre entre représentants de
Mobutu et de la rébellion, en marge d'un sommet au
Togo de chefs d'Etat africains.
4 avril : Mbuji-Mayi, capitale du Kasaï
oriental (centre), le coffre-fort rempli de diamants du
Zaïre tombe sous la coupe des rebelles
8 avril : Mobutu décrète
l'état d'urgence.
9 avril : le vice-président rwandais, Paul
Kagame, reconnaît que les pays de la région des
Grands Lacs se sont "entendus" pour soutenir les
rebelles.
10 avril : chute de Lubumbashi,
deuxième ville du pays et capitale du Shaba.
13 avril : les rebelles prennent Kananga, capitale du
Kasaï occidental, et Kolwezi (Shaba).
19 avril : Kabila affirme qu'il compte mener la
guerre jusqu'à la "libération de
Kinshasa".
25 avril : le Haut commissariat de l'ONU pour les
réfugiés (HCR) "constate" la disparition de
85.000 réfugiés rwandais hutus de leurs
camps. Kabila qualifie le drame de ces
réfugiés de "petit problème" et donne
60 jours au HCR pour les rapatrier.
29 avril : Washington estime que le président
Mobutu a "fait son temps" et doit "regarder la
réalité en face".
Des agences humanitaires de l'ONU dénoncent des
tueries dans les zones rebelles. 30 avril : un peu
plus de 200 réfugiés hutus rwandais sont
rapatriés par le HCR de Kisangani à Kigali,
début d'un pont aérien humanitaire.
4 mai : la rencontre sur un bateau sud-africain
à Pointe-Noire au Congo entre Kabila et Mobutu est
suivie d'une série de démentis sur les
intentions des deux principaux protagonistes
Kabila annonce la poursuite de son offensive sur la capitale
Kinshasa, et Mobutu fait savoir qu'il n'a pas l'intention de
lui remettre le pouvoir
8 mai : à l'issue d'un sommet à
Libreville sur la crise, les présidents du Gabon, du
Tchad, de la Centrafrique et de le Guinée
Équatoriale proposent que Mobutu remette son pouvoir
au président du Conseil de la
république/parlement de transition (HCR/PT). Seul
problème, depuis la démission de ce poste de
Mgr Laurent Monsengwo, le HCR/PT n'a plus de
président þ
17 mai : Laurent-Désiré Kabila se
proclame chef de l'« Etat congolais » au
moment où ses troupes, parties huit mois plus
tôt de l'est du pays, entrent dans Kinshasa. Le
Zaïre est rebaptisé République
démocratique du Congo, au lendemain du départ
du maréchal Mobutu Sese Seko, au pouvoir depuis
trente-deux ans.
La République démocratique du Congo de M.
Kabila change aussi de devise, remplaçant celle de
"Justice-Paix-Travail" de l'ancien Zaïre par
"Démocratie-Justice-Unité".
L'ancien drapeau du Parti-Etat du Mouvement Populaire de la
Révolution, frappé d'un bras brandissant un
flambeau jaune et rouge sur fond vert et demeuré
inchangé durant les sept années de transition
multipartite, a été définitivement
brûlé.
Le nouveau drapeau est désormais bleu frappé
d'étoiles jaunes. Ces étoiles
représentent les six premières provinces du
Congo indépendant qui étaient
Léopoldville, Equateur, Haut-Congo, Katanga, Kivu et
Kasai.
Les nouvelles armes de la République portent
l'emblème d'un lion rugissant, à la place de
la tête de Léopard, croisée de deux
lances et encadrée d'une palme et d'une
défense d'éléphant du régime
Mobutu
21 août : au Rwanda, des miliciens hutus
"Interahamwe", aidés de paysans locaux, attaquent
le camp de réfugiés tutsis congolais de
Mudende, près de Gisenyi. 148 personnes sont
tuées. De mai à juillet, entre 2.000 et 3.000
personnes ont été tuées lors d'attaques
similaires, selon la Mission de l'ONU pour les droits de
l'Homme et Amnesty International.
Octobre : la Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme et Human
Rights Watch publient un rapport intitulé "Ce que
Kabila dissimule : massacres de civils et impunité au
Congo", dans lequel sont recensés les exactions
commises à la fois par les anciens
génocidaires rwandais mais aussi par les nouveaux
tenants du pouvoir à Kinshasa et les soldats de
l'AFDL.
10 décembre : encore au Rwanda, une
nouvelle attaque du camp de réfugiés
congolais tutsis de Mudende (Gisenyi), attribuée aux
miliciens hutus et soldats des ex-FAR, fait 357 morts et 331
blessés, selon Médecins sans
frontières.
Année 1998
19 janvier: au Rwanda, entre 40 et 80 personnes
sont tuées près de Gisenyi, suite à
une embuscade contre un bus transportant les employés
d'une brasserie.
Mi-juillet : Kabila limoge le chef
d'État-major intérimaire des FAC, James
Kabarebe, d'origine rwandaise, l'homme qui a
véritablement conduit l'armée rebelle de
Kabila jusqu'aux portes de Kinshasa, pour le remplacer par
le commandant Célestin Kifwa. 27 juillet : un
communiqué du ministère de la Défense
nationale, annonce que "le commandant suprême des
Forces armées nationales congolaises, le chef
d'État de la République Démocratique du
Congo et ministre de la Défense nationale (Kabila),
informe le peuple congolais qu'il vient de mettre fin
à dater de ce lundi 27 juillet 1998 à la
présence de militaires rwandais qui nous ont
assisté pendant la période de la
libération de notre pays."
La chasse aux Rwandais et autres tutsis présents
à Kinshasa commence. Abdoulaye Yerodia, le
directeur de cabinet de Kabila, déclare que "Ces
Rwandais, ces Tutsi sont juste des insectes, des microbes
qui doivent être méthodiquement
exterminés". (Il est poursuivi par la justice belge
notamment pour ces propos.)
La présence militaire étrangère avait
aussi été farouchement combattue par
Tshisekedi qui avait fait du retour des troupes rwandaises
dans leur pays, un préalable à sa
collaboration avec le régime de Kabila. 30 juin : un
rapport de l'ONU affirme que les forces de M. Kabila,
appuyées par des unités de l'armée
rwandaise, ont massacré des réfugiés
rwandais à plusieurs reprises, de l'automne 1996 au
printemps 1997. Ce rapport ne conclut toutefois pas avec
certitude à la volonté des troupes de Kabila,
appuyées par l'armée rwandaise,
"d'éliminer" les hutus réfugiés dans
l'ex-Zaïre.
Kinshasa qualifie ce rapport de "ramassis
d'allégations sans fondement".
2 août : des ex-militaires des Forces
armées zaïroises de la 10è Brigade
basée à Goma et des combattants
banyamulenge (Congolais tutsis d'origine rwandaise)
soutenus par le Rwanda, déclenchent une nouvelle
rébellion dans le Kivu (est) et à
Kinshasa, d'où ils sont chassés par les forces
loyalistes aidées des troupes angolaises.
6 août : les "nouveaux" rebelles
contrôlent les trois principales villes du Kivu :
Goma, Bukavu et Uvira. Kabila accuse le Rwanda d'avoir
"agressé son pays".
8 août : un premier sommet réunit
à Victoria Falls (Zimbabwe) sept chefs d'Etat
d'Afrique australe et de l'est pour tenter d'enrayer ce
nouveau conflit.
9 août : Kinshasa dénonce la violation
de son territoire par l'Ouganda.
16 août : la rébellion annonce la
création du Rassemblement congolais pour la
démocratie (RCD), présidé par un
inconnu Ernest Wamba Dia Wamba. Les véritables
dirigeants du RCD sont pour la plupart des tutsis congolais,
très proches du Rwanda.
23 août : Kisangani tombe aux mains des
nouveaux rebelles anti-Kabila.
25 août : les forces de Kabila reprennent le
contrôle du sud-ouest du pays, grâce à
l'intervention des troupes du Zimbabwe et d'Angola.
27 août : Windhoek annonce la présence
de soldats namibiens aux côtés de Kabila.
28 septembre : le Tchad reconnaît son soutien
aux forces de Kabila. Les soldats tchadiens quitteront la
RDC en mai 1999.
12 octobre : la ville de Kindu, quartier
général de campagne des forces
gouvernementales, tombe aux mains des rebelles.
6 novembre : le Rwanda reconnaît avoir
envoyé des troupes.
13 novembre : l'Ouganda admet que ses troupes
combattent aux côtés des rebelles.
Année 1999
18 avril : Kabila et le président ougandais
Yoweri Museveni signent à Syrte (Libye) un accord
prévoyant un cessez-le-feu et le retrait des forces
étrangères.
11 mai : première attaque aérienne des
forces alliées de Kabila contre les places fortes
rebelles de Goma et Uvira.
17 mai : première scission au sein du
principal mouvement rebelle, le RCD, qui a
désormais deux directions, l'une appuyée par
le Rwanda et l'autre par l'Ouganda. Ce dernier soutient
également un autre mouvement rebelle, le Mouvement
de libération du Congo (MLC), dirigé par
Jean-Pierre Bemba.
10 juillet : un accord de cessez-le feu est
signé à Lusaka par Kinshasa et ses
alliés, Zimbabwe, Angola et Namibie, ainsi que par
l'Ouganda et le Rwanda qui appuient la rébellion. Il
est ratifié en août par le MLC et les deux
tendances du RCD. Depuis, Kinshasa et les rebelles
s'accusent mutuellement de le violer.
14-17 août : des violents combats entre soldats
rwandais et ougandais pour contrôler Kisangani font au
moins 300 morts.
12 octobre : Kinshasa accuse l'armée
burundaise d'être engagée aux
côtés de la rébellion.
D'août à décembre : des
massacres ethniques font environ 5 000 morts civils
entre août et décembre dans la région de
Bunia (Nord-Est), contrôlée par l'armée
ougandaise qui soutient les rebelles. Kinshasa accuse
l'Ouganda, qui dément.
Année 2000
24 février : l'ONU approuve l'envoi de
5.537 hommes pour aider au respect d'un
cessez-le-feu.
22 mars : l'ONU met directement en cause la
rébellion et le Rwanda après une offensive
dans le Kasaï occidental (centre) et la prise de la
ville d'Idumbe.
14 avril : un nouveau cessez-le-feu, signé
à Kampala, entre en vigueur, mais les
belligérants s'accusent d'agression.
24 mai : la Mission d'observation des Nations unies
au Congo (MONUC) accuse directement le MLC, qui
dément, de violer le cessez-le-feu. Depuis
début mai, des combats se déroulent dans
l'Equateur (nord).
3 juin : les présidents Kabila et Paul
Kagamé du Rwanda se rencontrent pour la
première fois depuis le début de la
rébellion, au Kenya.
Du 5 au 10 juin : de nouveaux combats entre soldats
rwandais et ougandais à Kisangani font plus de 600
morts, essentiellement des civils, et plus de 3.000
blessés.
16 juin : le Conseil de sécurité
approuve une résolution ordonnant le retrait de
toutes les forces étrangères, mais sans fixer
d'ultimatum.
14 juillet : les forces de Kabila reprennent la ville
d'Imesse dans l'Equateur.
26 juillet : l'ONU affirme réviser ses plans
en raison des obstacles mis par le gouvernement au
déploiement des casques bleus.
Année 2001
16 janvier : Laurent Désiré
Kabila est assassiné à Kinshasa.
7 janvier : le général-major Joseph
Kabila, fils de Laurent Désiré Kabila, se
voit confier la direction de l'action gouvernementale et du
haut commandement militaire.
26 janvier : Joseph Kabila annonce sa volonté
de "relancer l'accord de Lusaka", et de normaliser les
relations de Kinshasa avec les Etats-Unis, l'Union
européenne et les Nations unies. Ce discours
déclenche une réaction en chaîne
d'initiatives diplomatiques.
30 janvier : Joseph Kabila reçoit à
Kinshasa son homologue sud-africain Thabo Mbeki.
31 janvier : le nouveau "président" de la
République démocratique du Congo, entame une
tournée diplomatique en Europe et aux Etats-Unis.
1er février : Joseph Kabila se déclare
favorable à un "démarrage rapide" des accords
de Lusaka, à l'issue d'une entrevue avec le chef de
la diplomatie américaine Colin Powell à
Washington, où il rencontre également le
président rwandais Paul Kagamé.
2 février : Joseph Kabila s'engage devant le
Conseil de sécurité à relancer les
accords de paix, à coopérer avec l'ONU et
à entamer un dialogue avec les rebelles, mais
réclame toujours le retrait des forces rwandaises et
ougandaises.
7 février : l'ONU et surtout la France
pressent le président Kagamé, qui participe
à un débat public du Conseil de
sécurité sur la guerre en RDC, de retirer ses
forces.
8 février : une délégation du
Mouvement populaire de la révolution (MPR, ex-parti
unique de Mobutu) s'entretient avec un proche du
président Kabila dans le cadre "des consultations
initiées par le nouveau pouvoir".
12 février : l'ONU prévoit de
réduire de 5.500 à 3.000 hommes, la force
devant se déployer pour surveiller le
désengagement des belligérants.
Le 13 février : Nelson Mandela,
médiateur dans le conflit au Burundi, affirme
à Kinshasa que Joseph Kabila peut jouer un
"rôle majeur" dans le retour de la paix dans la
région des Grands lacs.
Le 16 février : nouveau sommet des
protagonistes de la crise congolaise à Lusaka, mais
sans la présence des Dos Santos d'Angola, Museveni
d'Ouganda et Paul Kagamé du Rwanda. Joseph Kabila,
contrairement à son défunt père, fait
toutefois avancer le processus de paix en reconnaissant
l'ancien président du Botswana Ketumile Masire comme
médiateur, et ce à la grande satisfaction des
mouvements rebelles.
21 février : Les six pays qui se battent
depuis deux ans et demi en RD Congo acceptent de commencer
un premier retrait de leurs forces à partir du 15
mars, à l'issue de discussions à New York, en
marge d'une réunion du Conseil de
sécurité de l'ONU. Ce retrait sera
limité à un recul de 15 km de part et d'autre
d'une longue ligne de front qui coupe le pays en deux. Le
Rwanda a annoncé qu'il commencera à retirer le
28 février de 200 km ses troupes à partir de
la ville de Pweto, dans le sud-est, qu'elles avaient prise
le 4 décembre.
L'Ouganda annonce aussi son intention de retirer deux
bataillons de RDCongo.
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