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La France commandera la force multinationale chargée «pour une durée limitée» de rétablir la sécurité en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté le 30 mai à lunanimité une résolution créant cette force multinationale chargée dassurer la sécurité à Bunia, localité de lIturi, ravagée par les violences ethniques.
M. François Rivasseau, le porte-parole de la diplomatie française, a souligné que cette force sera déployée «pour une durée limitée, le temps pour la MONUC (mission des Nations unies en République démocratique du Congo) de déployer sa deuxième task force notamment composée de soldats sud-africains».
Le déploiement de la MONUC devrait intervenir courant août, selon M. Rivasseau qui a également annoncé une réunion des contributeurs en hommes à cette force.
Il a insisté sur le fait que le principe de cette force recueillait «un soutien général» y compris «de la part des présidents des pays voisins».
Dans le futur, cette opération pourrait être chapeautée par lUnion Européenne».
La force multinationale devrait comprendre «1.400 hommes dont 700 Français», a de son côté indiqué la ministre de la Défense française Michèle Alliot-Marie.
Le déploiement de cette force, demandé le 15 mai dernier par le secrétaire général de lONU Kofi Annan, était jusquà présent bloqué par les dirigeants rwandais qui sopposaient à ce que la France y participe.
Les violences entre ethnies dans la région de lIturi frontalière de lOuganda ont redoublé depuis ces deux dernières semaines et ont fait, depuis 1999, plus de 50.000 morts et 500.000 déplacés.
Le Haut commissaire de lOnu aux droits de lHomme Sergio Vieira de Mello a jugé «très important» que les pays africains participent à la force internationale, indiquant que lOnu avait reçu plusieurs réponses positives de leur part.
Annan et Londres ont convaincu le Rwanda
Les réticences du Rwanda au déploiement dune force multinationale sous commandement français ont été apaisées par Kofi Annan et la Grande-Bretagne, a indiqué à Libreville le ministre français délégué à la Coopération et à la Francophonie, Pierre-André Wiltzer.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande, avait estimé le 17 mai que pour Kigali, la France nétait «pas le pays le mieux indiqué pour intervenir dans la région à cause du legs laissé par sa dernière intervention» dans la région des Grands Lacs.
Il faisait allusion à lopération «Turquoise» de larmée française durant le génocide de 1994 au Rwanda, sous légide de lOnu.
Paris avait envoyé une «mission militaro-humanitaire» qui avait joué un rôle très controversé durant le génocide. Kigali accuse toujours la France davoir, via «Turquoise», favorisé voire organisé la fuite vers la RDC des principaux planificateurs et des milices qui ont perpétré le génocide.
M. Wiltzer a rappelé que la France avait conditionné sa participation à une force durgence dans lIturi à son caractère temporaire, multinational, et à laccord de lOuganda et du Rwanda, qui la finalement acceptée.
Adoptée à lunanimité, la résolution 1484 autorise la mise en place dune «force multinationale intérimaire durgence à Bunia», avec pour mandat de «contribuer à la stabilisation des conditions de sécurité et à améliorer la situation humanitaire».
Les premiers éléments armés devraient arriver à laéroport de Bunia dès le début juin à partir dEntebbe, laéroport de la capitale ougandaise Kampala, qui servira de base arrière.
Le mandat de cette force multinationale est géographiquement limité à la protection de laéroport, des camps de réfugiés et, «si la situation le rend nécessaire», de la localité de Bunia en coordination avec le détachement de la Monuc, déjà sur place mais débordé.
Il arrive à expiration le 1er septembre prochain, un renfort de 1.200 Casques bleus bangladais devant arriver à la mi-août à Bunia pour renforcer les 700 Uruguayens légèrement armés de la Monuc qui sy trouvent actuellement.
La France assure le rôle de «nation cadre», cest-à-dire la responsabilité et le commandement de cette force qui comprendra 1.400 soldats dont 700 Français.
Cette force sera bien armée et disposera notamment, selon des sources françaises, de blindés légers, mais pas dhélicoptères de combat.
Elle est mandatée par le Conseil de sécurité et lui rend compte, mais, à la différence des opérations traditionnelles de maintien de la paix de lOnu, les soldats y participant ne porteront pas le béret ou le casque bleu de lOnu.
Son budget est entièrement à la charge des pays participants, et non assumé par les Nations Unies.
LAfrique du Sud, le Nigeria, le Pakistan, ainsi que la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suède et lAllemagne ont été notamment cités parmi les pays contributeurs.
Les Etats-Unis, qui nenverront pas de troupes, pourraient assurer une aide logistique notamment dans le domaine du transport aérien.
LUPC se dit prête à reprendre les discussions avec sa milice rivale
Sur le terrain, lUnion des patriotes congolais (UPC) qui soppose au Front de Résistance Patriotique de lIturi (FRPI) serait «prête à reprendre les discussions, avec le chef détat-major du FRPI, à condition quil soit seul et non armé», a indiqué la MONUC le 30/05, après sêtre entretenue avec les responsables de lUPC.
Alliés au Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) soutenu par le Rwanda, lUPC et son chef, Thomas Lubanga ont repris la ville de Bunia le 12 mai.
De son côté, le président du Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement de libération (RCD-ML), Mbusa Nyamwisi, a déploré que «les chefs de ces milices ethniques, qui nétaient que des chefs de bande, ont été maladroitement légitimés en chef de guerre par des membres du gouvernement et la MONUC». «Cest le cas de Thomas Lubanga, dont lUPC est une milice manipulée par le Rwanda.», a-t-il estimé.
En attendant, les combats continuent
Au moins cent personnes ont été tuées le 31 mai lors dune attaque de combattants lendus contre des Hemas, à Kyomya, dans lIturi, a annoncé larmée ougandaise. Un responsable hema a affirmé que le nombre de morts sélevait à plus de 250, dont 20 enfants.
«Les Lendus ont attaqué les Hemas à Kyomya, qui se trouve à environ 30 km de la frontière ougandaise, lorsquils ont constaté que les forces ougandaises, qui avaient été immobilisées à cause de fortes pluies, se retiraient finalement de la zone», a déclaré le général ougandais Kale Kaihura.
Des milliers de soldats ougandais déployés dans le nord-est de la RDC se sont retirés ces dernières semaines de lest de la RDC, sous des pressions internationales.
«Tout cela arrive alors que nous avions averti les Nations unies par le biais de la Monuc que la situation était sensible», a-t-il poursuivi. «Mais ils ont pensé que nous mentions sur la situation, ils ont persisté dans leur attitude et nous ont pressés de partir sans prévoir de mesures adéquates pour la sécurité des populations», a-t-il ajouté.
Bawunde Kisangani, secrétaire général dun groupe hema, le Parti pour lunité et la sauvegarde de lintégrité du Congo (PUSIC), a affirmé avoir constaté sur place que le bilan sélevait à plus de 250 morts.
Les assaillants étaient armés de machettes et de fusils, a-t-il précisé, ajoutant quils comptaient dans leurs rangs des combattants de la rébellion du RCD-ML et des membres de larmée de Kinshasa.
Kisangani a transmis à lAFP des photos, affirmant quelles avaient été prises la veille à Kyomya, ce quil était impossible de vérifier.
Ces clichés montrent les corps denviron 25 personnes, certaines dans une salle dhôpital, dautres dans une fosse commune ou dans la rue, portant de nombreux coups de machette.
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