N°256
du 02/10/2002

RD Congo


Kinshasa interdit l’activité du FDLR anti-Kagame
et expulse ses dirigeants

Le gouvernement de Kinshasa a déclaré le 24/09 l’interdiction des activités politiques des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) en RDC et l’expulsion sous 72 heures de ses dirigeants.
“Toutes les activités de la branche politique des ex-combattants rwandais réunis au sein des FDLR, se trouvant sur le territoire de la République démocratique du Congo sont strictement et définitivement interdites à dater de ce jour (...) et ses dirigeants s’y trouvant sont déclarés personna non grata et invités à quitter le territoire dans les 72 heures”, a précisé le commissaire général du gouvernement chargé du suivi du processus de paix, Vital Kamerhe. Une décision “pour conforter l’évolution positive du processus de paix dans la région des Grands Lacs et soutenir sa progression vers la résolution définitive du conflit en RDC”, a précisé M. Kamerhe.
Cette mesure concerne 25 personnes dont le président et le vice-président du mouvement, Ignace Ruanasaka et Christophe Hakizabera, tous deux résidant à Kinshasa. Plusieurs autres dirigeants politiques des FDLR se trouvent en Allemagne, en Italie et en Autriche notamment.
Pour Kigali, miliciens Interhamwe et soldats hutus des ex-FAR (Forces armées du Rwanda) sont regroupés au sein de deux structures jumelles: les FDLR et l’ALIR (Armée de libération du Rwanda), cette dernière classée par Washington comme groupe terroriste.

Les réactions

Une mesure “insuffisante”, pour Kigali
“Cette mesure est insuffisante. En déclarant la vingtaine de responsables des FDLR persona non-grata, Kinshasa les autorise simplement à quitter le territoire congolais et à prendre le large”, a déclaré le secrétaire général du ministère rwandais des Affaires étrangères, Joseph Mutaboba. “Cette décision n’est pas conforme à l’accord de paix de Pretoria, qui prévoit le regroupement, le rapatriement des ex-FAR et Interahamwe et de leurs leaders”, a souligné M. Mutaboba.
“Si au moins ces leaders génocidaires avaient été remis à la MONUC pour ensuite être remis au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ou au gouvernement rwandais, cela aurait eu un sens. Mais les autoriser à quitter le territoire congolais est ni plus ni moins une façon de les protéger”, a-t-il accusé, rappelant que “les FDLR sont à l’origine une simple création du gouvernement congolais”.
Les rebelles du RCD-Goma ont de leur côté dénoncé “l’attitude irresponsable de Kinshasa”, par la voix du porte-parole du mouvement, Jean-Pierre Lola Kisanga. “Il n’est pas compréhensible que Kinshasa, reconnaissant la présence sur son territoire de ces génocidaires, se limite à se débarrasser d’eux en leur laissant quitter le territoire, au lieu de les remettre à la MONUC, les transférer au TPIR ou au Rwanda”, a estimé M. Lola Kisanga.

Des réactions favorables chez certains opposants
“C’est la manifestation d’une volonté de paix face au Rwanda (...) un signe de cessation des hostilités, car ces forces n’avaient pas à être chez nous”, a déclaré le président du Regroupement de l’opposition congolaises (ROC), Arthur Z’Ahidi Ngoma. Le ROC a signé l’accord de Sun City - pour une transition démocratique en RD Congo - avec le gouvernement du président Joseph Kabila.
Président de l’opposition extérieure, Gérard Kamanda Wa Kamanda a souhaité que ces mesures “soient suivies d’un processus conséquent de négociations politiques inter-rwandaises en vue de ramener la paix et la réconciliation nationale au Rwanda”. “Notre position constante est que le territoire congolais ne doit jamais servir de bases d’attaques ni d’actions subversives contre aucun autre pays africain”, a poursuivi M. Kamanda Wa Kamanda.

Une décision positive pour l’ONU
“Il s’agit d’une décision positive, importante pour la sécurité du Rwanda”, a souligné de son côté le représentant spécial de Koffi Annan en RDC, Amos Namanga Ngongiau. “Ce grand pas en avant va créer un climat propice à l’application de l’accord de Pretoria et permettre à la MONUC de poursuivre le programme 2D-3R (Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réinstallation et Réinsertion) des groupes armés présents sur le territoire de la RDC”, a ajouté M. Ngongi.
Le programme 2D-3R - pour la réalisation duquel la France a annoncé une contribution financière à hauteur de 2 millions d’euros - “a fait des débuts timides à Bunia, Beni et Butembo (Province orientale), a-t-il estimé.


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