N° 272
du 17/06/2003

RD Congo


Opération de maintien de la paix dans l’Ituri
«Artemis» pour l’Union Européenne, «Mamba» pour la France

C’est le nom de code «Artemis» qui a été choisi pour l’opération de maintien de la paix dans l’Ituri par l’Union européenne (UE), opération qui doit prendre fin le 1er septembre.
La France, qui a été choisie par l’Onu pour être la nation-pilote de cette opération, et qui doit fournir environ 900 hommes sur un total de 1.400 à 1.700, a de son côté choisi le nom de code de «Mamba» pour ses activités dans cette opération.
Le Conseil de sécurité a autorisé cette force par la résolution 1484 du 30 mai.

Le commandement de l’opération a été confié à un général français, Bruno Neveux. Le commandement des troupes sur place a été confié à un autre général français, Jean-Paul Thonier.
Le quartier général de l’opération est situé au Centre de Planification et de Conduite des Opérations (CPCO), à Paris. Il comprendra des officiers de plusieurs pays participant à la force, ainsi que des représentants du secrétariat général du Conseil de l’UE.
Le général Neveux exercera ses fonctions sous le contrôle politique des ambassadeurs membres du Comité politique et de sécurité (COPS) de l’Union européenne.

C’est «un défi sans précédent», a estimé la porte-parole du Haut représentant européen pour la politique extérieure, Javier Solana. La mission «Artemis» promet d’être «complexe et risquée» et aucun Etat de l’UE n’en «sous-estime la difficulté», a-t-elle ajouté.
En mars dernier, les Européens avaient déployé 350 soldats pour veiller au maintien de la paix en Macédoine, avec l’aide logistique de l’Otan.
L’opération de l’UE en Ituri se fera de manière entièrement autonome. Selon un diplomate européen, des «règles d’engagement robustes» sont à prévoir et des appareils avec «appui feu» seront utilisés. La force de l’UE ne pourra agir qu’à Bunia, le chef-lieu de l’Ituri, et ses environs immédiats pour protéger l’aéroport et les camps de réfugiés.
Son objectif est de venir en aide à la population civile et au personnel humanitaire ou des Nations Unies, si la situation le requiert.
Après avoir exprimé des réticences, l’Allemagne a apporté son soutien à l’envoi d’une telle mission de paix. Son ministre de la Défense Peter Struck a même évoqué l’envoi éventuel de soldats de la Bundeswehr pour épauler des troupes françaises.
De son côté, la Belgique a déjà mis trois avions militaires à la disposition de l’opération.
Le Premier ministre britannique Tony Blair avait lui exprimé des doutes sur les plans de déploiement de cette force, estimant qu’ils n’étaient «pas encore suffisamment avancés».
M. Blair a précisé que Londres participerait sans doute à cette mission de maintien de la paix mais qu’il s’agira «essentiellement en termes de logistique et de soutien».

Réactions africaines

Une Force internationale pour favoriser le dialogue, selon Kampala

Pour l’Ouganda, un des acteurs-clés de la crise congolaise, cette force internationale devra favoriser le dialogue entre groupes armés. «La force seule n’est pas suffisante, bien qu’il soit très important que quelqu’un vienne pour rétablir la paix. Mais cela ne doit pas être une paix imposée qui ne durera pas», a indiqué le général Kale Kaihura, commandant des troupes ougandaises qui se sont récemment retirées du nord-est de la RDC.
«Tout en utilisant la force, nous devons aussi envisager le dialogue» entre les parties en conflit, a-t-il ajouté.
En avril dernier, l’Ouganda avait averti d’un «chaos» et d’un «vide sécuritaire» si le retrait de ses troupes n’était pas accompagné d’un déploiement conséquent des hommes de la Monuc. De fait, après que le dernier soldat ougandais eut quitté Bunia, début mai, de violents combats ont éclaté. Et, le 12 mai, les rebelles de l’UPC ont repris le contrôle de la ville. Ils en avaient été chassés le 6 mars par ... l’armée ougandaise.
«Ces tueries effroyables n’auraient pas eu lieu, au moins pas à cette échelle, si ils (les soldats de la Monuc) s’étaient déployés et nous avaient remplacés au moment où nous nous retirions», a encore commenté le général ougandais.
Pour le général Kaihura, la communauté internationale doit désarmer toutes les milices pour ramener la paix dans cette région. «Désarmer ces groupes est indispensable pour une solution à long terme. Mais cela requiert une implication de chacun d’entre eux dans le processus de paix pour qu’ils se sentent partie prenante de la solution», a-t-il souligné.
Il a rappelé que ces mouvements étaient «lourdement armés», ajoutant : «Pour les désarmer, on doit être prêt à leur donner quelque chose».

«Feu vert» du Rwanda

Le Rwanda, dont le feu vert était sollicité par la France, a fini par accepter le déploiement de cette force multinationale à Bunia, tout en estimant que les Français n’étaient pas les mieux placés pour la diriger. «Nous pensions qu’on pouvait obtenir de meilleurs résultats avec des forces d’autres pays, et nous le pensons toujours», a déclaré le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande.
A l’annonce d’une probable intervention de Paris dans l’Ituri, Kigali avait dans un premier temps estimé, le 15 avril par la voix de Patrick Mazimhaka, conseiller à la présidence rwandaise, qu’un tel déploiement serait «malvenu».
Selon les milieux diplomatiques, les chancelleries occidentales, et notamment la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, proches de Kigali, ont eu de nombreux contacts avec le gouvernement rwandais pour qu’il infléchisse sa position et le président rwandais, Paul Kagame, a donc fini par envoyer au secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, une lettre dans laquelle il exprime son soutien au déploiement d’une force multinationale neutre.

«Rester neutre» pour le RCD-Goma

Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) ainsi que l’UPC, s’étaient également dits hostiles à l’arrivée de soldats français. Le RCD-Goma a demandé à la force multinationale de «rester neutre». «La force doit rester neutre et ne pas aller soutenir Joseph Kabila, sinon elle échouera», a déclaré Crispin Kabasele-Tshimanga, ajoutant que cette force «ne doit pas s’ingérer dans les questions politiques congolaises, et dans le processus de paix global».
Dès l’annonce de l’envoi de troupes françaises, le chef de l’UPC, Thomas Lubanga, avait donné le ton, affirmant que les Français seraient considérés «comme des ennemis». Il a assoupli sa position depuis, souhaitant même «bienvenue et bon travail» aux éléments précurseurs de la force...


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