N° 252
du 02/07/2002

RD Congo


Massacre de Kisangani
Polémique entre l’ONU et le RCD-Goma

Exécutions sommaires, torture de prisonniers, exploitation des tensions ethniques: Asma Jahangir, expert de l’ONU, mandatée pour enquêter sur le massacre qui a eu lieu en mai dernier à Kisangani, a sévèrement mis en cause le RCD-Goma qui a rejeté ses accusations.
Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD, soutenu par le Rwanda) qui contrôle l’est du Congo depuis Goma, a qualifié de “fantaisiste” le chiffre de plus de 150 morts, avancé le 27 juin à Genève par Mme Asma Jahangir, après la mutinerie de certains éléments du RCD, le 14 mai à Kisangani. Le RCD a fait état de 41 morts.
S’exprimant pour la première fois devant la presse à son retour d’une mission en RDCongo, du 16 au 21 juin, Mme Jahangir a attribué la responsabilité de ces tueries aux autorités du RCD. Celles-ci ont accusé à leur tour le gouvernement de Kinshasa d’être “de connivence” avec les mutins.
Mme Jahangir, rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme sur les exécutions arbitraires, a souligné qu’elle s’appuyait sur de nombreux témoignages recueillis lors de sa mission et sur des preuves qu’elle détaillerait dans son rapport.
Le 14 mai, a-t-elle rapporté, une foule de civils, de soldats mutins du RCD et de policiers, a déboulé dans le centre-ville, répondant à un message diffusé par la radio locale. “Prenez vos machettes, venez tuer les Rwandais. Nous en avons assez d’être sous le contrôle des Rwandais”, disait le message.
Six personnes ont été lynchées par la foule. L’une d’elles a été lapidée, une autre tuée à la machette et une autre brûlée.
Des renforts du RCD sont ensuite arrivés de Goma pour réprimer les mutins. Des témoins ont fait état d’exécutions sommaires en trois lieux différents de la ville.
“Il y a eu des exécutions de civils dans la municipalité de Mangobo à la périphérie de Kisangani”, a affirmé l’expert de l’ONU qui dispose de plusieurs listes de noms de victimes.
“Il s’agit seulement de ceux que l’on a pu identifier dans une atmosphère de grande terreur qui règne encore aujourd’hui là-bas”, a-t-elle souligné.
Elle a fait état également “d’informations accablantes et de preuves de massacres” de policiers et de soldats mutins au pont de Tchopo sur le fleuve Congo. “Des personnes ont été abattues par balles, mais aussi tuées à la machette. Certains cadavres ont été ouverts et lestés de pierres pour qu’ils coulent dans le fleuve”, a-t-elle affirmé.
“J’ai aussi rencontré des gens en prison et j’ai vu les marques de tortures sur leurs corps”, a-t-elle poursuivi, ajoutant que les prisonniers avaient peur d’être exécutés.


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