N° 263
du 29/01/2003

RD Congo


Cannibalisme
Des pygmées dénoncent la “passivité” des politiques

Une association défendant les droits des pygmées de République démocratique du Congo (RDC) a dénoncé le 23/01 à Kinshasa “la passivité” de la classe politique congolaise face aux actes de cannibalisme dont ont été victimes des pygmées dans l’est du pays de la part de rebelles.
“Nous dénonçons l’attitude passive des partis politiques, particulièrement des composantes du dialogue intercongolais, qui ambitionnent de gérer les hommes. Quels hommes? les vivants ou les morts ?”, a lancé, dans une déclaration à la presse, la présidente de l’association “Amis des pygmées”, Bibi Njuma Ekundanayo, par ailleurs membre de l’instance permanente auprès des Nations unies des peuples autochtones.
Elle s’est dit “étonnée” du silence des organisations de défense des droits de l’Homme de RDC autour des récentes informations sur des actes de cannibalisme perpétrés par des rebelles contre des “Mbutis”, nom donné aux pygmées dans une partie de la province Orientale.
Selon “Amis des pygmées”, “ils ont toujours été victimes de discrimination et de marginalisation par certains groupes qui les tiennent pour des «sous hommes»”.
Mme Bibi Njuma s’est refusée à donner un bilan des tueries contre les pygmées, tout en soutenant que la tentative d’extermination du peuple mbuti se poursuit.
Mi-janvier, la Mission de l’ONU en RDC (MONUC) avait dénoncé, entre autres actes de barbarie, les actes de cannibalisme dont avaient été victimes des pygmées dans la région de l’Ituri (province Orientale) de la part de rebelles du Mouvement de Libération du Congo (MLC) et du Rassemblement congolais pour la démocratie-National (RCD-N).
Jean-Pierre Bemba, le chef du MLC, a affirmé avoir procédé à des arrestations de rebelles accusés d’avoir commis des exactions sur la population civile dans la région de Mambasa (nord-est).
Le 13 janvier, il avait aussi annoncé l’arrestation du lieutenant-Colonel Freddy Ngalimo, un commandant des opérations accusé d’avoir exécuté des civiles.
Les cinq militaires arrêtés “seront traduits très prochainement devant La Cour d’ordre militaire à Gbadolite pour y être jugés”, a affirmé Bemba.
Par ailleurs, il s’est déclaré favorable à la création d’un tribunal pénal, “non seulement pour l’Ituri mais pour toute la République démocratique du Congo”. Une manière comme une autre de noyer le poisson. Parmi les incidents méritant une enquête, M. Bemba a cité, outre les tueries récentes en Ituri mais aussi les massacres de Hutus rwandais à Kisangani en 1996 et à Mbandaka (nord-ouest) en 1996-97, des massacres à Zongo (nord) en 1999, des tueries à Ankoro (sud-est) et à Kamina (sud-est) en 2002 et d’autres massacres à Kinshasa depuis 1996.
Le président Joseph Kabila avait déclaré le 13 janvier, lors d’un entretien avec un haut responsable des Nations Unies, qu’il était inimaginable que “la justice ne soit pas saisie”, à propos des exactions commises par des groupes rebelles.
Les combats qui ont fait rage en Ituri ont opposé le MLC et son allié RCD-N à un mouvement politico-militaire proche de Kinshasa, le Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement de libération (RCD-ML).


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