N° 270
du 20/05/2003

RD Congo


Massacres dans l’Ituri
Les rebelles de l’UPC à Bunia,
deux mois après en avoir été chassés

Les rebelles de l’Union des patriotes congolais (UPC), petite rébellion congolaise, ont repris le contrôle lundi 12 mai de la majeure partie de Bunia, chef-lieu du district très troublé de l’Ituri au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), deux mois après en avoir été chassés par l’armée ougandaise.
Cette prise de la ville, accompagnée de massacres de civils, a eu lieu malgré la présence de plusieurs centaines de soldats de la Mission de l’Onu en RD Congo (Monuc), de plus en plus critiquée pour son impuissance dans cette région qualifiée de “poudrière ethnique”.

L’UPC, dirigée par Thomas Lubanga, est une rébellion majoritairement hema, l’ethnie minoritaire dans l’Ituri, et est considérée comme proche du Rwanda. L’UPC aurait repris la totalité de Bunia, après en avoir été chassé par l’armée ougandaise le 6 mars.
Les combats à Bunia ont éclaté le 7 mai, peu après le retrait de la ville des derniers éléments de l’armée ougandaise.
Le Rwanda et l’Ouganda soutenaient militairement divers mouvements rebelles congolais depuis le début de la guerre civile en RDC en août 1998.
Conformément à des accords de paix avec Kinshasa, Kigali a retiré complètement ses troupes à l’automne 2002 et Kampala la majeure partie des siennes à la même époque. Mais l’armée ougandaise avait maintenu environ 4.000 hommes dans l’Ituri, officiellement à la demande de la Monuc, pour y garantir la sécurité.
Kampala a entamé fin avril le retrait de ses troupes. Le dernier soldat ougandais a quitté Bunia, juste avant le début des combats pour le contrôle de Bunia entre l’UPC et des milices lendu.
Les affrontements interethniques entre Lendu et Hema ont fait quelque 50.000 morts et 500.000 déplacés depuis 1999.

La reprise de Bunia par les rebelles de l’UPC a été accompagnée par de nombreux massacres de civils, essentiellement hema, par des membres de milices lendu, selon des sources onusiennes.
Douze personnes, dont trois bébés, ont ainsi été massacrées dimanche à Bunia. “Les bébés ont été égorgés, ont eu la tête fracassée, tandis que les adultes ont été tués par balles”, selon une responsable de l’Onu.
Plus d’une dizaine de personnes, dont deux prêtres, ont été tuées dans une paroisse de la ville après que les bâtiments de la Monuc eurent été attaqués.
Deux observateurs de la Monuc, un Jordanien et un Nigérian, ont été tués.

Seule avancée positive, le “chef d’état-major” de l’UPC, Floribert Kisembo, et Mathieu Ngudjolo, son homologue du Front de Résistance Patriotique de l’Ituri (FRPI), milice de l’ethnie rivale lendu, se sont rencontrés le 18 mai à Bunia, à l’initiative de la MONUC, qui a assuré que “les deux parties ont convenu de la présence simultanée de leurs états-majors à l’intérieur de la ville de Bunia”.
Un accord qui devait entrer en vigueur le 17 mai a été signé par les chefs de cinq factions qui se disputent la ville de Bunia et son district. Cet accord prévoit notamment, outre la cessation des hostilités, le cantonnement des belligérants, la démilitarisation de Bunia, et invite au déploiement de troupes étrangères sous l’égide de l’Onu.


Sommaire RD CONGO

Sommaire Home Page