N°256
du 02/10/2002

RD Congo


Retrait des troupes étrangères

L’armée rwandaise a commencé à quitter le Kivu

L’armée rwandaise a entamé le 27 septembre la troisième phase de son retrait de l’est de la RD Congo, en rapatriant ses premières troupes de la région très troublée du Kivu, frontalière avec le Rwanda.
Entamé le 17 septembre à Kindu (centre-est), puis dans le Nord-Katanga (sud-ouest), le retrait des 23.400 militaires rwandais déployés sur le territoire congolais doit être achevé à la fin de la première semaine d’octobre, selon le chef d’état-major de l’armée rwandaise, le général James Kabarebe.
Un premier bataillon d’environ 600 hommes a quitté à bord d’une quinzaine de camions la petite localité de Sake, à 30 kilomètres de la ville congolaise frontalière de Goma, pour rejoindre le Rwanda voisin, marquant ainsi le début des opérations de rapatriement dans la province du Nord-Kivu.
Scandant à tue-tête des chants militaires et frappant dans leurs mains, les soldats de l’Armée patriotique rwandaise (APR) ont traversé Goma sous le regard quasi indifférent des habitants, puis franchi la frontière rwandaise.
Seuls quelques dizaines de badauds s’étaient regroupés le long des avenues de Goma et au poste-frontière pour assister à ce départ, se contentant parfois d’un bref salut de la main ou se hasardant à un ironique “bye-bye”, “n’oubliez personne” ou encore “bon voyage et laissez-nous en paix”.
Comme à Kindu et dans le Nord-Katanga, les représentants de la MONUC, accompagnés de leur chef, le général sénégalais Mountaga Diallo, et des observateurs sud-africains ont assisté à ce premier retrait du Nord-Kivu.
Le départ des troupes rwandaises du Sud-Kivu débutera officiellement le 2 octobre à Bukavu. Les troupes rwandaises ont déjà évacué un certain nombre de petites localités stratégiques du Sud-Kivu, dont elles avaient pris le contrôle il y a près de deux mois.

Ce retrait s’effectue conformément à l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda signé le 30 juillet à Pretoria, sous médiation sud-africaine, et qui prévoit notamment le retrait des troupes rwandaises de l’est de la RDC.
Le retrait des troupes rwandaises suscite de fortes inquiétudes pour l’avenir de cette région, déjà la plus troublée de l’ex-Zaïre. “Nous ne laissons aucun vide derrière nous”, a assuré le chef d’état-major de l’APR. “La MONUC, qui doit désarmer les Interahamwe (miliciens hutus responsables du génocide de 1994 au Rwanda), la partie sud-africaine et le RCD-Goma sont là”, a-t-il rappelé, ajoutant : "si la MONUC, l’Afrique du Sud et Kabila ne respectent pas leurs engagements et laissent les Interhamawes attaquer le Rwanda, nous nous défendrons et nous riposterons”.

Retrait total des troupes ougandaises fin décembre

Les troupes ougandaises, elles, auront totalement quitté la RD Congo le 29 décembre selon un calendrier communiqué à Kinshasa par le Commissaire général du gouvernement chargé du suivi du processus de paix dans la région des Grands Lacs, Vital Kamerhe.
Ce calendrier de mise en œuvre de l’accord de Luanda, signé le 6 septembre entre la RDC et l’Ouganda, prévoit successivement l’installation à Bunia (Province orientale) de la Commission de pacification de l’Ituri (partie est de la Province orientale), la mise en place de l’autorité administrative dépendant de Kinshasa et l’ouverture le 3 décembre dans cette ville de l’ambassade de Kampala en RDC.
“La population de l’Ituri vit dans le sentiment constant d’insécurité et d’abandon du fait des affrontements armés des milices inter-ethniques”, a déploré le Commissaire du gouvernement de Kinshasa, rappelant que cette zone a été récemment le théâtre d’affrontements entre forces rebelles, milices ethniques et l’armée ougandaise.
Jusqu’alors allié militaire du Mouvement de Libération du Congo (MLC -rébellion), l’Ouganda a entamé le retrait de ses troupes mais maintient des hommes à Bunia (Province orientale) à la demande notamment de la MONUC pour assurer la sécurité des populations.
La présence de l’armée ougandaise ne devrait plus être justifiée après la mise en place de l’autorité administrative représentée par les institutions décentralisées de Kinshasa, estime le gouvernement de Kabila.
Dès la constitution d’un Etat-major mixte intégré, des unités des Forces armées congolaises (FAC) et de l’UPDF (armée ougandaise) se déploieront, du 12 octobre au 29 novembre, sur le massif du Ruwenzori. Le massif du Ruwenzori, couvert d’une épaisse forêt équatoriale et dont le plus haut sommet, le pic Marguerite, culmine à 5.119 m, forme une frontière naturelle entre la RDC et l’Ouganda du nord du Lac Albert au Lac Edouard.

Le déploiement pendant quatre ans des troupes ougandaises dans l’est de la RD Congo a été “un succès”, a affirmé le ministre ougandais de la Défense Amama Mbabazi. “Nous avons réussi à mettre en déroute les rebelles de l’ADF (Allied Democratic Forces, Forces alliées démocratiques) et ceux qui les soutenaient.”, a-t-il ajouté. Le ministre a également indiqué que la présence ougandaise avait contribué à l’accélération du processus démocratique dans l’ex-Zaïre et permis à plusieurs groupes rebelles congolais de recevoir une formation militaire.

Retrait des derniers soldats zimbabwéens et angolais du front Est

Les derniers contingents zimbabwéens et angolais, alliés du gouvernement de Kinshasa, ont achevé le 21 septembre, leur retrait du front Est, à Kamina. Ces forces alliées déployées sur le front Est (le Katanga et les deux Kasaï) avaient pour mission de défendre la ville diamantifère de Mbuji-Mayi (Kasaï oriental, centre) et la riche province cuprifère du Katanga (sud-est).
Quelque deux cents soldats zimbabwéens et une cinquantaine d’artilleurs de la Force de défense angolaise, qui faisaient partie des forces alliées de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) basées depuis fin octobre 1998 à Kamina, ont regagné leur pays par un vol civil à l’issue d’une cérémonie colorée, marquée par une parade militaire.
Après l’exécution des hymnes nationaux zimbabwéens, angolais et congolais le commandant des forces alliées de la SADC chargé de cette zone, le général de brigade Nicolas Doube, de nationalité zimbabwéenne, a rappelé la mission qui avait été celle de ses troupes. Le général-major zimbabwéen Chibanda et le contre-amiral angolais Lando Vipère, respectivement commandant et commandant adjoint des forces alliées de la SADC, ont engagé l’armée et la police congolaises à “préserver les acquis de cette guerre pour sauvegarder l’intégrité et la souveraineté de la RDC”.
Le représentant de l’Etat-major inter-armées de RDC, le général de brigade Mukalay Mwila, a rendu un hommage appuyé aux soldats alliés pour “avoir accepté de combattre, aux côtés des Congolais, jusqu’au sacrifice suprême”.
Le 6 septembre, les deux derniers détachements du contingent zimbabwéen (300 hommes de troupe) en Equateur (nord) avaient quitté définitivement leurs positions du front nord, suivies le 13 septembre par deux détachements déployés à Mbuji Mayi.
Des troupes zimbabwéennes et angolaises sont toujours stationnées à Lubumbashi (1.500 km au sud-est de Kinshasa). Quant à la Namibie, elle avait décidé en septembre 2001 de retirer ses 2.000 soldats de RDC.


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