N° 270
du 20/05/2003

RD Congo


Le Conseil de sécurité avalise la demande
d’une force par Kofi Annan
La France sur les rangs

Le Conseil de sécurité de l’Onu a avalisé le 16 mai un appel du secrétaire général de l’Onu Kofi Annan demandant aux Etats membres de participer à une opération militaire d’urgence en République démocratique du Congo.
Les options s’offrant à M. Annan incluent “l’envoi d’une force internationale d’urgence et (le Conseil) l’encourage à achever les consultations à cette fin de façon urgente”, selon la déclaration.
Mais les déclarations du Conseil n’ont pas de force juridique, et des sources diplomatiques françaises ont indiqué que Paris, seul pays ayant jusqu’à présent publiquement donné son accord à une participation, avait insisté pour qu’une résolution contraignante du Conseil fixe le mandat de la force et la durée des opérations.
Le communiqué du Conseil de sécurité a condamné “les meurtres, les violences et autres violations des droits de l’homme et atrocités commises récemment à Bunia”, où 12.000 civils, en quête de protection, se sont massés près de campements de Casques bleus légèrement armés.
“Ces actes ne resteront pas impunis et leurs auteurs devront rendre des comptes”, a encore promis le Conseil, en demandant la fin immédiate de combats “inacceptables”.

La France a cependant déclaré au Conseil de sécurité de l’Onu qu’elle ne prendrait part à une opération militaire d’urgence en RD Congo que si le Rwanda et l’Ouganda demandaient cette force et soutenaient son déploiement.
Seul problème, le Rwanda, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Charles Murigande, a estimé que la France n’est “pas le pays le mieux indiqué” pour prendre part à une opération militaire d’urgence en RD Congo.
“La France n’est pas le pays le mieux indiqué pour intervenir dans la région à cause du legs laissé par sa dernière intervention”, a jugé le chef de la diplomatie rwandaise. Le “legs”, ce n’est rien d’autre que l’opération “Turquoise” de l’armée française durant le génocide de 1994 au Rwanda, sous l’égide de l’Onu.
Paris avait envoyé une “mission militaro-humanitaire” qui avait joué un rôle très controversé durant le génocide. Kigali accuse toujours la France d’avoir, via “Turquoise”, favorisé voire organisé la fuite vers la RDC des principaux planificateurs et des milices qui ont perpétré le génocide.
“Les conséquences dont souffre la région sont dues à Turquoise, qui a organisé le départ au Congo des ex-Forces armées Rwandaises (FAR) et des milices Interahamwe”, a rappelé M. Murigande. Et d'ajouter : “Nous n’avons jamais dit que nous étions opposés (à l’intervention française) mais nous avons fait part de notre inquiétude. On ne peut pas être opposé au déploiement d’une force dans un pays qui n’est pas le notre”.

Même son de cloche de la part de l’UPC, qui considérera “comme des ennemis” les militaires français qui y seraient envoyés sous l’égide des Nations Unies, selon le chef de ce mouvement, Thomas Lubanga. Il a également accusé la France “de soutenir Joseph Kabila”, ajoutant que le soutien du président pour les Lendu “n’est pas un secret”. “Les Français veulent intervenir aujourd’hui parce que leurs enfants favoris ont été chassés de la ville de Bunia”, a ajouté Thomas Lubanga.
Plusieurs sources indépendantes ont effectivement accusé des policiers de Kinshasa envoyés à Bunia d’y avoir armé les combattants Lendu. Ces mêmes sources ont accusé l’armée ougandaise d’y avoir armé des factions Hema, lors de son retrait de la ville, début mai.

Arrivée d’une mission de reconnaissance militaire française

Faisant fi de ces inquiétudes, une mission de reconnaissance de l’armée française est arrivée le 18 mai à Kinshasa d’où elle se rendra en Ituri (nord-est) pour évaluer les besoins d’un déploiement d’une force internationale d’urgence des Nations unies. Cette mission est pour l’heure composée de douze hommes, appartenant à l’Infanterie de marine.
Le ministère français de la Défense a déclaré que l’envoi de soldats français dans l’Ituri serait “une mission très complexe nécessitant des centaines de rotations d’avions gros-porteurs et d’avions de transport tactiques entre 100 et 200 pour le moment”.
L’ONU dispose actuellement de quelque 700 hommes de maintien de la paix légèrement armés à Bunia. Le contingent français de la MONUC pourrait être, rapidement, rejoint par des forces sud-africaines d’un régiment de Bloemfontein, selon une source sûre à Kinshasa.

De son côté, le Mouvement de libération du Congo (MLC) a affirmé être prêt à participer à une force mixte congolaise dans la région de l’Ituri. “Nous sommes prêts à participer à la pacification de l’Ituri (...) en participant à une force mixte congolaise composée du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), du gouvernement de Kinshasa et du MLC”, a déclaré le chef du MLC, Jean-Pierre Bemba.
Le RCD s’était déjà déclaré favorable à l’idée d’une “force mixte congolaise issue du gouvernement de Kinshasa, du MLC et du RCD” pour “sécuriser l’Ituri”.

Musevenu dénonce le “ tourisme dangereux “

Enfin, le président ougandais Yoweri Museveni a appelé lui au déploiement d’une force de l’Union africaine dans l’Ituri, considérant que le mandat actuel de Monuc était inutile.
“La situation en Ituri nécessite une force de l’Union africaine avec un mandat propre incluant la surveillance d’un cessez-le-feu et la défense des civils”, a déclaré M. Museveni lors d’une conférence de presse tenue conjointement avec le président burundais Domitien Ndayizeye à Kampala.
“Le mandat actuel de la Monuc devrait être changé parce que le mieux qu’ils puissent faire est d’observer les troubles sans agir. Ils (la Monuc) restent dans leurs véhicules alors que des personnes sont tuées. C’est du tourisme dangereux”, a-t-il ajouté.

Le président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, a appelé lui à un renforcement du mandat de la Monuc qui lui permettrait de mieux protéger les civils en RDC.


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