N° 271
du 03/06/2003

RD Congo


La France commandera la force multinationale en Ituri

La France commandera la force multinationale chargée «pour une durée limitée» de rétablir la sécurité en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté le 30 mai à l’unanimité une résolution créant cette force multinationale chargée d’assurer la sécurité à Bunia, localité de l’Ituri, ravagée par les violences ethniques.
M. François Rivasseau, le porte-parole de la diplomatie française, a souligné que cette force sera déployée «pour une durée limitée, le temps pour la MONUC (mission des Nations unies en République démocratique du Congo) de déployer sa deuxième task force notamment composée de soldats sud-africains».
Le déploiement de la MONUC devrait intervenir courant août, selon M. Rivasseau qui a également annoncé une réunion des contributeurs en hommes à cette force.
Il a insisté sur le fait que le principe de cette force recueillait «un soutien général» y compris «de la part des présidents des pays voisins».
Dans le futur, cette opération pourrait être chapeautée par l’Union Européenne».
La force multinationale devrait comprendre «1.400 hommes dont 700 Français», a de son côté indiqué la ministre de la Défense française Michèle Alliot-Marie.
Le déploiement de cette force, demandé le 15 mai dernier par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, était jusqu’à présent bloqué par les dirigeants rwandais qui s’opposaient à ce que la France y participe.
Les violences entre ethnies dans la région de l’Ituri frontalière de l’Ouganda ont redoublé depuis ces deux dernières semaines et ont fait, depuis 1999, plus de 50.000 morts et 500.000 déplacés.
Le Haut commissaire de l’Onu aux droits de l’Homme Sergio Vieira de Mello a jugé «très important» que les pays africains participent à la force internationale, indiquant que l’Onu avait reçu plusieurs réponses positives de leur part.

Annan et Londres ont convaincu le Rwanda

Les réticences du Rwanda au déploiement d’une force multinationale sous commandement français ont été apaisées par Kofi Annan et la Grande-Bretagne, a indiqué à Libreville le ministre français délégué à la Coopération et à la Francophonie, Pierre-André Wiltzer.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande, avait estimé le 17 mai que pour Kigali, la France n’était «pas le pays le mieux indiqué pour intervenir dans la région à cause du legs laissé par sa dernière intervention» dans la région des Grands Lacs.
Il faisait allusion à l’opération «Turquoise» de l’armée française durant le génocide de 1994 au Rwanda, sous l’égide de l’Onu.
Paris avait envoyé une «mission militaro-humanitaire» qui avait joué un rôle très controversé durant le génocide. Kigali accuse toujours la France d’avoir, via «Turquoise», favorisé voire organisé la fuite vers la RDC des principaux planificateurs et des milices qui ont perpétré le génocide.
M. Wiltzer a rappelé que la France avait conditionné sa participation à une force d’urgence dans l’Ituri à son caractère temporaire, multinational, et à l’accord de l’Ouganda et du Rwanda, qui l’a finalement acceptée.

Adoptée à l’unanimité, la résolution 1484 autorise la mise en place d’une «force multinationale intérimaire d’urgence à Bunia», avec pour mandat de «contribuer à la stabilisation des conditions de sécurité et à améliorer la situation humanitaire».
Les premiers éléments armés devraient arriver à l’aéroport de Bunia dès le début juin à partir d’Entebbe, l’aéroport de la capitale ougandaise Kampala, qui servira de base arrière.
Le mandat de cette force multinationale est géographiquement limité à la protection de l’aéroport, des camps de réfugiés et, «si la situation le rend nécessaire», de la localité de Bunia en coordination avec le détachement de la Monuc, déjà sur place mais débordé.
Il arrive à expiration le 1er septembre prochain, un renfort de 1.200 Casques bleus bangladais devant arriver à la mi-août à Bunia pour renforcer les 700 Uruguayens légèrement armés de la Monuc qui s’y trouvent actuellement.
La France assure le rôle de «nation cadre», c’est-à-dire la responsabilité et le commandement de cette force qui comprendra 1.400 soldats dont 700 Français.
Cette force sera bien armée et disposera notamment, selon des sources françaises, de blindés légers, mais pas d’hélicoptères de combat.
Elle est mandatée par le Conseil de sécurité et lui rend compte, mais, à la différence des opérations traditionnelles de maintien de la paix de l’Onu, les soldats y participant ne porteront pas le béret ou le casque bleu de l’Onu.
Son budget est entièrement à la charge des pays participants, et non assumé par les Nations Unies.
L’Afrique du Sud, le Nigeria, le Pakistan, ainsi que la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suède et l’Allemagne ont été notamment cités parmi les pays contributeurs.
Les Etats-Unis, qui n’enverront pas de troupes, pourraient assurer une aide logistique notamment dans le domaine du transport aérien.

L’UPC se dit prête à reprendre les discussions avec sa milice rivale

Sur le terrain, l’Union des patriotes congolais (UPC) qui s’oppose au Front de Résistance Patriotique de l’Ituri (FRPI) serait «prête à reprendre les discussions, avec le chef d’état-major du FRPI, à condition qu’il soit seul et non armé», a indiqué la MONUC le 30/05, après s’être entretenue avec les responsables de l’UPC.
Alliés au Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) soutenu par le Rwanda, l’UPC et son chef, Thomas Lubanga ont repris la ville de Bunia le 12 mai.
De son côté, le président du Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement de libération (RCD-ML), Mbusa Nyamwisi, a déploré que «les chefs de ces milices ethniques, qui n’étaient que des chefs de bande, ont été maladroitement légitimés en chef de guerre par des membres du gouvernement et la MONUC». «C’est le cas de Thomas Lubanga, dont l’UPC est une milice manipulée par le Rwanda.», a-t-il estimé.

En attendant, les combats continuent

Au moins cent personnes ont été tuées le 31 mai lors d’une attaque de combattants lendus contre des Hemas, à Kyomya, dans l’Ituri, a annoncé l’armée ougandaise. Un responsable hema a affirmé que le nombre de morts s’élevait à plus de 250, dont 20 enfants.
«Les Lendus ont attaqué les Hemas à Kyomya, qui se trouve à environ 30 km de la frontière ougandaise, lorsqu’ils ont constaté que les forces ougandaises, qui avaient été immobilisées à cause de fortes pluies, se retiraient finalement de la zone», a déclaré le général ougandais Kale Kaihura.
Des milliers de soldats ougandais déployés dans le nord-est de la RDC se sont retirés ces dernières semaines de l’est de la RDC, sous des pressions internationales.
«Tout cela arrive alors que nous avions averti les Nations unies par le biais de la Monuc que la situation était sensible», a-t-il poursuivi. «Mais ils ont pensé que nous mentions sur la situation, ils ont persisté dans leur attitude et nous ont pressés de partir sans prévoir de mesures adéquates pour la sécurité des populations», a-t-il ajouté.
Bawunde Kisangani, secrétaire général d’un groupe hema, le Parti pour l’unité et la sauvegarde de l’intégrité du Congo (PUSIC), a affirmé avoir constaté sur place que le bilan s’élevait à plus de 250 morts.
Les assaillants étaient armés de machettes et de fusils, a-t-il précisé, ajoutant qu’ils comptaient dans leurs rangs des combattants de la rébellion du RCD-ML et des membres de l’armée de Kinshasa.
Kisangani a transmis à l’AFP des photos, affirmant qu’elles avaient été prises la veille à Kyomya, ce qu’il était impossible de vérifier.
Ces clichés montrent les corps d’environ 25 personnes, certaines dans une salle d’hôpital, d’autres dans une fosse commune ou dans la rue, portant de nombreux coups de machette.


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